G.B. : L'incendie des dépôts pétroliers épargne relativement l'environnement

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Publié le 14-12-2005

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L'explosion, suivie d'un incendie du dépôt d'hydrocarbures du nord de Londres, le 11 décembre, a marqué les esprits par sa violence et l'étendue du nuage noir qu'elle a provoqué. Elle aura, semble-t-il, des retombées environnementales limitées grâce, entre autres, aux conditions climatiques.

Après 59 heures de lutte acharnée, les pompiers du conté Hertfordshire ont réussi mardi soir à éteindre tous les foyers d’incendies du dépôt de produits pétroliers de Bruncefield, au nord de Londres. Le sinistre a touché 20 des 26 cuves du site co-détenu par Total (60%) et Texaco (40%). Bien que le capacité de stockage du dépôt était de 77 millions de litre, un porte parole de Total a estimé que seuls 30 millions de litres étaient sur site lors de l’explosion survenue dimanche 11 décembre à 6 du matin. Malgré ceci, on estime que ce sinistre est le plus grand incendie qu’ait connu l’Angleterre depuis la fin de la deuxième guerre mondiale.

Bien que l’ampleur des conséquences économiques réelles de cette catastrophe ne puisse pas être connue avant plusieurs mois, les compagnies d’assurance les estiment déjà à plusieurs centaines de millions de livres. Elle a notamment entraîné une paralysie économique pour les nombreuses entreprises et distributeurs situés à des kilomètres à la ronde ainsi que la fermeture de nombreux services publics comme les écoles. A cet impact s’ajoutent de spectaculaires retombées environnementales négatives incarnées par un énorme nuage de fumée noir qui occulte une bonne partie du sud de l’Angleterre sur les photos satellites.

Un nuage plus spectaculaire que dangereux

L’intensité de l’incendie, combiné à des vents faibles et une forte pression atmosphérique, a contribué à porter l’essentiel de la pollution atmosphérique à une altitude d’environ 3 000 mètres. Le spectaculaire nuage noir ainsi formé est un condensé des différentes émissions produites par les hydrocarbures lors de leur combustion. Il contient donc un mélange de suies, de fines particules, de gaz dont certains sont acides et de monoxyde de carbone. Les différentes analyses aériennes effectuées tendent toutefois à montrer qu’il est moins dangereux qu’il ne parait. « Du côté environnemental, les nouvelles sont bonnes, analyse la Docteur Clare Lee pour le Guardian. Le nuage est constitué de particules de suies d’un diamètre allant d’un à trois microns ». Bien que les niveaux de monoxyde de carbone soient plus élevés que la normale, ils ne semblent pas non plus être à des niveaux préoccupants. L’absence de pluies durant les trois jours suivant l’incendie a également permis la diffusion des principaux polluants, et donc une forte dilution des retombées qui atteindront éventuellement le sol.

Inquiétudes sur la qualité de l’eau et sur la production agricole

Le principal risque environnemental de cette catastrophe provient du mélange chimique toxique créé par l’aspersion d’eau et de mousses sur les hydrocarbures en combustion. Si ce mélange venait à contaminer le réseau d’eau ou d’assainissement, il rendrait toute consommation d’eau impossible et empoisonnerait la faune et la flore aquatique. Les sapeurs pompiers britanniques semblent toutefois penser que les digues de protection installées autour des cuves ont correctement joué leur rôle et qu’elles ont contenu le mélange. Le DEFRA, le ministère de l’environnement britannique, annonce toutefois qu’il reste vigilant sur la qualité de l’eau et qu’il procède à de nombreuses analyses supplémentaires.
L’autre inconnue environnementale est l’effet des retombées du nuage sur la production maraîchère et sur le bétail. On craint qu’elles puissent rendre impropre à la consommation certains produits qui auraient été en contact avec des poussières chargées en hydrocarbures. Les productions agricoles dans le secteur immédiat de l’incendie et dans les zones de retombées devraient donc faire l’objet d’un suivi scientifique et sanitaire renforcé.
Même si l’on ajoute les émissions supplémentaires de gaz à effet de serre liées à l’incendie aux conséquences précédemment décrites, cette catastrophe devrait avoir un  impact environnemental relativement limité. En revanche, elle permettra peut être une prise de conscience plus large des conséquences qu’à notre consommation effrénée d’or noir.    

Pierre-Marie Coupry
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