Le procès de l'Erika s'ouvre à Paris

Planète \Environnement \Pollution

Publié le 07-02-2007

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Le 12 décembre 1999 l'Erika, battant pavillon maltais, sombrait au large du Finistère, avec 30 000 tonnes d'hydrocarbures lourds à bord. Environ 19 800 tonnes se sont déversées, 6 400 tonnes d'hydrocarbures sont restées dans la partie avant immergée, et 4 700 tonnes dans la partie arrière. Le pompage des hydrocarbures jusqu'à la surface s'est déroulé entre juin et septembre 2000. Des opérations de nettoyage ont ensuite été menées sur 400 kilomètres de côtes dans le Finistère, la Loire-Atlantique, le Morbihan et la Vendée. Questions à Corinne Lepage,avocate de plusieurs communes du littoral, sur les enjeux de ce procès.

Qu' attendez-vous du procès, comme avocate des parties civiles et comme présidente de CAP 21 , votre parti ?
Sur ce dossier, c’est en tant qu’avocate que je m’exprime, et non en tant que présidente de CAP 21. Je suis mandatée pour défendre des communes, ce que j’entends assumer au mieux. J’attends que l’on établisse les responsabilités et qu’on arrive à ce que tous ceux qui sont responsables soient jugés comme tels et payent l’addition. La question de la réparation est en effet centrale dans ce dossier.

Le préjudice écologique de cette catastrophe a été estimé à 400 millions d’euros par l’INRA. Combien espérez-vous obtenir comme indemnisations ?
Je ne peux pas encore me prononcer à ce stade, mais ce procès

Coût estimé : 5,6 millions d’euros

Trois des collectivités parties civiles dans ce procès ont dévoilé une étude de l’INRA sur le coût écologique de la catastrophe, qui s’élèverait à 400  millions d’euros.  Le conseil général de Loire-Atlantique a annoncé qu'il allait demander 5,6 millions d'euros d’indemnisations. Le préjudice subi "ne représente que 4 heures d'exploitation de Total calculé sur 365 jours", estime la collectivité. Ces 5,6 millions correspondent aux dépenses de personnel, à la dégradation du réseau routier, et aux aides versées aux communes, a indiqué le Conseil général. Rappelons que le préjudice causé par le naufrage de l’Erika est estimé au total à 920 millions d’euros.

sera l’occasion d’aller jusqu’au bout de l’instruction et de mettre en lumière ce qui n’a  pas été réglé, notamment le contenu réel de la cargaison et son degré de toxicité ainsi que l’état du bateau. J’ajoute que si Total donnait autant d’argent pour la dépollution que ce qu’il investit dans sa communication et dans son image, la situation aurait été meilleure…
 
Quelle est votre analyse de la défense de Total, qui plaide non coupable depuis le début?
J’ignore ce que Total va réellement plaider, tout ce que je peux affirmer, c’est que je ne comprends pas qu’une entreprise de cette importance puisse avoir ce comportement. Beaucoup d’ « affaires »  entourent le groupe. Je m’inquiète aussi de l’annonce faite cette semaine par le prochain PDG de Total de vouloir développer une activité nucléaire..

Comment selon vous rendre plus transparente la chaîne de responsabilités ?
C’est tout l’enjeu du procès car il existe toute une chaîne de responsabilités qui n’ont pas été clairement établies. Certaines pièces du dossier ont d’ailleurs disparu et nous n’avons donc pas pu les voir. Il sera intéressant de revenir sur ces zones d’ombre.
 
Le fait qu’il existe aujourd’hui une Charte de l’environnement inscrite dans la constitution peut-il jouer un rôle dans ce procès et à l’avenir ?
Non, absolument pas. Au contraire, je pense que ce texte constitue une régression sur le principe de la responsabilité écologique. Pour ma part, j’ai l’intention d’insister également sur le préjudice d’image qu’on subi les collectivités du littoral atlantique que je défends et d’obtenir, sur ce point aussi, réparation.

Estimez-vous que la réglementation européenne ait avancé en matière de sécurité du transport maritime ?
Oui, sur certains aspects, la réglementation appelée « Erika 1 » et « Erika 2 » a permis de renforcer le contrôle, mais il manque un élément fondamental qui lui n’a pas du tout avancé, c’est celui de la responsabilité. Tant qu’une réglementation claire ne sera pas mise en place, on ne pourra pas créer de cercle vertueux.

Pensez-vous que l’état actuel des indemnisations soit satisfaisant ?
Le Fipol est un organisme rigoureux, il a permis d’indemniser les victimes. En revanche, l'État, qui a dépensé 150 millions d'euros pour nettoyer le fioul de l'Erika, n’a toujours pas présenté sa facture pour être remboursé…Ce sont donc les contribuables qui payent cette dépollution.

Véronique Smée
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