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A la veille des Jeux Olympiques, les autorités chinoises assurent avoir rempli leurs objectifs en matière de lutte contre la pollution atmosphérique. Peut-on les croire ? Hélène Cachier : Il est clair que l’air à Pékin est plus respirable qu’il y a dix ans. Je travaille sur la pollution particulaire avec le Bureau de surveillance de la qualité de l’air de Pékin depuis le début des années 2000, quand la prise de conscience s’est généralisée et que les autorités ont décidé de prendre des mesures drastiques pour réduire la pollution atmosphérique. Depuis, celle-ci a certes reculé, mais elle a surtout changé de nature : les incitations gouvernementales contre le charbon domestique ont porté leurs fruits, mais l’explosion du trafic automobile a généré une nouvelle forme de pollution. Sans parler des chantiers qui fleurissent tous les jours à Pékin. C’est pour cela d’ailleurs que les autorités viennent de limiter le trafic, et d’arrêter de nombreuses usines : elles espèrent gagner quelques jours de « ciel bleu » [jours pendant lesquels l’indice de pollution de l’air (API) est inférieur à 100, ndlr]. Un ami pékinois me disait à ce sujet que la capitale est presque tombée dans le silence ! Mais, malgré ces mesure, l’objectif 258 jours de « ciel bleu » dans l’année ne sera sûrement pas atteint. D’autant que des phénomènes météorologiques ont biaisé les résultats. En mai dernier, des tempêtes de sable qui d’ordinaire s’arrêtent en avril ont apporté des particules fines naturelles sur Pékin, et ont fait grimper l’indice. Quoi qu’il en soit, la capitale a fait des efforts colossaux pour assainir l’air. Ces efforts ont payé même s’ils sont en train de stagner, face aux évolutions rapides de la ville. Six lignes de métro ont étaient construites en dix ans ! Faire baisser la pollution parallèlement à ce bouleversement urbain, c’est quand même remarquable. De là à dire que l’air est suffisamment respirable pour courir le marathon, c’est autre chose. Les Chinois n’ont pas les mêmes critères que nous pour définir un « ciel bleu » : le seuil de tolérance des particules fines est de 150 microgrammes par m3 en Chine, les normes européennes sont fixées à 20 microg/m3 dès 2010… Stephen Andrews, consultant américain en environnement, est pourtant sur le point de publier un rapport accablant sur la qualité de l’air pékinois. Il dénonce notamment une manipulation des données pour grossir ces fameux jours de « ciel bleu ». Vous qui avez côtoyé les chercheurs chinois, pensez-vous que ces pratiques soient monnaie courante ? Hélène Cachier : Ce discours est insultant pour les chercheurs. Stephen Andrews leur reproche par exemple d’avoir déplacé et fermé des stations de mesures. Mais leur localisation était obsolète, il a simplement fallu s’adapter aux transformations de la ville. On ne peut pas considérer une station immergée dans une zone de fort trafic comme représentante de l’air ambiant. Le choix de la localisation des stations est au contraire fait de manière très sérieuse. Certes, s’ils ont des consignes, les chercheurs les appliquent. Lorsque l’API est à peine au-dessus de 100, il n’est pas rare de classer la journée « ciel bleu ». Mais de toute façon, l’incertitude de la mesure avoisine les 20%, donc cela n’a pas grande incidence au final. Ce qu’il faut en revanche souligner, c’est la différence entre les particules fines naturelles, portées par les vents estivaux du sud, et celles dîtes anthropiques, issues de l’activité humaine. Beaucoup plus petites, ces dernières sont aussi plus dangereuses pour la santé, car elles pénètrent l’appareil respiratoire. Les autorités justifient leur incapacité à descendre le seuil d’acceptabilité des particules fines en deçà des 150 microg/m3 par la présence massive de particules naturelles. Or, elles sont à peine plus nombreuses que les particules d’origine humaine, sur lesquelles ont pourraient influer. A Shanghai, par exemple, on dit que la pollution est moindre car la concentration en particules fines est d’environ 80 microg/m3. Mais il s’agit majoritairement de particules produites par l’homme ! Pour moi, c’est une ville plus polluée que Pékin, dont on ne se préoccupera pas avant 2010 : pour l’exposition universelle. Les efforts ont visiblement été concentrés sur Pékin, qu’en est-il du reste de la Chine ? Hélène Cachier : Il reste pollué. A Chong Qing, par exemple, les habitants ne voient jamais le soleil. La température peut atteindre les 45°C, et le taux d’humidité est tel que d’épais brouillards de pollution se forment. Aujourd’hui, tout le monde parle de Pékin mais il ne faut pas oublier les autres villes chinoises, qui ont littéralement été abandonnées. D’ailleurs, de nombreux Chinois expriment de l’exaspération. Les JO c’est bien mais le plus important pour eux c’est leur quotidien.
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