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Le projet Shell stoppé en Alaska

Planète \Environnement \Pollution

Publié le 31-05-2010



Le président Obama a decidé de suspendre les forages en Alaska. Il reclame des enquêtes plus approfondies à l'agence MMS, en charge de la securité des opérations d'exploration sur le territoire américain.

Le président américain Barack Obama a annoncé le 27 mai la suspension des permis de forage dans l'Arctique jusqu'à au moins l'année 2011 et il a institué un moratorium sur de nouveaux forages en eaux profondes pendant 6 mois. La marée noire est en effet d'une ampleur bien plus importante que ne l'indiquait l'exploitant BP au tout début. La direction du groupe évoquait une fuite de 5000 barils de pétrole par jour ; or les experts craignent un déversement dans la mer de 12 000 à 19 000 barils chaque jour. Ce qui ferait de Deepwater Horizon la pire catastrophe du genre en Amérique du Nord. Une catastrophe deux fois supérieure a celle de l'Exxon Valdez en 1989. Le président Obama se veut donc prudent. Il réclame des enquêtes plus approfondies auprès de l'agence Minerals Management Service, en charge de la collecte des royalties sur le pétrole et de l'octroi des permis de forer.

Shell défend son projet 

L'attention des professionnels s'est vite tournée vers la zone Arctique, car la multinationale anglo-hollandaise Shell est en train de négocier un permis de forer dans les mers de Beaufort et de Chukchi, sur la cote nord ouest de l'Alaska. Cette zone polaire pourrait en effet contenir les plus fortes réserves de pétrole de l'Amérique. Les représentants de MMS espèrent y découvrir des gisements de 27 milliards de barils. 
La direction de Shell pensait donc pouvoir, dès cet été, lancer son exploration. Dans une lettre envoyée a MMS au mois de mai, les ingénieurs de Shell ont expliqué que les risques encourus en Alaska sont moindres que ceux du Golfe du Mexique. Car l'eau est moins profonde et la pression moins forte. Les gisements en Alaska se situent à 45 mètres de la surface, alors que ceux de Deepwater Horizon se situaient à 1500 mètres, plaident les cadres de Shell, qui ont aussi promis de mettre en place un dispositif plus conséquent. Le groupe promet que l'équipement secondaire préventif, censé fermer les valves lorsque le premier système est défaillant, serait inspecté chaque semaine et non tous les 14 jours, suivant la norme actuellement en vigueur. Enfin, Shell prévoit d’utiliser un puissant bateau de 90 mètres, équipé d'écumoires, de dispersants et autres dé-polluants , situé à une heure de distance, prêt a être mobilisé en cas d'accident.

Les arguments de Shell ont plu aux fonctionnaires de MMS, qui avaient déjà donné à la compagnie une partie des autorisations nécessaires pour lancer les forages. Mais le président Obama, pressé par les groupes écologiques, a mis un holà au projet.
Plusieurs associations vertes, parmi lesquelles l'Alaska Center for the Environment et les représentants des tribus Inupiat, Yupik, Aleut -premiers habitants de l'Alaska- s'inquiètent de la rapidité de la mobilisation des moyens de secours en cas d'accident. Les équipements nécessaires pour nettoyer la pollution devraient en effet être transportés sur des milliers de km par barge ou en hélicoptère. Or, l'Alaska connait les plus fortes tempêtes d'Amérique du Nord. La glace et l'isolement des terres rendent encore plus difficile les opérations de sauvetage. Enfin, les tribus craignent l'impact qu'auraient les forages sur la vie des baleines, la nourriture principale des populations autochtones.

Les associations écologiques ne mènent pas seules leur combat. L'agence fédérale GAO (Government Accountability Office) a récemment publié un rapport qui soulignait la légèreté des études de MMS. Il n'y aurait pas, semble-t-il, de guide clair et documenté concernant les critères d'évaluation de MMS. Lorsque Mark Gaffigan, l'auteur du rapport, a demandé des éclaircissements aux cadres de l’agence de contrôle, on lui a répondu qu'un manuel écrit serait trop vite démodé !
L'argument n'a guère convaincu. MMS, qui est sous les projecteurs depuis l'explosion du 20 avril a une très mauvaise réputation (voir article lié). On dit l'agence "disfonctionnelle". Ses fonctionnaires -à la fois collecteurs de royalties et inspecteurs des plateformes pétrolières- sont trop proches des industriels. De plus en plus de voix réclament une reforme de fond en comble de l'agence. On parle notamment d'une séparation des deux rôles clefs de MMS, garant de la sécurité et collecteur de royalties. L'Amérique suivrait ainsi l'exemple de l'Angleterre et de l'Australie, qui ont tracé une ligne claire entre les deux fonctions Et dans l'immédiat, les têtes sont tombées. Elizabeth Birnbaum, chef de Minerals Management Service depuis 10 mois, vient d'être renvoyée.  

Caroline Crosdale à New York
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