Lourde empreinte écologique pour le cinéma à Ouarzazate

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Publié le 26-01-2005

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Idéalement située au cœur d'un vaste plateau désertique, la ville marocaine de Ouarzazate s'est progressivement imposée comme le Hollywood des sables. Les productions cinématographiques américaines et européennes s'y succèdent pour bénéficier de conditions de travail exceptionnelles. Si cela représente une manne financière pour la région, cett activité a aussi des impacts sociaux et environnementaux plutôt négatifs.

L’histoire d’amour entre Ouarzazate et le cinéma précède la fondation de la ville, en 1928 par des Français puisque dès 1897, la région avait séduit Louis Lumière qui y posa sa caméra pour tourner Le Chevalier marocain. Depuis s'y sont succédés certains des plus grands metteurs en scène mondiaux, d’Orson Welles à Pier Paolo Pasolini, en passant par Martin Scorsese ou Ridley Scott. Ses décors naturels ont été le cadre de méga-productions comme Laurence d‘Arabie, Gladiator ou Asterix et Obelix - Mission Cléopâtre. Bâtie à la confluence de trois fleuve le Drâa, le Dades et le Ziz, la ville offre une variété de panoramas exceptionnels à quelques encablures de ses 3 studios. Cimes enneigés du Haut Atlas, déserts de pierres ou de sable, steppes et kasbahs centenaires donnent à la région des décors naturels à couper le souffle. Ces décors sont facilement exploitables grâce aux nombreuses facilités données par les autorités nationales et provinciales à l‘industrie cinématographique. Exonération de TVA sur tous les biens et services acquis au Maroc, remises sur les transports aériens, dédouanement express du matériel cinématographique, mise à disposition des Forces Armées Royales ou de la Gendarmerie Royale pour les scènes nécessitant des figurants en uniforme, rien n’est épargné pour rendre Ouarzazate compétitif. A ces facilités s’ajoutent une main d’œuvre qualifiée et bon marché ainsi qu’une population multi-ethnique prête à faire de la figuration. Les studios occidentaux peuvent donc espérer économiser entre 30 et 50% de coûts de production par rapport à un tournage en Europe ou aux Etats-Unis. Attirés par une conjoncture particulièrement favorable, les grands studios multiplient désormais les tournages à Ouarzazate. Selon le Centre Cinématographique Marocain (CCM), les budgets investis ont explosé entre 1997 et 2001, passant de 12 à 140 millions de dollars par an. Les trois studios de la ville et les productions qui y sont tournés font désormais directement ou indirectement vivre plus de 90 000 personnes.

L’environnement maltraité par le cinéma

Les traces de la "fabrique de rêves" sont omniprésentes dans la région. Certes les studios de l’Atlas Corporation Studio et ceux du tout nouveau CLA abritent un grand nombre de décors, mais il n’en demeure pas moins que de nombreux décors restent en place longtemps après la fin du tournage. Les abords immédiats de Aït Ben Haddou, une Kasbah du 13ème siècle classée au patrimoine mondial de l’humanité, arborent toujours la porte et les remparts construits par les producteurs du Diamant du Nil, en 1984. La situation de la très poétique et ancienne Kasbah de Tamesla (Kasbah des Cigognes) est encore moins enviable. L’intérieur est envahi par les décors, laissés à l’abandon, d’une série sur Jésus. « Les vestiges indésirables du cinéma sont présents partout dans la région. En plein désert ou dans des gorges, on retrouve des décors en carton pâtes ou des sacs poubelles abandonnés» confie un professionnel du tourisme.  « On comprend bien l’intérêt du cinéma pour la région mais de là à potentiellement mettre en danger le tourisme, l’autre principal pourvoyeur de devises de la région, il y a un pas inacceptable qui a été franchi, » ajoute-t-il. Les autorités locales semblent ne rien faire contre ces pratiques irrespectueuses pour l'environnement . Aucune obligation de ramassage des ordures ou de démontage des décors après le tournage n'est imposée à l’industrie du cinéma. Cette négligence écologique est pourtant en contradiction complète avec la législation environnementale marocaine et cela serait peu coûteux pour les productions de remettre les lieux de tournage dans leur état d’origine.

Ce « laisser faire » des autorités locales envers l’industrie du cinéma peut aller jusqu'à l’acceptation de demandes dangereuses pour les populations de la région. Afin de satisfaire les producteurs d’une grande production européenne, le barrage de Ouarzazate a effectué des délestages pendant plusieurs semaines afin de remplir le Drâa en eau. Ces délestages n’auraient pas été critiquables si la région n’avait pas connue l’une des pires sécheresses de son histoire récente avec 5 années sans pluie. Le niveau du barrage était de ce fait particulièrement bas, et donc proche de sa zone d’alerte. Faute d’une pression d’eau suffisante et donc d’un niveau d’eau préétabli, les murs d’un barrage sont susceptibles de se fissurer. « Je ne comprend pas pourquoi ils ont fait couler de l’eau tous les jours pendant des semaines pour le cinéma, » s’interroge un agriculteur de la vallée du Drâa. « A l’époque si nous avions de l’eau pendant 2 semaines dans l’année, on pouvait s’estimer heureux, » Le poids de l’industrie cinématographique est très important dans la région mais cette industrie productrice de rêves semblen manquer à l'exercice de sa responsabilité sociale.

P.M.Coupry
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