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Avec ses quatre roues motrices, son éventuel pare-buffles, sa taille encombrante, ses double pots d’échappement, le 4X4 est devenu pour ceux qui ont des préoccupations environnementales le symbole de la pollution automobile. Les associations et les autorités publiques se liguent contre ce type de véhicule à cause de la pollution que ce mode de déplacement génère. La fronde a été initiée par un collectif d’associations écologistes (France Nature environnement, Réseau action climat, Agir pour l’environnement) qui a remis, le 24 mai 2004, le prix " Tuvalu " du dérèglement climatique (c'est le nom de l’île menacée de disparaître en raison de la montée des océans) au constructeur allemand Mercedes-Benz, pour son 4X4 G500. Ce tout-terrain arrive en tête des véhicules les plus polluants dans le dernier palmarès de l’Ademe dans lequel les voitures sont classées en fonction de leurs émissions de gaz à effet de serre. Il pollue quatre fois plus que les modèles les plus économes du classement. Un classement dans lequel, sur dix-huit véhicules particulièrement polluants, se trouvent quatorze 4X4, dont les très courus Land Rover Discovery, Land Cruiser de Toyota ou encore Grand Cherokee de Jeep ! Limitation, interdiction et culpabilisation Le prix Tuvalu a déclenché des réactions en chaîne. Denis Baupin, maire-adjoint aux transports de la ville de Paris, connu pour son militantisme en faveur de solutions écologiques de transports, a multiplié ces dernières semaines les déclarations de guerre à l’encontre des 4X4. Le groupe des Verts, dont il fait partie, a d’ailleurs émis, lors du Conseil de Paris le 8 juin dernier, un vœu relatif à la restriction de la circulation des 4X4 plutôt virulent : " Alors que notre municipalité multiplie les actions pour réduire la pollution atmosphérique et faire reculer la mortalité qui lui est liée, il est inadmissible de constater l’augmentation de ces véhicules dans nos rues. " La liste des griefs des Verts à l’encontre des 4X4 en ville va au-delà de la pollution : consommation " irresponsable " des ressources pétrolières, " à l’heure où la raréfaction génère conflits et augmentation de prix ", hauteur des calandres mettant en danger les piétons et les deux-roues, puissance utilisée " pour stationner sur les trottoirs au mépris des piétons ". Souhaitant " mettre fin à ce scandale ", les Verts proposent d’explorer des pistes de mesures plus ou moins draconiennes, comme empêcher la circulation des 4X4 dans Paris dès le niveau 1 de pollution atteint, apposer une vignette noire pour désigner les véhicules polluants, interdire la publicité pour les 4X4 (en s’appuyant sur un article du Code de l’environnement relatif aux économies d’énergie), ou encore, à terme, interdire les véhicules les plus polluants dans le cadre du Plan de déplacements de Paris. Si ce vœu n'a pour l'instant aucun impact coercitif, il montre qu'une nouvelle étape a été franchie dans la dénonciation de modes de transports non durables. " Ce vœu participe d’une dynamique médiatique initiée par nous, explique Stephen Kerckhove, d’Agir pour l’environnement, favorable à la pastille noire dès 140 g/ km pour placer les acheteurs devant leur responsabilité. Avec notre action, nous avons ciblé le ministère de l’environnement et des transports, car c’est tout d’abord de là que doit venir la volonté politique d’agir, les constructeurs, et les collectivités. Si Paris souhaite anticiper les choses tant mieux, mais il faut généraliser la prise de conscience. " Un effet de mode gênant Sur un forum de discussion, certains détenteurs de 4X4 qualifient cette polémique actuelle de " chasse aux sorcières ", et récusent l’accusation de véhicule particulièrement polluant, estimant qu’un 4X4 équivaut à une grosse cylindrée en terme de pollution. Mais l’inquiétude des écologistes est proportionnelle au phénomène de mode que connaît le marché des 4X4 dont près de 80 % du parc est diesel, et au paradoxe que constitue ce choix de voiture très consommatrice d’énergie (le modèle le plus vendu émet 200g/km) et de gabarit aujourd’hui : le marché progresse en moyenne de 15 % par an, beaucoup plus que le reste du secteur de l’automobile. Les constructeurs espèrent atteindre bientôt 5 % des ventes de voitures en France. Ironie du sort, le 4X4 aurait le vent en poupe car les limitations de vitesse étant plus respectées, les caractéristiques de sécurité sont préférées à celles de la vitesse. Mieux voir le paysage, se sentir en sécurité, être plus proche de la nature, afficher sa réussite sociale … autant d'arguments utilisés par les amateurs de tout-terrain dont le plus marquant est sans doute l’esprit d’aventure...Le problème est que la plupart de ces véhicules roulent à 50 km heure en ville et qu’à cette vitesse, un véhicule à quatre roues motrices consomme moitié plus de carburant qu'un modèle classique en ville. " Le plus inquiétant est qu’on est passé de l’effet de mode de la Smart à celui du 4X4, et cela ne va pas dans le sens d’un mieux-disant écologique. Il faut donc un frein" martèle Stephen Kerckhove. Le gouvernement semble avoir pris conscience de l’urgence en présentant dans son plan santé environnement son projet de bonus-malus imputable à l’achat d’un véhicule plus ou moins polluant. De quoi faire réfléchir et responsabiliser l’acheteur, mais cela sera t-il suffisant pour porter les choix vers des véhicules plus écologiques ? Toyota comme Ford (aux USA) annoncent un 4X4 hybride pour très bientôt, et Nissan expérimente au Japon la pile à combustible dans son modèle X-Trail… les constructeurs semblent prendre conscience des menaces qui pèsent sur le juteux marché des 4X4. Cela ne rassure pas pour autant les associations : " Même hybride, le 4X4 est gênant en ville, son problème ne se réduit pas à sa pollution, il y a sa dangerosité, sa place et le style de vie qu’il induit, conclue Stephen Kerckhove. "
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