|
Le 22 mai dernier, un premier round juridique a été remporté quand la Cour du district de Floride a reconnu trois plaintes équatoriennes contre la société aérienne américaine Dyncorp, qui asperge l’herbicide sur les champs illicites de coca colombiens. Utilisé pour financer les Forces armées révolutionnaires de Colombie, la coca est en effet visée par le « Plan Colomba », programme d’éradication de la drogue piloté par les gouvernements colombiens et américains, avec des crédits voté par le Congrès des USA. Cette sentence a redonné l’espoir aux paysans équatoriens frontaliers. Enfin, ils peuvent exprimer leur prétention à être indemnisés pour les dommages causés par l’herbicide -du glyphosate amélioré au Cosmo Flux 411 et Cosmo iN D pulvérisé sur leurs villages depuis décembre 2000. La Cour a d’ailleurs jugé que ces trois plaintes des gouvernements des provinces frontalières de Sucumbios, Esmeralda et Carchi pour obtenir des « indemnités pour les dommages économiques, à la santé et à l’environnement » seront jugées à la Cour du district de Colombia à Washington avec deux autres plaintes équatoriennes en souffrance, dont l’une datant de 2001. Les trois plus récentes concernent 1600 villageois et la plus ancienne est portée par 10 000 habitants. (Elle s’est appuyée sur The Alien tort claims act, loi permettant aux citoyens étrangers de poursuivre les sociétés américaines pour des actes commis à l’étranger , mais n’a finalement pas été retenu par la cour de Floride). Mobilisation soutenue des ONG
Les associations environnementaliste telles Accion ecologica, n’ont eu de cesse de réunir dès les premières séries de fumigations, des études et analyses psychologique, sanitaire, génétique parfois difficilement finançables et réalisables faute de laboratoire nationaux. Les communautés indigènes très organisées ont également mobilisé leurs forces. L’Equateur, pays parmi les plus pauvres d’Amérique du Sud, présente en effet cette particularité d’avoir adopté la convention 169 de l’OIT qui reconnaît les droits collectifs des indigènes. Enfin, des appuis de l’étranger se sont également manifestés. « Nous sommes restés longtemps dans l’indifférence et sans aides, mais soutenus par Accion ecologica et l’Inredh (1) », lance Mario Shingre, paysan d’une cinquantaine d’années, responsable de la Forccofes dans le bureau situé à Lago Agrio. La modeste Fédération des organisations des paysans du cordon frontalier équatorien de la province du Sucumbios représente près de 10 000 habitants. « Pourtant, nous avons fait plusieurs manifestations à Quito, déposé plusieurs plaintes, gagné un jugement devant l’Etat en 2003 (2), pour que notre pays prenne en compte notre situation. Maintenant, Mario Shingre espère un jugement prochain et « des indemnisations pour les dommages subis depuis 2000, de 19 millions de dollars par an », précise-t-il. Pour les « aspergés contaminés », le vent pourrait donc bien tourner. D’autant que le premier homme du pays, le président, « semble relever la tête devant la Colombie». Calendriers au rendez-vous En effet, pour Raphaël Correa, président depuis janvier 2007, favorable à « un socialisme sud américain », l’heure n’est plus au partenariat avec le voisin colombien, gouverné à droite, et allié des Etats-Unis. Dès décembre 2006, il menaçait de saisir la Cour inter-américaine des droits de l’Homme au Costa Rica contre la Colombie sur le différend des fumigations. En réaction, depuis février, le gouvernement colombien a opté pour l’éradication manuelle de la coca à la frontière. Mais cela n’a pas détourné Correa de son objet : il prépare un recours auprès du Tribunal international de la Haye « pour que cesse définitivement les fumigations à 10 km de la frontière et que les victimes soient indemnisées ». Ainsi, côté diplomatie, les calendriers semblent être au rendez-vous des paysans et environnementalistes. Dans ce sillage, les déclarations de l’Onu n’ont fait qu’amplifier la « vague anti-fumigation ». Le rapporteur spécial de l’Organisation des Nations Unies dépêché en mai pour enquêter sur la situation des paysans frontaliers avait déclaré à son retour qu’il fallait « stopper ces fumigations ». Et l’Onu se montre favorable aux demandes de crédits faites aux institutions internationales. Correa, à nouveau en campagne pour la réforme de la constitution, les sollicite en effet pour financer son « Plan Ecuador », un programme de développement économique sanitaire et social de la frontière Nord qui se veut le contrepoint du Plan Colombia. En juillet, le ton a encore monté. Lors du dernier rendez-vous bilatéral des commissions scientifiques sur les fumigations, l’Equateur a présenté « une interprétation intégrale du problème qui a provoqué émigration, destruction des ressources alimentaires, espèces animales et suppression de toute ressource économique ». « Nous ne tolèrerons pas qu’au nom de la lutte contre le terrorisme les droits humains ne soient pas respectés », a déclaré un des membres de la commission scientifique ». La voie diplomatique semble s’être épuisée.
|