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Les pays du Sud, un marché pour les produits toxiques du Nord

Planète \Environnement \Pollution

Publié le 12-01-2005

Si les pays occidentaux progressent en matière de réglementation sur les produits toxiques, les pays en développement demeurent, pour des raisons économiques évidentes, les parents pauvres des traités internationaux. Alors qu'ils ont été interdits au Nord, plus de 100 000 tonnes de pesticides extrêmement toxiques continuent à polluer les terres agricoles de ces pays, constituant un péril pour la santé humaine et l'environnement. De même, plusieurs formes d'amiante produites par le Canada et la Russie, continuent à être exportées dans les pays -non industrialisés pour la plupart- qui n'ont pas interdit leur usage. Seule la directive européenne sur le traitement des déchets électroniques, qui entrera en vigueur à l'été 2005, met un terme à l'exportation de produits toxiques vers les pays du Sud. Elle exige en effet que les entreprises traitent elles-mêmes ces déchets sur le territoire européen.

La FAO tire la sonnette d'alarme depuis plusieurs années. Dans les pays en développement ou en transition, d'importants stocks de pesticides périmés sont laissés à l'abandon, entraînant des conséquences sanitaires et environnementales catastrophiques. Disséminés et difficiles à localiser, les pesticides périmés constituent en effet un risque environnemental important dans les pays en développement. Conservés trop longtemps, souvent dans des conditions qui accélèrent la détérioration de leurs conteneurs, les produits finissent par se répandre dans la nature, entraînant une pollution des sols, de l'eau potable et des nappes phréatiques. La FAO estime à au moins 100 000 tonnes la quantité de pesticides périmés constituant une menace pour l'environnement et la santé dans le monde.
L'Afrique, avec plus de 50 000 tonnes en souffrance, est le continent le plus touché. En Asie, les stocks s'élèvent à 6 000 tonnes. Mais c'est compter sans la Chine où le problème serait très étendu. On estime qu'il y aurait chaque année  1 à 5 millions de cas d'empoisonnements aux pesticides, entraînant la mort de plusieurs dizaine de milliers d'ouvriers agricoles (dont des enfants) dans les pays du Sud.
La responsabilité des gouvernements, en la matière, est fondamentale. La Convention de Rotterdam, qui réglemente le commerce international des pesticides et des produits chimiques dangereux, stipule en effet qu'aucune exportation ne peut avoir lieu sans que le pays importateur ait été informé des dangers potentiels liés au produit et qu'il ait donné son consentement. Si les pays industrialisés vont appliquer cette règle, qu'en sera -t-il dans les pays en développement ? Difficile d'apporter des réponses positives, lorsque l'on sait que l'amiante continue d'être exportée vers ces pays, alors que la majorité des pays occidentaux l'ont interdite... Le Canada et la Russie, grands exportateurs d'amiante, ont scandalisé les associations de victimes et les organisations écologistes, en refusant d'inscrire cette substance dans la " liste noire " des produits dangereux. " La plupart des pays industrialisés occidentaux ont banni son usage ou sont en voie de le bannir, résume l'Association des victimes de l'amiante. Face à cette situation, le Canada accentue ses efforts pour favoriser l'usage et l'exportation du chrysotile dans des pays pauvres où les contrôles et la réglementation laissent très souvent à désirer."
Seule avancée positive, la directive européenne sur les déchets éléctroniques va mettre fin à ces exportations vers les pays du Sud. Les producteurs d'équipements informatiques et électroniques doivent désormais s'engager à adopter des techniques de traitement, de valorisation et de recyclage, mais également de stockage des déchets. Cette réglementation interdit désormais un procédé très largement utilisé jusqu'ici : envoyer ces produits toxiques dans les pays du Sud, notamment en Chine, devenue une véritable " poubelle " de déchets éléctroniques. La directive stipule en effet que "le traitement peut se réaliser en dehors de l'État membre ou même de la Communauté", mais qu' il doit " respecter le règlement relatif à la surveillance et au contrôle des transferts de déchets à l'intérieur, à l'entrée et à la sortie de la Communauté ". En outre, "le traitement hors Communauté ne compte pour atteindre les objectifs de la directive que si l'exportateur est en mesure de prouver que le traitement s'est déroulé dans des conditions équivalentes aux exigences de la directive".

V. S.
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