L'inexorable croissance du trafic aérien

Planète \Environnement \Pollution

Publié le 02-04-2003

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Après une pause liée à la conjoncture internationale, les spécialistes prévoient une reprise de la croissance du trafic aérien dans les prochaines années. Faute de contrôle des pouvoirs publics, les associations redoutent que cette tendance n'entraîne de graves conséquences pour la santé et l'environnement.

" Techniquement, le trafic aérien peut encore se développer. Mais quel trafic peut-on accepter d'un point de vue social ? " L'interrogation n'émane pas d'un riverain des aéroports de Paris, mais de Franck Le Gall, le coordinateur du management environnemental d'ADP. L'établissement public gère 14 aéroports ou aérodromes en  région parisienne, dont les plates-formes de Roissy et d'Orly. Ces dernières accueillent respectivement 49 et 21 millions de passagers par an, soit un total de 70 millions. Le tassement observé depuis 2001, ne remet pas en cause une forte tendance au développement. Après +6,1% par an de 1995 à 2000, plusieurs études dont celles de l'organisme Eurocontrol estiment celle-ci  à +4% par an dans les dix à quinze prochaines années.
Cette croissance était jusqu'ici encadrée. Orly dispose d'un contingent annuel de 250000 créneaux horaires, ces fenêtres de décollage ou d'atterrissage. Si ce chiffre ne semble pas devoir être mis en cause, le ministre des transports Gilles de Robien a prévenu qu'il n'en est pas de même à Roissy, où une quatrième piste doit être ouverte. Selon plusieurs spécialistes, le plafond actuel de 55 millions de passagers par an ne tiendra pas, d'autant que l'établissement ADP devrait être privatisé dans les prochains mois. L'enjeu, c'est le développement d'Air France, qui génère la moitié du trafic de Roissy et s'apprête à ouvrir une nouvelle aérogare. Et, plus généralement celui d'un secteur représentant 9% du PIB d'Ile de France, 70000 emplois directs à Roissy et Orly, et 170 millions d'euros de recettes publiques locales. La Cour des comptes écrit elle-même que, compte tenu des investissements consentis par ADP, le maintien sous la barre de 55 millions de passagers à Roissy constituerait un " important gaspillage ". Elle estime la capacité de Roissy entre 750000 et 9000000 mouvements par an, soit 85 à 100 millions de passagers. " En théorie, la construction de deux pistes supplémentaires pourrait même porter ce chiffre à 120 ou 130 millions, estime Christian Roger, président du bureau d'études ONA (Observatoire des nuisances aériennes). Mais ça c'est la théorie ". Car, souligne la Cour des comptes, " les contraintes environnementales pourraient cependant conduire à limiter beaucoup plus tôt " le développement des aéroports parisiens.

Pollution atmosphérique

La pollution atmosphérique, l'une de ces contraintes, rarement évoquée, est désormais l'objet de plusieurs études. " Il ne faut pas avoir l'idée d'une cheminée qui fume, Roissy c'est un tiers de la surface de la ville de Paris. Orly et Roissy génèrent 3 à 5% des polluants atmosphériques sur des zones très ventées ", assure Franck Le Gall à ADP. " Selon nous l'impact des activités de Roissy représente 25% de la pollution dans une zone située de 3 à 4 kilomètres de l'aéroport, précise Chris Roth, responsable d'études à Airparif. Elles seraient à l'origine de 4 à 5% du total des émissions franciliennes de dioxyde d'azote, l'équivalent de la pollution automobile générée par le périphérique parisien ". D'autres études sont en cours à Orly. De son côté l'organisme Eurocontrol affirme que la pollution atmosphérique due au trafic aérien pourrait croître de 57% entre 1999 et 2015 en Europe.
Les aéroports parisiens génèrent en outre un important trafic routier. 80 à 90% des passagers s'y rendent en voiture ce qui, ajouté aux salariés de l'aéroport, aux cars et aux camions, porte à 80000 le nombre de véhicules comptabilisé chaque jour. " Roissy figure parmi les plates-formes de villes majeures les moins bien desservies avec un taux de desserte routière parmi les plus élevés au monde ", reconnaît la direction d'ADP qui affirme travailler sur un plan global de déplacements urbains. Une liaison ferroviaire dédiée doit être ouverte en 2007 entre Paris et Roissy. Au sud, une ligne de tramway est à l'étude entre la ville de Villejuif et Orly. Enfin, il est prévu de privilégier les connexions par TGV avec les grandes métropoles françaises.
Autre souci majeur, le bruit. " Les nuisances sonores ne sont pas les seules atteintes des aéroports à leur environnement mais ce sont sans doute les principales (...). C'est l'essentielle contrainte au développement des aéroports parisiens ", écrit la Cour des comptes. " On ne devient pas sourd du bruit, on n'en meurt pas, mais cela exacerbe les pathologies existantes. Pourtant, la prise en compte de nos recommandations par les pouvoirs publics est très lente ", déplore le président de l'Autorité de contrôle des nuisances sonores aéroportuaires (Acnusa), organisme indépendant créé en 1999. Un programme d'insonorisation de logements - 180000 sur toute la France - est en cours, doté d'un budget de 1,1 milliard d'euros.

Pas d'étude épidémiologique

Ces mesures ne tempèrent en rien la combativité des médecins, associations et élus locaux. Eux dénoncent un développement aéroportuaire dicté par des impératifs économiques " au mépris de la santé publique ". " Il est incroyable qu'aucune étude épidémiologique sur l'impact sanitaire de la circulation aérienne n'ait jamais eu lieu ", s'étonne Jean-Pierre Enjalbert, médecin, président du Collectif santé contre les nuisances aériennes (CSNA) et maire de Saint-Prix (Val d'Oise). Le CSNA a collecté les travaux menés à l'étranger et élaboré un questionnaire adressé à 1000 médecins et pharmaciens du Val d'Oise. 200 ont répondu. " Ils expriment un réel souci et nous demandent d'obtenir des pouvoirs publics cette enquête épidémiologique d'envergure. Nous voulons notamment étudier la corrélation entre les nuisances, notamment sonores, et la consommation de médicaments psychotropes ". " Lors des épisodes de pollution la préfecture demande aux automobilistes de lever le pied, mais rien n'est jamais dit sur le trafic aérien ", déplore Sébastien Trollé, de l'association de riverains ADVOCNAR. Celle-ci dénonce l'absence de transparence et " un manque d'éthique flagrant " dans les prises de décision. " Le gouvernement a confié une mission d'information sur le trafic aéroportuaire francilien à une commission parlementaire. Celle-ci est censée remettre ses conclusions en juin prochain. Or nous apprenons que le passage à 90 millions de passagers est déjà acté ", poursuit-il, évoquant une note  interne d'ADP citée par le journal Le Parisien. " Nous ne sommes pas opposés au transport aérien, mais nous avons parfois le sentiment d'être face à un cartel placé dans une logique de maximisation des profits et non d'aménagement du territoire ", conclut-il.

W. B.
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