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Quelques 120 000 tonnes de pesticides périmés se sont accumulées sur le continent africain depuis une quarantaine d'années, selon les chiffres de la FAO (Organisation des Nations Unis pour l'Alimentation et l'Agriculture). Interdits dans les pays occidentaux avec la Convention de Stockholm, ils continuent en revanche d'être commercialisés et utilisés dans les pays du Sud,
La bombe à retardement des pesticides
Selon la FAO, la situation est particulièrement dangereuse en Pologne (65 000 tonnes) et en Ukraine (plus de 23 000 tonnes). 200.000 tonnes sont stockées en Asie, 200.000 autres en Europe de l'Est et en ex-Union Soviétique. Par ailleurs, la FAO et l'OMS estiment que dans les pays en développement, 30 % au moins des pesticides vendus chaque année (représentant 900 millions de dollars en 2004) ne répondent pas aux normes internationales et sont souvent mal étiquetés ou carrément non identifiés. Les plus grands producteurs de pesticides se trouvent en Europe, aux Etats-Unis, au Japon, en Chine et en Inde. "De grosses sommes d'argent sont liées à la fourniture de pesticides, indique le rapport de la FAO. En conséquence, toute une série d'intérêts cachés peuvent intervenir dans les décisions concernant l'achat ou les dons de pesticides. Et ces intérêts ne tiennent pas toujours compte de la meilleure solution technique aux problèmes des invasions d'insectes".
en absence de toute réglementation, et en raison de leur faible coût. Les enjeux commerciaux des pesticides sont par ailleurs considérables. La FAO souligne ainsi que " les ventes des pesticides rapportent à l'industrie plus de 30 milliards de dollars paran, et que 80% de ces recettes sont réparties entre 8 grands groupes mondiaux ". Le contrôle insuffisant des importations, les mauvaises conditions de stockage et l'utilisation sans prévention de ces substances causent aujourd'hui d'importants dommages environnementaux et sanitaires, notamment dans les régions rurales des 53 pays africains concernés. En se décomposant, les pesticides forment des sous-produits qui peuvent s'avérer plus toxiques que la substance originale. "De nombreux stocks se trouvent à proximité des champs cultivés et des puits dans les zones rurales pauvres, ainsi que près des habitations, des magasins d'alimentation et des marchés en zone urbaine, souligne AlemayehuWodageneh, expert de la FAO. Dans de nombreux cas, les pesticides sont abandonnés à ciel ouvert, ou encore stockés dans des structures de boue et de paille, avec des sols en terre ; et les barils métalliques se corrodent et laissent échapper leurs substances toxiques dans le sol. Les habitants se plaignent de maux de tête, de nausées et de toux". En juillet dernier, après la mort de leur bétail, les habitants du village de Nanguila au Mali ont du fuir leurs terres empoisonnées par des pesticides périmés. Des barils de fongicides, d'herbicides et d'insecticides étaient entreposés à même le sol au milieu de champs de coton et de céréales, causant des intoxications et de nombreux cas de maladies respiratoires. Un cas qui n'est pas isolé, le stockage à ciel ouvert des pesticides étant largement répandu en Afrique. Récemment, le Maroc s'est également inquiété de la gestion faite de ces produits, entreposés dans 250 lieux à travers le pays et représentant une véritable menace écologique et sanitaire. Quand à l'Ethiopie, avec 3 000 tonnes de pesticides répartis dans 1 000 sites, dont plusieurs tonnes de DDT, elle constitue un des pays du continent le plus exposé à ce type de menaces.
L'initiative ASP
En une décennie, moins de 5% des stocks estimés ont pu être éliminés. Les programmes menés par la FAO se sont en effet montrés insuffisants pour parvenir à éliminer des volumes aussi importants de pesticides, qui, de son propre aveu, auraient fini par augmenter plus vite qu'ils n'auraient été détruits. Par ailleurs, le coût de l'élimination s'élève à 3500 dollars la tonne, nécessitant une levée de fonds internationale pour traiter l'ensemble du continent. Pour répondre à ce problème devenu urgent, le programme international " Africa Stockpiles Programme " (ASP) a été lancé afin d'éliminer tous les pesticides en Afrique au cours des 15 prochaines années et instaurer des mesures de prévention. Initié par des ONG et des organisations intergouvernementales, l'ASP réunit aujourd'hui plusieurs institutions internationales, dont le Programme des Nations Unies pour l'Environnement et la Banque Mondiale, ainsi qu'une dizaine de pays européens donateurs. 60 millions de dollars ont été dégagés pour la première phase de quatre ans, qui concerne 7 pays africains: l'Afrique du Sud, l'Ethiopie, le Mali, le Maroc, le Nigeria, la Tanzanie et la Tunisie. "L'adoption, par le Conseil d'administration de la Banque mondiale, du programme de nettoyage des pesticides périmés en Afrique est un grand pas en avant", s'est félicité Clifton Curtis, directeur du programme du Fonds mondial de la nature (WWF) contre les produits toxiques dans le monde, ajoutant que cette mesure a permis " d'ouvrir la porte aux opérations de nettoyage sur le terrain et de destruction des stocks de pesticides périmés et de faciliter la prévention d'accumulations futures au Nigeria et dans plusieurs autres pays ". L'ASP a également comme partenaire CropLife International, organisation représentant l'industrie phytosanitaire, appelée pour aider à l'élimination des stocks. Cependant, la FAO dénonce l'absence de collaboration de l'industrie. Elle rappelle que le coût est laissé à la charge des gouvernements et des organismes d'aide. "Le soutien de l'industrie est crucial pour l'élimination des pesticides, car les organismes d'aide des pays donateurs ne peuvent prendre tous les coûts à leur charge, a ainsi déclaré Alemayehu Wodageneh. Il faut que les fabricants de pesticides, secteur dominé par une poignée de compagnies américaines, européennes et japonaises soient plus impliqués ". L'industrie s'est engagée à participer à l'incinération des composés périmés et instables, mais " jusqu'à présent leur contribution reste minime ", a-t-il ajouté.
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