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Mai 2007, mars 2008, et maintenant octobre 2008. En moins de dix-huit mois, la raffinerie Total à Donges (Loire-Atlantique) aura pollué trois fois l’estuaire de la Loire. Mercredi 22 octobre, à 20h30, une énième fuite de fuel soute a été détectée « sur un joint à la hauteur de l'appontement N°3 de la raffinerie », détaille un communiqué de presse du géant pétrolier. Total estime que dix mètres cube de pétrole se sont échappé de l’usine, dont une partie a cependant pu être contenue dans un bassin de rétention. Malgré tout, une quantité non négligeable de fuel s’est écoulée dans l’estuaire de la Loire, ravivant la colère des associations de protection de la nature. Après la précédente fuite, le 16 mars, qui avait déversé 500 tonnes de fioul dans la Loire, la dépollution des 90 km de côte avait duré plus de quatre mois. Total avait déboursé au moins 50 millions d’euros, entre nettoyage et indemnisations. Certes, il ne s’agit aujourd’hui que de quelques mètres cube de pétrole. Mais c’est suffisant pour faire renaitre les inquiétudes des ONG. La Ligue pour la protection des oiseaux (LPO) estime que « cette nappe pourrait menacer les 12000 oiseaux qui stationnent actuellement en hivernage dans l’estuaire ». La région de la raffinerie, qui abrite de nombreux oiseaux, est par ailleurs classée Zone naturelle d’intérêt écologique, floristique et faunistique (ZNIEFF), Réserve de faune sauvage et Natura 2000. La LPO craint la répétition de la catastrophe de mars qui avait vu mourir plus de 200 oiseaux mazoutés. Ras-le-bol des associations environnementales C’est la colère qui prime chez France nature environnement (FNE). « C’est la goutte de fuel qui fait déborder le vase » proclame le communiqué de presse de l’ONG, qui se dit « désespérée ». Elle souligne que les déversements répétés de fuel, même en petite quantité, déséquilibrent la biodiversité et l’écosystème déjà fragile de l’estuaire de la Loire. FNE dénonce également « le greenwashing de Total » dont les publicités vantent l’engagement écologique, mais qui communique peu en temps de crise. Allain Bougrain Dubourd, président de la LPO, rappelle que « Total s’était engagé à prendre des mesures pour éviter ce type d’accidents » suite à la pollution du 16 mars. Le groupe a en effet conçu des zones de rétention sous les canalisations, qui viennent de prouver leur utilité dans cette fuite du 22 octobre. Total prévoit également d’installer des caméras de surveillance aux alentours des installations sensibles. En attendant, l’histoire se répète encore. Aux dernières nouvelles de la préfecture des Pays de la Loire, les observations réalisées autour de l’estuaire de la Loire n’ont révélé aucune plaque d’hydrocarbure massive, « à l’exception d’irisations limitées dans le secteur du pont de Saint-Nazaire ». Une information confirmée par l’Office national de la chasse et de la faune sauvage (ONCFS) auprès de la LPO. C’est probablement grâce à la réactivité de Total, qui a engagé rapidement des moyens de pompage et posé des barrages flottants. Il y a donc une amélioration de la gestion de crise du groupe depuis mars, mais pas de la qualité des installations de la raffinerie de Donges. La répétition d’incidents aussi graves dans un délai aussi court est « inacceptable », insiste FNE, surtout « de la part d’un groupe avec un chiffre d’affaires de 43 milliards d’euros en 2007 ».
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