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Novethic.Pourquoi avoir lancé cette expédition sur les micro-fragments de plastique en Méditerranée ?
Bruno Dumontet. Avec plusieurs scientifiques, nous avions l’intuition que la Méditerranée pouvait abriter le même genre de phénomène qui a déjà été observé dans le Pacifique nord, avec le 7ème continent de déchets (1). La Mer méditerranée est en effet l’une des plus polluées du monde mais il n’y avait pourtant aucune étude réalisée sur le sujet ! Or les premiers résultats que nous avons recueillis lors de notre première expédition cet été au large des côtes françaises, italiennes et espagnoles, sont alarmants. Rien qu’à partir des échantillons prélevés sur le neuston, c'est-à-dire la couche supérieure de l’eau (10 à 15 cm), et qui révèlent la présence de micro-fragments sur 90% d’entre eux, nos extrapolations montrent qu’il y aurait environ 250 milliards de micro-fragments de plastiques dans la Méditerranée, soit près de 500 tonnes (2)! Et c’est une fourchette plutôt basse ! Vous imaginez la quantité que cela peut représenter si l’on prend la totalité de la colonne d’eau ? Le plastique est aujourd’hui l’un des plus grands fléaux des mers et océans. A-t-on déjà des idées sur l’origine de ces micro-fragments ? Ces fragments sont quasi invisibles : ils mesurent de 5 mm à 1cm tout au plus, donc nous sommes en train de les faire analyser par des laboratoires, notamment pour déterminer le type de plasturgie dont ils sont composés. Mais nous avons déjà de fortes présomptions sur le fait qu’il s’agisse, entre autres, de déchets de sacs plastiques et de polystyrène. A priori, ces fragments viennent pour l’essentiel des terres et sont acheminés vers la mer par les fleuves ou par le vent. Une petite partie est larguée par les bateaux de pêche, de tourisme ou de plaisance. Tous ces fragments se déplacent continuellement en fonction des courants, nous avons donc mis en place des balises Argos sur certains d’entre eux pour étudier leurs mouvements. Mais nous en sauront plus d’ici la fin de l’expédition. Quels sont les effets sur la faune et la flore aquatique ? Il y a plusieurs « dommages collatéraux ». D’abord, les oiseaux de mer, tortues ou autres mammifères qui les avalent s’obstruent l’estomac et finissent par mourir. Ensuite, nous avons également remarqué que des micro-organismes se fixent sur ces bouts de plastiques, ce qui favorise le développement d’espèces invasives. Nous allons aussi analyser l’impact que ces micro-fragments peuvent avoir dans la chaîne alimentaire. En effet, les mycthophidés, ces petits poissons des abysses qui remontent chaque nuit à la surface de l’eau pour se nourrir de planctons, ont tendance à confondre leur nourriture et ces morceaux de plastiques, qui concentrent des polluants chimiques. Or ces petits poissons sont la proie favorite des thons, dauphins, et autres. En s’intégrant ainsi dans la chaîne alimentaire, il existe un risque que ces micro-plastiques se retrouvent dans nos assiettes ! Existe-t-il des traitements pour combattre cette pollution ? Pour les fragments existants, c’est malheureusement trop tard car il n’existe aucun micro-organisme capable de dégrader complètement le plastique – et même transformés en poudre, ils sont ingérables par le plancton- et l’on ne peut pas filtrer complètement la Méditerranée : il faut 100 ans pour que ses eaux se régénèrent totalement…Le danger est donc que la Méditerranée se transforme en mer morte ! Le problème, résultat d’une mauvaise gestion des déchets, ne peut que se résoudre à la source. C’est pourquoi parallèlement à l’expédition nous avons lancé une pétition citoyenne : « 1 million de clics pour sauver la Méditerranée » où nous demandons, grâce au droit de pétition prévu par le traité de l’UE, à l’Union européenne de s’engager à favoriser l’éco-conception des produits, à mettre en place une taxe pour les produits importés qui ne le sont pas et à sensibiliser les populations européennes sur cette question. Depuis son lancement il y a quelques jours, nous avons déjà recueillis 300 à 400 signatures par jour et nous en sommes désormais à plus de 4 300 ! Dans le cadre de notre expédition, qui va continuer jusqu’en 2013 et nous emmener jusqu’au Liban en passant par la Turquie, l’Egypte, le Maroc, l’Espagne, etc, nous allons aussi travailler avec les associations partenaires pour faire prendre conscience de ce problème aux populations du littoral, qui sont les plus concernées. (1) Le 7ème continent de déchet, aussi connue sous le nom de « soupe plastique » ou de « Grande zone d’ordures du Pacifique » est une plaque de déchets, d’une surface presque équivalente à la moitié de la France découverte dans le Pacifique nord par l’océanographe Charles Moore. Cette plaque est translucide et située juste sous la surface de l’eau, elle n’est donc décelable que du haut du pont des bateaux et non par satellites. Une plaque similaire a également été découverte dans l’Atlantique nord.
(2) résultats validés par les analyses du laboratoire de l’Université de Liège et de l’IFREMER
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