Pékin en lutte contre la “pollution blanche”

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Publié le 21-07-2008

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Depuis le 1er juin, la production et la distribution de sacs plastique ultrafins est interdite en Chine. Une mesure d'ampleur dans un pays où, selon l'agence environnementale chinoise, près de 3 milliards de sacs plastique seraient utilisés quotidiennement. Problème : les fabricants pourraient augmenter la production de sacs plus épais et payants.

La nouvelle réglementation chinoise, en vigueur depuis le 1er juin 2008, interdit la production, l’usage et la vente de sacs plastique d’une épaisseur inférieure à 0,025 mm. Le gouvernement souhaite ainsi réduire la pollution par les plastiques et limiter l’utilisation de pétrole. Les détaillants encourent une amende de 10 000 yuans (environ 930 euros) en cas de violation de la réglementation. Le prix de vente des sacs plus épais n’est pas fixé, en revanche, dans la réglementation, mais il doit être supérieur au coût de production et clairement indiqué aux consommateurs. Pour des raisons sanitaires, l’interdiction de distribution gratuite ne concerne pas l’emballage des aliments frais comme la viande, des produits congelés, et des plats cuisinés.

Une mesure notable, dans un pays où les enjeux environnementaux ne figurent que depuis peu sur l’agenda politique. En 2002, l’Irlande avait montré la voie en mettant en vigueur une taxe qui s’était traduite en quelques mois par une baisse de 90% du nombre de sacs plastique en circulation. En 2007 le gouvernement irlandais a néanmoins décidé d’augmenter la taxe car le nombre de sacs vendus s’était remis à augmenter. En Chine une telle réglementation peut constituer un progrès significatif dans la lutte contre la « pollution blanche ». Près de 3 milliards de sacs plastique seraient utilisés quotidiennement dans le pays selon la All-China Environment Federation. Rien qu’à Pékin, le nombre de sacs plastique  pourrait dépasser les 10 milliards par an selon Takeshi Ikeda, qui travaille au sein d’une ONG environnementale chinoise. Ce Japonais a fait équipe avec quatre jeunes chinois, tous bénévoles, pour élaborer un document d’une vingtaine de pages sur la question des sacs plastique. Il s’agissait pour eux d’informer et de proposer des mesures concrètes. « Les consommateurs ont souvent des conceptions erronées. On leur parle beaucoup des alternatives au sac plastique classique, par exemple le sachet biodégradable. Mais sa production à base de végétaux est polluante et il pose de problèmes dans les chaines de recyclage. La vraie solution consiste à réduire les quantités de déchets.» Leur analyse a été mise en ligne sur l’un des blogs les plus populaires et mentionnée dans la presse. Elle propose six recommandations à partir de la nouvelle réglementation chinoise.

Pourquoi interdire les sacs plus fins?

Selon Takeshi Ikeda, « au vu de la réalité chinoise, l’application de cette réglementation risque de poser des difficultés. De nombreux petits vendeurs ne sont pas enregistrés, ce qui rend les contrôles impossibles ». Il s’interroge par ailleurs sur les motifs de l’interdiction des sacs ultrafins. « Leur production nécessite moins de matières premières, et pour certains usages ils sont les plus adaptés ». Cette interdiction incite cependant les commerçants à respecter la réglementation car les sacs plus épais leurs coûtent plus chers et ils perdraient de l’argent à les donner gratuitement.

La majorité des utilisateurs se déclare quant à elle favorable à la mesure. Il est vrai qu’à quelques semaines de l’ouverture des JO, la protection de l’environnement – souvent associée à la propreté – est omniprésente dans les medias. La mise en application semble à ce jour satisfaisante. Officiellement, la baisse des quantités de sacs plastique en circulation serait comprise entre 60 et 90%. A Pékin l’équipe de Takeshi Ikeda a réalisé une première enquête qualitative à partir d’une soixantaine de lieux de vente. Elle montre un taux de respect de la réglementation de 67%. Carrefour-Chine, leader de la grande distribution dans l’Empire du milieu, indique une diminution moyenne du nombre de sacs d’environ 80% dans sa centaine d’hypermarchés, avec des différences parfois significatives entre les villes. A l’instar des autres grands magasins et hypermarchés, Carrefour vend à ses caisses, outre des sachets plastique payants, différents modèles de sacs en tissu. « Nous proposons de tels sacs depuis 2004 en Chine. Nous en avons également distribué gratuitement à nos clients dans le cadre d’une campagne d’information le mois précédant la mise en vigueur de la réglementation » indique Chen Bo, responsable de la communication du groupe. Dès le 1er mai, des panneaux installés dans la centaine d’hypermarchés du groupe ont informé les clients sur les efforts de Carrefour en faveur de l’environnement. Pour les concevoir, la société a fait appel au WWF dont le logo se retrouve sur l’un des sacs en tissu.

Selon les différentes enseignes, les sacs plastique sont vendus à un prix variant entre 0,1 et 1 yuan (moins d’1 centime d’euros à 9 centimes) en fonction de la taille des sacs et du poids qu’ils peuvent porter. Certains observateurs expliquent l’adaptation rapide des consommateurs chinois à la restriction par le fait que l’usage des sachets plastique est relativement récent en Chine. Ce n’est que depuis les années 1980 qu’ils sont apparus, à partir de la région cantonaise où la grande distribution a commencé à se développer. Hormis les plus jeunes générations, la population chinoise revient donc à une habitude ancienne d’utiliser ses propres paniers pour faire les courses.

Vannina Pomonti à Pekin (Chine)
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