Les résidus de pesticides, une bombe à retardement pour les pays pauvres
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Publié le 02-11-2004
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La FAO tire la sonnette d'alarme depuis plusieurs années. Dans les pays en développement ou en transition, d'importants stocks de pesticides périmés sont laissés à l'abandon, constituant un péril pour la santé humaine et l'environnement.
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La plupart du temps disséminés, difficiles à localiser, les pesticides périmés constituent un risque environnemental important dans les pays en développement. Conservés trop longtemps, souvent dans des conditions qui accélèrent la détérioration de leurs conteneurs, les produits finissent par se répandre dans la nature, entraînant une pollution des sols, de l'eau potable et des nappes phréatiques. La FAO estime à au moins 100 000 tonnes la quantité de pesticides périmés constituant une menace pour l’environnement et la santé dans le monde. « La quasi-totalité des pays en développement est affectée", notent les experts de l’agence de l’ONU pour l’agriculture et l’alimentation. "Les populations les plus touchées sont souvent les communautés rurales pauvres qui ne sont parfois même pas conscientes de la nature toxique des produits chimiques auxquels elles sont confrontées et qui peuvent être entassés à proximité de points de stockage ou de vente de produits alimentaires. Les empoisonnements par pesticide sont fréquents dans les lieux proches des sites de décharge. ». L’Afrique avec plus de 50 000 tonnes en souffrance, est le continent le plus touché. L’Europe de l’Est, tout comme l’Amérique latine, le Moyen-Orient et l’Asie, doit aussi faire face au problème. L’Ukraine détiendrait, à elle seule, environ 19 500 tonnes de produits chimiques périmés, la Macédoine 10 000 tonnes, la Pologne 15 000 tonnes. En Asie, les stocks s'élèvent à 6 000 tonnes. Mais c’est compter sans la Chine où le problème serait très étendu.
Résidus de produits interdits
Ces pesticides périmés sont pour la plupart des résidus des campagnes de lutte phytosanitaire menées depuis 40 ans. Les raisons de l’accumulation de produits non utilisés sont multiples. Parmi elles, les donations excessives ou inappropriées des pays développés au cours des dernières décennies. En décembre 2002, le Japon a annoncé la décision de revoir sa politique d’aide en matière de produits phytosanitaires à la suite des critiques récurrentes portant sur son programme de donation baptisé KR2. «La plupart des produits envoyés depuis 1977 dans le cadre de cette campagne, soit ne correspondaient pas aux besoins, soit n’arrivaient pas jusqu’aux producteurs soit arrivaient trop tard », note Pesticide Action Network, un réseau international d’ONG qui lutte contre l’utilisation massive des pesticides. La surévaluation des besoins par les Etats bénéficiaires et les agriculteurs et le manque d'expertise dans la gestion des produits, n’ont fait qu'aggraver la situation. Les interdictions successives et parfois brutales de produits jugés dangeureux, ont également joué un rôle important dans la constitution de ces stocks. Ce n’est pas un hasard si on retrouve aujourd’hui parmi les produits qui posent problème, toute une panoplie d’insecticides dangeureux, hautement toxiques : DDT, Aldrine, chlordane, dieldrine, endrine et heptachlore. Classés dans la famille des déchets polluants organiques persistants (POP), « la plupart de ces produits ont été interdits sans qu’une politique d’élimination des stocks soit menée, déplore un chercheur du Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement (Cirad). Même si ces produits sont nocifs, il aurait été préférable de finir les stocks quand ils étaient encore utilisables plutôt que de laisser s’entasser les résidus dans des magasins ou des décharges plus ou moins laissés à l’abandon, poursuit t-il. Au fil des années, certains emballages ont fini par être corrodés. Les produits se sont déversés, ont rongé les emballages voisins et ainsi de suite. On a fini par se retrouver avec de fortes concentrations de pesticides dans des zones restreintes.» D’où l’expression de bombe à retardement utilisée régulièrement par la FAO : quelques bidons suffisent à contaminer les sols et à rendre impropres à la production agricole les terres situées à proximité d’un lieu de stockage. L’élimination de ces pesticides étant très coûteuse, plus de 3500 dollars la tonne, les Etats concernés ont du mal à faire face. Les résidus doivent être expédiés vers un pays développé pour être brûlés dans la mesure où il n'existe aucune installation adéquate de destruction dans la plupart des pays concernés. L’incinération à très haute température est la seule technique sans risque pour l’homme et l’environnement. En Afrique où la situation est la plus critique, un programme d’élimination, Africa Stockpiles programme (ASP), a été lancé en 2004. Initiative multi-partenariale qui regroupe la FAO, des organisations intergouvernementales, des agences internationales, des Etats et les ONG, ASP vise à éliminer, d’ici 10 à 15 ans, une grande partie des stocks. Les 250 millions de dollars qui seront consacrés à cette opération pourraient cependant ne pas suffir. Dans certaines régions, la situation est urgente. Confrontés à une détérioration avancée des stocks, plusieurs pays africains qui ne peuvent pas bénéficier du programme dans sa première phase d'activité, se tournent vers la FAO pour une aide immédiate mais l’agence manque de moyens pour faire face. « Des pays comme l'Algérie, le Cameroun, la Somalie, l'Erythrée et le Sénégal sont particulièrement concernés par les impacts durables sanitaires et environnementaux de leurs stocks de pesticides périmés, expliquait récemment Mark Davis, chef du Programme de la FAO sur la prévention et l'élimination des pesticides périmés. Malheureusement, à défaut de financements supplémentaires de la part des bailleurs de fonds, nous ne serons pas en mesure de répondre aux besoins d'aide des Etats membres ».
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Nicolas Reynaud
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