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Le coût-pollution de la croissance chinoise est très élevé

La croissance économique spectaculaire de la Chine va de pair avec son développement industriel à marche forcée. Il a pour conséquence une importante dégradation de l'environnement qui a déjà un coût significatif, lié notamment aux pluies acides et à la dégradation de la qualité de l'air.

Pour l’économie chinoise, l’année 2003 a été à nouveau un très bon cru avec une croissance supérieure à 8%. Cette spectaculaire performance économique est à nuancer quand on la lie à l'augmentation de la pollution aux pluies acides que subit le pays. Selon l’administration environnementale chinoise (le SEPA - State Environmental Protection Administration) les pluies acides ont touché 54,4% des 487 villes qui font l’objet d’un suivi. Cette aggravation de la situation environnementale est particulièrement préoccupante car non seulement le nombre de villes qui en souffrent régulièrement dépasse désormais les 40% (en hausse de 7,2% par rapport à 2002) et que le nombre de villes épargnées diminue nettement. Le problème se généralise donc, alors qu'il était jusqu’ici essentiellement confiné au Centre et au Sud Est du pays.  Elles ont des effets destructeurs sur les terres agricoles dont elles compromettent la fertilité, les cours d'eau où elles menacent l'éco système mais aussi les bâtiments dont elles facilitent l'érosion.

Le plan énergies propres

Annoncé lors de la conférence de Bonn sur les énergies renouvelables de juin 2004, le plan d’action chinois de développement des énergies renouvelables prévoit qu'elles contribueront à 10% de sa capacité totale de production électrique en 2010. Pour atteindre son objectif de 60 GW, le pays compte notamment implanter les technologies éoliennes, solaires et de biomasse. Le même plan prévoit qu’en 2020, ces énergies représenteront 12% des besoins chinois en énergie(121 GW)

Le SEPA estime que les pluies acides touchent désormais 30 % du territoire chinois et coûtent annuellement 110 milliards de yuans (10 milliards d’euros). Ce chiffre devrait augmenter dans les années à venir puisque les besoins croissants en électricité du pays sont fournis à 74% par des centrales thermiques à charbon. Ces centrales, souvent obsolètes, sont encore rarement pourvues d’équipements de désulfuration et rejettent donc massivement du dioxyde de souffre (SO2) ainsi que d’autres particules dans l’atmosphère. Cette dépendance au charbon devrait perdurer de nombreuses années et représenter plus de 50 % des besoins énergétiques du pays en 2030 malgré l’annonce d’un ambitieux plan de développement des énergies renouvelables d’ici à 2010 (voir encadré). Ces centrales sont la principale cause de l’explosion de la pollution aux pluies acides dans le pays. « Les centrales thermiques rejettent une large proportion des émissions de SO2 du pays. Si ces émissions ne sont pas correctement contrôlées, la pollution aux pluies acides s’aggravera» déclare Pan Yue, le vice directeur du SEPA.

Des mesures de mitigation encore peu efficaces

Le risque que représente les pluies acides a été identifié depuis plusieurs années par l’administration chinoise. Afin de réduire les émissions de SO2, elle a adopté une législation contraignant 80 % des centrales thermiques à s’équiper en équipements de désulfuration d’ici fin 2005. Mais les perspectives de profits facile et les négligences de l’administration, encouragées par une corruption très présente, ont limité à un petit nombre d’entreprises énergétiques celles qui se sont mises en conformité. Cette situation pourrait changer cette année car le SEPA a annoncé qu’il refuserait de signer les autorisations d’extensions de capacité de génération électriques présentées par les centrales ou les régions qui ne respectent pas leurs obligations légales. Il ne va pas jusqu'à préciser quelles seront les sanctions. L’explosion de la demande d’électricité dans le pays devrait à nouveau provoquer de nombreuses coupures d’électricité pendant l’été 2005, le gouvernement pourrait donc être tenté de faire primer le développement sur le respect des normes environnementales.

Le SEPA cherche également à faire jouer les mécanismes de marché pour réduire les émissions de SO2 et va lancer dans 7 villes industrielles un système de quotas d’émissions. Elles pourront les échanger via une bourse aux émissions, construite sur le modèle américain (voir article lié). Le SEPA a noué un partenariat avec Environmental Défence, organisation qui a initié ce type de bourses aux Etats-Unis. L' initiative fait suite aux projets développés dans les villes industrielles de Benxi (province du Liaoning) et Nantong (Province du Jiangsu) et pourrait être généralisée, en cas de succès, à tout le pays.

Ces différentes initiatives ne devraient quand même pas permettre à la Chine d'atteindre son objectif de réduction de 10 % des émissions de SO2, entre 2000 et 2005. Ses préoccupations environnementales vont malgré tout croissantes car la nouvelle classe moyenne chinoise commence à intégrer un désir d’amélioration de l’environnement. Le véritable moteur sera plus vraisemblablement le coût économique de la pollution qui contraindra le gouvernement à mener une politique plus agressive. Selon les experts de la Banque Mondiale, le coût global de la pollution coûte déjà entre 8 et 12% du PNB à la Chine. La méthodologie utilisée par la banque mondiale cumule les coûts directs et indirects de la dégradation environnementale. Les impacts des pluies acides sur la production agricole sont donc ajoutés aux frais de santé ou aux arrêts de travail. «Ignorées depuis des décennies, les problèmes environnementaux chinois peuvent potentiellement mettre l’économie à genou» précise Elisabeth Economy, auteur de «The river runs black», essai sur l'environnement en Chine, publié en 2004 .

Pierre-Marie Coupry
Mis en ligne le : 02/03/2005
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