|
Le 2 juillet dernier, l'Afsset présentait son avis au sujet de l'impact environnemental sur le développement des cancers. Selon Martin Guespereau, directeur général de l'agence, « l'incidence des cancers a augmenté de 20 % depuis 1980, et l'environnement a une part de responsabilité forte dans cette recrudescence. » Quelques soient les controverses autour du pourcentage de cas imputables à l'environnement, l'impact des facteurs environnementaux ne fait désormais plus aucun doute. Synthèse d'un rapport de l'Institut national de la recherche médicale et de la santé (Inserm), rendu public en octobre 2008, l'avis de l'Afsset avis se veut un recueil de « recommandations et de vulgarisation », notamment à l'égard des pouvoirs publics. Une volonté d'autant plus pertinente que le Plan Santé Environnement 2 est sur le point d'être annoncé, que le Plan Cancer est lui aussi sur la table, et qu'un deuxième Plan Santé-Travail devrait voir le jour en décembre prochain.
« L'approche de prévention doit être doublée d'une approche de précaution »
L'expertise de l'Inserm a donc cherché à établir un état des connaissances sur le rôle des facteurs environnementaux pour les 9 cancers les plus répandus : cancers du poumon, du sein, de l'ovaire, du testicule, de la prostate, de la thyroïde, hémopathies malignes, tumeurs cérébrales et mésothéliome. Mais quels sont concrètement les risques attribuables à l'environnement ? Il existe en effet une controverse entre les risques dits avérés (amiante, cigarette, benzène, …), et les risques encore débattus (champs électromagnétiques par exemple), l'enjeu étant de déterminer le degré de dangerosité de chacun. Or, si les causes de bon nombre de cancers restent encore inexpliquées, c'est justement parcequ’ elles sont multifactorielles. Croisés aux prédispositions génétiques ou encore au vieillissement, les facteurs environnementaux entrent en interaction sans être forcément une cause suffisante. « Mais on ne peut écarter les risques débattus. » Martin Guespereau prône donc l'application du principe de précaution, en recourant par exemple dès que possible à la substitution des substances cancérigènes. « Nous ne contestons pas la machine règlementaire, mais même lorsqu'une substance est classée CMR 3 [risque le plus faible], ce n'est pas une bonne raison pour se persuader que l'on peut vivre avec. » Et de citer l'exemple du dichlorométhane, présent massivement dans l'environnement, mais classé CMR 3, par manque de données, notamment épidémiologiques. L'Afsset préconise donc d'accentuer la recherche scientifique sur les expositions, en utilisant des outils tels que les biomarqueurs prédictifs. Et surtout, de mettre en œuvre des moyens de contrôle pour améliorer l'efficacité de la règlementation. Le rapport de l'Afsset souligne par ailleurs la nécessité d'impliquer des acteurs sociaux dans la stratégie de gestion du risque. Après avoir auditionné une quarantaine de personnes, dont des scientifiques, économistes, juristes et représentants syndicaux, sur leur perception de l'expertise de l'Inserm, l'agence fait état d'une nécessaire approche interdisciplinaire du sujet. Visibilité sociale
Les économistes ont notamment insisté sur l'importance de disposer de données scientifiques pour mener leurs évaluations économiques des impacts sanitaires. Elles sont effectivement nécessaires pour éclairer les décisions publiques, et particulièrement la mise en œuvre des programmes de santé, mais restent encore fragilisées par le manque de données. Par ailleurs, cette approche coût-bénéfices de la gestion des risques soulève des questions délicates, et en particulier celle du coût d'une vie. D'après Martin Guespereau, « la France est encore frileuse pour aborder ces questions-là, sur lesquelles les américains sont bien plus décomplexés. Pourtant, l'approche coût-bénéfices peut être un réel outil d'aide à la décision. Au sujet du cancer de l'amiante par exemple, nous avions évalué dans un avis précédent à 130 000 euros le bénéfice sanitaire et social de la prise en compte des fibres courtes d’amiante dans la réglementation. » La recherche de causalités scientifiques entre cancers et facteurs environnementaux a également été soulignée par les juristes, qui peinent parfois à donner suite à certaines plaintes. Et pour cause : le risque doit être avéré pour valider l'accès au droit d'indemnisation des victimes. Pour finir, les auditionnés ont insisté sur « l'invisibilité sociale » dont souffrent les cancers professionnels, et sur la nécessité d'identifier clairement leurs causes environnementales pour apporter aux malades une réelle reconnaissance sociale de leur pathologie.
|