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PCB : réaction tardive sur une pollution historique

Le gouvernement est enfin sorti de son silence au sujet de la pollution des cours d'eau par les PCB, substances chimiques utilisées par l'industrie, soupçonnés d'être toxiques depuis 70 ans. Mercredi 10 octobre 2007, la secrétaire d'Etat à l'écologie Nathalie Kosciusko-Morizet a dévoilé un plan national et local d'élimination du pyralène, après la publication d'une carte des fleuves pollués, montrant la présence de PCB dans 40% des cours d'eau français. Cela fait pourtant plus de 20 ans que riverains du Rhône et ONG tentent d'alerter les autorités.

Certains n’hésitent pas à parler de « catastrophe sanitaire majeure ». La pollution avérée par les PCB du Rhône, et probablement d’autres cours d’eau européens, alerte ONG, élus et fédérations de pêcheurs. Au total, quatre collectivités locales et onze départements riverains du Rhône, ainsi que plusieurs associations, dont la Fédération Rhône-Alpes de protection de la nature (Frapna), ont porté plainte contre X pour “pollution des eaux et abandon de déchets”. Le mardi 7 août, un arrêté préfectoral interdisant la consommation des poissons pêchés dans le Rhône a fini de mettre le feu aux poudres. Une décision tardive, quand on sait qu’une première série de plainte avait été déposée en 1986, et que le problème inquiétait déjà au début du siècle dernier.

Plus d’un siècle de pollution

Synthétisés pour la première fois en 1881, les polychlorobiphényles sont des mélanges de molécules chimiques organiques. Ils se présentent sous la forme d’huiles, et doivent leur succès industriel à leurs caractéristiques d’isolation et d’ininflammabilité. Produits en série dès 1929, connus sous le nom de pyralène en France, ils sont utilisés dans des condensateurs, des transformateurs et d’autres appareils électriques. Et, dès cette époque, on les soupçonne de provoquer des acnés chloriques et des atteintes du foie. Ce qui n’empêchera pas leur utilisation de s’étendre : PVC, peintures, adhésifs, papier autocopiant, etc.
En 1937, suite au décès de travailleurs de l’usine américaine de Monsanto, Cecil K. Drinker, chercheur à l’université de Harvard, publie un article dans lequel il conclut à un effet pathologique des PCB sur le foie. Dès 1969, dans Nature, Jensen explique qu’ils sont toxiques, très persistants, difficilement dégradables, et qu’ils s’accumulent dans les graisses des organismes. Des dizaines d’études scientifiques les mettant en cause sortiront par la suite. On sait aujourd’hui qu’ils provoquent des retards de développement intellectuel, des perturbations des systèmes hormonaux et immunitaire, et on les soupçonne d’être cancérogènes.

Des études tardives, des aides inexistantes

Les PCB n’étant pas solubles dans l’eau, ils se déposent au fond des rivières et sont ingérés par les poissons. Une étude sur la pollution du Rhône réalisée en 2006 par le Cemagref révèle ainsi « une contamination des poissons avec un dépassement fréquent de la limite [fixée par l’OMS] de 8 pg/g » et précise que les sédiments sont pollués sur une surface étendue. « Nous avons la certitude que les moules, organismes filtreurs par excellence, sont également touchées » affirme Hélène Roche, chercheur au CNRS. « On manque encore de données sur la contamination des populations »,ajoute André Cicolella, directeur de l’unité d’Evaluation des risques sanitaires à l’INERIS.
Les soupçons de pollution pèsent pourtant depuis longtemps sur les eaux du Rhône. Il y a 22 ans, Cédric Giroud, pêcheur professionnel, a subi une première interdiction de vente de ses produits. C’est lui qui a alerté les autorités sur l’état des poissons. Depuis, rien n’a été entrepris. « Aujourd’hui, témoigne Philippe Boisneau, président des Pêcheurs professionnels en eau douce, on nous empêche de vendre nos poissons, mais nous continuons de payer nos baux et nos charges ». En attendant une indemnisation et l’attribution d’un nouveau lieu de travail, vingt-quatre pêcheurs professionnels sont déjà au chômage, et près de 25000 petits pêcheurs européens sont menacés. « C’est un drame. Toute l’activité sociale et économique de la région va être anéantie » ajoute-t-il.

Pollution de l’air et des eaux

Malgré des signaux alarmants, la production et le commerce de PCB n’ont été interdits en France qu’en 1987, et leur utilisation s’est poursuivie au-delà. D’après un rapport de l’ADEME, plus de 500000 appareils contenant des PCB étaient encore en circulation en 2002. « Mais on sait que ces chiffres sont incomplets, et on manque d’un inventaire exhaustif des résidus » regrette Eric Delhaye, porte parole de Cap 21. C’est précisément le démantèlement des ces appareils qui est en grande partie à l’origine de la pollution observée dans le Rhône. Les usines de traitement des déchets contenant des PCB vidangent les appareils électriques, décontaminent les parties métalliques et incinèrent les huiles. L’opération rejette des résidus de PCB dans l’eau, mais surtout dans l’air. « Près de 50% des dépôts de PCB viennent d’une pollution atmosphérique » affirme Marc Laimé, journaliste spécialisé dans les questions de l’eau. Entre 1987 et 1992, des arrêtés préfectoraux ont permis aux usines habilitées de rejeter jusqu’à 1,5 kg de PCB par jour. « C’est énorme, quand on sait que la substance est toxique à partir de quantités de l’ordre du picogramme [millième de milliardième de gramme, ndlr] » explique Anne-Corinne Zimmer, auteur du livre « Polluants chimiques, enfants en danger ».

Tous les cours d’eau seraient touchés

Juliette Aubert, porte-parole du groupe Séché Environnement, propriétaire de l’usine Trévi, une des rares à être habilitée au traitement des PCB, se défend : « les flux déversés ont toujours été en dessous de la norme légale ». Il semblerait en tout cas que le retraitement des déchets ne soit pas le seul responsable : une pollution aux PCB a également été détectée en amont des usines. On soupçonne les crues de remettre les particules en suspension, et les pluies de relarguer des PCB. Une partie de la contamination viendrait même des particuliers, qui, mal informés, se débarrasseraient négligemment de leurs appareils contenant des PCB. Certaines usines de l’industrie chimique de la région sont également montrées du doigt, car elles ne sont pas contrôlées pour leurs rejets de PCB.
« Il n’y a jamais une origine unique, affirme Eric Delhaye. C’est pourquoi on s’attend à une contamination généralisée des cours d’eau en Europe ». Les Etats-Unis et la Norvège ont déjà été confrontés à une pollution similaire. En 1990, Oslo a débloqué trois milliards de dollars pour traiter les 800 km² de fjord contaminés. « Une prise en charge à l’échelle européenne est indispensable » soutient Marc Laimé.
« Notre usine traite de plus en plus de terre polluée par les PCB » confirme Juliette Aubert. La preuve, s’il en fallait, que la pollution se généralise. Aujourd’hui, le WWF, la Frapna et France nature environnement (FNE) entre autre réclament le lancement d’études sur l’étendue de la crise. Jean-Jack Queyranne, député et président du Conseil régional de Rhône-Alpes, demande au Gouvernement de « prendre des mesures dans le cadre du Grenelle de l’environnement ».

Rouba Naaman
Mis en ligne le : 24/09/2007
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