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Une nouvelle enseigne de pressing est apparue à Paris mi-décembre : Séquoïa se présente comme « le pressing nouvelle génération », avec un code couleur vert et l’arbre qui lui donne son nom pour logo. Le message est clair : ici on est plus écologique qu’ailleurs. L’impression se poursuit à l’intérieur : les housses sont en plastique biodégradable, les sacs en papier, l’éclairage aux leds et surtout, aucune odeur ne se dégage de l’arrière boutique. Le procédé de nettoyage à sec, ici, emploie du siloxane ou D5, une sorte de silicone, très peu volatil, contrairement au perchloréthylène, employé dans 98% des pressings en France. La technologie, nommée GreenEarth, fait l’objet d’un brevet déposé par une filiale de Dow Chemical aux Etats-Unis. Si les instances de sécurité restent prudentes sur l’innocuité du D5, ce dernier a du moins l’avantage de faire respirer aux salariés un air plus sain que celui des utilisateurs du perchloréthylène. Ce produit est en effet classé cancérogène « probable » de catégorie 3 par l’Union Européenne et le Centre international de recherche sur le cancer. C'est-à-dire que les preuves ne sont pas suffisantes pour qu’il y ait obligation de le substituer. On sait cependant que la substance atteint le système nerveux central. La Cramif (Caisse régionale d’assurance maladie d’Ile-de-France) ne recense que 13 maladies professionnelles en 4 ans dans les pressings au niveau national mais Christine Breton, médecin du travail, admet que « les souffrances neurologiques après plusieurs années d’exposition peuvent s’apparenter à une dépression » et sont donc difficilement identifiables comme maladie professionnelle. 860 tonnes dans la nature
Si les syndicats professionnels continuent de polémiquer sur les effets sur la santé d’un produit qu’ils considèrent avant tout comme efficace et permettant une bonne productivité, l’Union Européenne l’a classé depuis 1976 dans les substances dangereuses pour l’environnement à éradiquer des rejets dans l’eau. La directive cadre sur l’eau donne le délai de 2021 aux Etats pour obtenir ce résultat. Aujourd’hui, sur les 1180 tonnes de « perchlo » consommées dans les pressings du bassin de la Seine chaque année, l’AESN estime que 750 tonnes sont rejetées dans l’air et 110 tonnes d’effluents chlorés finissent dans le réseau, échappant au traitement spécifique.
Le marché du pressing en difficulté
On comptait un peu moins de 5000 pressings en France en 2005, employant environ 11200 personnes. 1500 ont disparu en 10 ans (source Insee). « Le secteur, en grande difficulté, est caractérisé par des entreprises de petites tailles » décrit la FFPB (Fédération française des pressings et blanchisseries). Le chiffre d’affaire par site était de 76 000 € HT en 2005, contre 81000 € en 1995. Avec le renforcement de la loi et des contrôles, les fermetures devraient être encore plus nombreuses ces prochaines années, parmi les magasins qui ne seront pas mis aux normes dans les délais.
Les pressings non conformes
Bien que les pressings soient des installations classées pour la protection de l’environnement, avec obligation de fonctionner en circuit fermé et plan de gestion des solvants, une campagne de contrôles menée en octobre dernier a montré que presque tous étaient non conformes. Sur 275 pressings contrôlés, 80 se sont vus dresser des procès verbaux et 189 ont été mis en demeure par arrêté préfectoral, selon le bilan qu’a issu le ministère de l’Ecologie le 9 décembre. C’est la première fois qu’une telle opération « coup de poing » était menée, sur des installations soumises à simple déclaration. Des mesures de l’Institut national de l’environnement industriel et des risques (Ineris) réalisées de 2005 à 2007 avait en effet alerté sur les niveaux de perchloréthylène auxquels peuvent être soumis les riverains, des pressings à machine ancienne et ventilation naturelle (illégale). Les nouvelles machines et les normes de circuit fermé réduisent par dix ces émanations. Aux Etats-Unis, on a décidé de retirer le perchloréthylène du marché d’ici 2020. Pas de solution miracle
En France, on en est seulement à inciter au remplacement des anciennes machines par de nouvelles, plus sûres, et à sensibiliser les professionnels aux alternatives. La machine au siloxane, celle utilisant un hydrocarbure ou encore plus simple, le nettoyage à l’eau, ont été présentés à 200 professionnels d’Ile de France, en novembre dernier, par l’Agence de l’Eau Seine-Normandie (AESN) et la Cramif. Malgré les témoignages enthousiastes des collègues qui ont fait le pas de travailler sans perchloréthylène, les syndicats restent sceptiques. « Les alternatives ont un pouvoir nettoyant moindre et sont inflammables » relève M. Taudière, président du CFET, syndicat des pressings artisanaux. L’AESN et la Cramif, qui subventionnent le renouvellement du parc, se gardent elles-mêmes de préconiser une technologie plutôt qu’une autre, chacune ayant des inconvénients. D’ailleurs toutes restent des installations classées. Le ministère de l’Ecologie s’apprête à faire évoluer la réglementation pour « encadrer une diminution progressive des rejets », mettre en place des contrôles périodiques, renforcer la formation des professionnels et soutenir la recherche et l’innovation pour un produit de substitution.
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