La nuit, les riverains de Roissy comptent les avions

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Publié le 02-04-2003

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A raison de 150 vols par nuit, des riverains disent vivre un enfer. Constitués en associations, ils veulent obtenir l'instauration d'un couvre-feu à Roissy. Impossible, répondent en substance plusieurs acteurs du transport aérien.

La nuit, selon ADP, 7 à 44 appareils décollent ou atterrissent toutes les heures à l'aéroport Roissy Charles de Gaulle. En fonction du vent, les habitants situés sous les couloirs aériens entendent passer jusqu'à 150 vols par nuit (22 heures à 6 heures). " Pour vous donner une idée, c'est comme si votre téléviseur s'allumait 150 fois dans votre chambre en une nuit ", explique Jean-Pierre Enjalbert, médecin, maire de Saint-Prix et président du Collectif santé contre les nuisances aériennes (CSNA). Faute d'avoir obtenu une campagne de mesures sonores au sol - les informations fournies par les compagnies sont celle du bruit émis par les appareils - le CSNA et l'association de riverains Advocnar ont mené leur propre enquête. Munis d'appareils de mesure, ils ont enregistré à l'intérieur de plusieurs logements insonorisés, des niveaux de bruit supérieur à 50 décibels par seconde (dB/s). " Or l'Organisation mondiale de la santé recommande un niveau maximum de 35 dB à l'intérieur des habitations. Au-delà de 45dB - soit 75 dB à l'extérieur au sol - le sommeil est altéré. Au-dessus de 75 l'endormissement est impossible ", souligne Jean-Pierre Enjalbert.
En 1999 a été créée une autorité indépendante, l'Autorité de contrôle des nuisances sonores aéroportuaires (ACNUSA). Celle-ci multiplie les recommandations auprès des ADP et compagnies aériennes, et veille au respect de la réglementation sur le bruit. " J'ai demandé que l'on introduise dans la future charte française de l'environnement, le droit pour tous au calme pour dormir ", signale Roger Léron, le président de l'Acnusa. Cette démarche, si elle devait aboutir, ferait du respect du sommeil paisible un droit constitutionnel. Les associations, elles, réclament d'ores et déjà l'instauration d'un couvre-feu à Roissy, sur le modèle de l'aéroport d'Orly. " Notre demande n'est pas seulement celle de riverains habitant à proximité des pistes : les avions survolent des dizaines de communes, parfois situées à quelques dizaines de kilomètres de l'aéroport ", précise Sébastien Trollé, de l'Advocnar.

Ni couvre-feu, ni déménagement

Au-dessus de leurs têtes le trafic nocturne représente 11% de l'activité totale de Roissy. Il provient notamment du fret des entreprises Europe Air Poste - la filiale aéropostale de La Poste - et Fedex. L'entreprise de messagerie a fait de Roissy sa plate-forme européenne en 1999, séduite par l'absence de couvre-feu. Or, souligne la Cour des comptes, " la sensibilité des riverains au bruit nocturne pouvant conduire à réduire fortement ce type de trafic, l'Etat a pris un risque important en favorisant l'installation de cet opérateur à Paris ". De fait, de nombreux élus et riverains demandent le déménagement de l'entreprise sur la plate-forme de Vatry (Marne) à 150 kilomètres de Paris. Interrogée, Fedex ne souhaite pas répondre mais a déjà fait savoir par le passé son opposition à ce type de projet. La direction d'Europe Air Poste rejette elle aussi  la perspective d'un déménagement à Vatry. Selon le directeur général Jean-Francois Dominiak, l'éloignement de Paris est incompatible avec la politique française de distribution du courrier en J+1. Pour les riverains, l'obtention d'un éventuel couvre-feu se heurte donc aux impératifs économiques. " Un pays ne peut pas, seul en Europe, interdire les vols de nuit. Supprimer le fret à Roissy reviendrait à supprimer des milliers d'emplois. Cela semble assez peu envisageable ", reconnaît lui-même Roger Léron, le président de l'Acnusa.
En attendant mieux, les appareils volant de nuit doivent répondre à des normes sonores strictes, dites du " Chapitre 3 " de l'Organisation de l'aviation civile internationale (OACI). Europe Air Poste assure ainsi ne faire voler que des appareils classés Chapitre 3, depuis 1997. Au sol, les riverains peuvent bénéficier d'aides publiques pour insonoriser leur logement. Celles-ci plafonnaient jusqu'ici à 10 millions d'euros par an. L'Acnusa et l'Ademe soutiennent un nouveau plan de 1,1 milliard d'euros censé permettre l'insonorisation de 180000 logements en France. Pour financer ces mesures l'Acnusa milite d'ailleurs pour une augmentation des taxes sur les billets d'avion, manière d'instaurer un principe d'utilisateur-pollueur / payeur. Enfin, reprenant une démarche menée par les services du ministère de l'économie et des finances, l'autorité indépendante estime à 25,6 milliards d'euros ce que coûterait le rachat éventuel de toutes les habitations exposées à des nuisances insupportables à côté de Roissy.

Walter Bouvais
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