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La « course au désarmement » chimique à petits pas

Planète \Environnement \Pollution

Publié le 13-06-2007



Dix ans après la Convention sur l'interdiction des armes chimiques, la Russie et les Etats-Unis conservent un encombrant arsenal sur les bras. Plus que les coûts, pris en charge par l'aide internationale, c'est la concertation avec la population autour des usines, qui pose problème car elle a été mal appréhendée par les services militaires. Depuis 10 ans, l'ONG Green Cross International « démine » le terrain en Russie.

Il y a dix ans, la Convention internationale sur l’interdiction des armes chimiques engageait six pays ayant déclaré posséder des stocks, à les détruire d’ici 2007 (Russie, Etats-Unis, Inde, Corée du Sud, Libye et Albanie). Dix ans plus tard, la Russie et les Etats-Unis ont tous deux fait appel aux cinq ans supplémentaires, prévus dans la Convention. Et « ce délai risque fort de ne pas suffire pour les Etats-Unis », selon Green Cross International. L’ONG, fondée par Mikhaïl Gorbatchev, s’attaque aux causes et conséquences environnementales des guerres et conflits.
« En mars 2007 la Russie a déclaré avoir détruit 20% de son arsenal chimique (mais ce chiffre est contesté à 10%) et les Etats-Unis déclarent en être à 41% » rapporte Stephan Robinson coordinateur du programme international Héritage de la Guerre froide, de Green Cross, en Russie. La Russie possède le plus vaste arsenal d’armes chimiques au monde, estimé à 40 000 tonnes officiellement (ou le double selon les estimations !) soit les deux tiers des stocks mondiaux, au minimum. Le coût de leur destruction est estimé à onze milliards de dollars, pour lequel la Russie est soutenue (à hauteur de deux milliards) par un Partenariat mondial.

Freins locaux à l’urgence mondiale

La destruction d’armes chimiques doit avoir lieu dans des installations hautement spécialisées, pour réduire au minimum le risque pour la population et l’environnement. Trois des sept usines de destruction prévues ont été mises en activité. La quatrième doit entrer en service, en 2008, à Shchoutchye, en Sibérie occidentale avec l’aide de la France. Comme dans les sept autres sites de stockage, le contraste est saisissant entre l’état de délabrement des infrastructures de la ville et les technologies de pointe que l’on sait à l’œuvre au sein de l’usine sécurisée. La pauvreté des habitants les conduit à se révolter face à l’injustice que représentent d’énormes investissements, dont non seulement ils ne bénéficient pas mais qui, de plus, menacent directement leur sécurité.
Le syndrome du NIMBY « not in my back yard » (« pas dans mon jardin ») est responsable du retard pris et l’un des principaux points d’achoppement des programmes de destruction russe et américains. Les autorités russes sont en procédure judiciaire depuis trois ans avec les citoyens de Shchoutchye qui réclament le retour des services sociaux –supprimés il y a deux ans- en compensation du stockage dangereux sur leur site (gardé secret depuis 60 ans) et de l’épée de Damoclès que représente pour eux le processus de destruction. Cependant, le travail d’information du public et de médiation avec les autorités, que réalise Green Cross en Russie, commence à porter ses fruits. « Au départ, en 1997, les gens ne connaissaient rien du projet de destruction. Ils avaient peur et rendaient responsables de tous leurs maux la présence des armes chimiques. Aujourd’hui ils ont une meilleure compréhension et  les enjeux tournent plus autour des opportunités d’emploi et de la reconversion du site après la destruction » témoigne Stephan Robinson. A l’inverse, la situation s’enlise dans le conflit aux Etats-Unis, où les bureaux d’information appartiennent à l’armée. « Les villes n’ont plus aucune confiance dans les autorités militaires qui leur ont menti pendant des années. En Russie, il y a aussi des centre d’information gouvernementaux mais leurs informations et marge de manœuvre sont plutôt limitées» estime Green Cross. De ce fait Green Cross estime que l’objectif 2012 ne sera pas atteint aux Etats-Unis avant… « 2015, voire 2023 ».
L’armée russe a, quant à elle, tiré les leçons de l’échec de Chapayevsk, dans la région de Samara, en 1989 où une usine de 400 millions de dollars n’a jamais pu fonctionner devant l’opposition de la population, à qui l’on avait menti. Les généraux eux-mêmes se déplacent à présent pour parler avec la population. A Shchoutchye, les professeurs d’école et journalistes sont formés sur les armes chimiques et la population entraînée au plan catastrophe.

17% des stocks mondiaux détruits

Si elle est loin d’avoir atteint son objectif (17% des stocks mondiaux détruits seulement en 2006) la Convention sur l’interdiction des armes chimiques a pour le moins réussi à encadrer la destruction de ces armes extrêmement nocives pour l’environnement, grâce à la solidarité internationale et aux inspections de l’OIAC (Organisation pour l’interdiction des armes chimiques). A la fin de la seconde Guerre mondiale, des centaines de milliers de tonnes de munitions chimiques ont été simplement jetés dans les mers (la Baltique notamment). Les armes non transportables ont été brûlées sur place dans des trous, diffusant leurs dioxines, arsenic et autres substances toxiques dans l’environnement. « Les Etats-Unis ont répertorié 250 sites de ce type. La Russie n’en a qu’un, officiellement », à Léonidovka, où Green Cross a endigué la propagation de la pollution dans les eaux, qui touchait une ville de 600 000 habitants. Ce différentiel est plutôt inquiétant car « on peut supposer qu’il existe, comme aux Etats-Unis, des centaines de sites pollués de cette façon » déclare Stephan Robinson.

Hélène Huteau
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