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L'accident survenu le 20 avril est en train d’engendrer une marée noire d’une ampleur inédite. Les conséquences écologiques, économiques et sociales sont déjà estimées entre 2 et 3 milliards de dollars, une somme que BP s’est engagé à verser. La comparaison avec l’Exxon Valdez, qui avait causé une marée noire au large de l’Alaska en 1999, figure dans tous les commentaires. Le montant des réparations pour ExxonMobil s’était élevé à l’époque à 4,3 milliards de dollars. Poursuivant la comparaison, l'agence d'évaluation financière Fitch Ratings estime cependant que l’assurance de BP « devrait probablementcouvrir la majorité de ces coûts » , comme ce fût le cas pour l'affaire Exxon Valdez. Par ailleurs, Exxon Mobil a vu son amende civile pour dommages punitifs ramenée de 2 milliards à 500 millions d’euros en 2008 par la Cour Suprême des Etats-Unis, après des années de procédures. En effet, si la loi "Oil Pollution Act " de 1990 prévoit une amende maximale de 3000 dollars par baril déversé dans la nature, ce montant est, dans les faits, négociable. Par ailleurs, les compagnies pétrolières peuvent dans ce cas de figure faire appel au FIPOL (Fonds international d'indemnisation pour les dommages dus à la pollution par les hydrocarbures), comme l’a fait Total dans l’affaire de l’Erika ; ce fond, abondé par les compagnies, dispose de 1, 8 milliards destinés à l’indemnisation des victimes. British Petroleum fait l'objet, depuis le 30 avril, d'une plainte de la part des pêcheurs de crevettes de Lousiane pour «négligence» et «pollution». Ils demandent 5 millions de dommages et intérêts. L'industrie des fruits de mer pourrait en effet subir de lourdes pertes. Des conséquences d’autant plus inacceptables que BP a minimisé les risques d’accident et s’est opposé, en septembre 2009, à des mesures plus strictes, estimant que les règles de sécurité étaient suffisantes.
Départ précipité de Lord Browne en 2007
Au-delà du coût financier, BP devra également faire face à l’impact de la catastrophe sur l’image du groupe. BP avait voulu, ces dernières années, se donner une autre identité -« Beyond Petroleum »-, tournée vers les énergies renouvelables, à travers notamment sa filiale BP Solar. Saura-t-il gérer cette nouvelle crise ? En 2005, le groupe avait du faire face à l’explosion d’ une raffinerie dans le Texas, due à un manque avéré de conditions de sécurité. La commission d’enquête avait alors mis en évidence l’insuffisance des budgets consacrés par le groupe à la sécurité de ses raffineries américaines. Des conclusions indirectement confirmées en août 2006 par l’apparition de nombreuses fuites dans les pipelines d’Alaska, gérés et maintenus par l’entreprise. Bien que la commission ait écarté toute manœuvre consciente d’économiser sur la sécurité, elle avait mis en lumière le manque de contrôle de la maison mère sur sa filiale américaine. Ce manque de gouvernance interne, conjuguée à une obsession des équipes dirigeantes américaines pour l’optimisation des profits, ont conduit la justice à suspecter la filiale de négoce du groupe d’avoir manipulé les cours du gaz naturel. Cette conjonction de mauvaise gouvernance et de surestimation délibérée de ses réserves de pétrole ont conduit le conseil d’administration de BP à ne plus soutenir Lord Browne. Une défiance qui s’est traduit par un départ anticipé en retraite de 18 mois.
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