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Dépollution du Rhône : la recherche est lancée

La France vient de lancer son programme de recherche sur la dépollution aquatique pour les PCB, ces dérivés chlorés présents notamment dans les sédiments du Rhône. Son ambition est de développer des technologies douces pour éliminer ces polluants, aux effets éco-toxicologiques encore peu connus. Dans le même temps une nouvelle étude est lancée pour tenter de mesurer leur impact sanitaire.

Les PCB, ou PolyChloroBiphényles, sont des dérivés chimiques chlorés longtemps utilisés par l’industrie pour leur qualité d’isolation thermique, mais à très faible biodégradabilité (jusqu’à 2700 ans pour certaines variétés) . Utilisés massivement en France dès les années trente, jusqu’à leur interdiction totale en 1987, ils se sont ainsi accumulés progressivement dans les sols et sédiments, près des lieux de production et d’élimination.

C’est véritablement, en 2005, que la polémique sur leur impact sanitaire éclate au grand jour. Alors que Cédric Giroud, pêcheur professionnel sur le Rhône, fait analyser ses poissons pour rassurer ses clients après une épidémie de botulisme aviaire, les résultats mettent en évidence une concentration de PCB bien supérieure au seuil autorisé.
En mai 2008, le WWF France s’associe alors aux médecins de l’Association Santé Environnement Provence (ASEP) pour mener la première étude d’imprégnation de la population, dont les conclusions sont sans appel : les personnes les plus imprégnées sont celles qui ont vécu le plus longtemps auprès de fleuves contaminés. Si l’impact sanitaire se confirme peu à peu, leurs effets éco-toxicologiques à long terme restent cependant peu connus (voir article lié)

Le gouvernement réagit, en février 2008, lorsque le ministère de l’écologie lance le Plan national d’action sur la dépollution des PCB. Une initiative d’autant plus urgente et nécessaire que la Directive Cadre sur l’Eau (DCE) vise le « bon état écologique et chimique » des eaux européennes dès 2015, domaine dans lequel la France est déjà en retard. Les autorités françaises doivent donc s’engager efficacement dans la dépollution des PCB pour atteindre cet objectif. Parmi les six axes de travail du Plan national, « l’amélioration des connaissances scientifiques sur le devenir des PCB en milieu aquatique » fait l’objet d’un programme de recherche confié au pôle de compétitivité Chimie et Environnement de Lyon : Axelera.

Fournir des nouvelles technologies de dépollution d’ici 3 ans

Le projet « PCB Axelera », piloté par Suez Environnement, ambitionne donc de « créer de nouveaux outils, procédés et filières de traitement », via les compétences d’une trentaine de partenaires publics et privés; avec à la clé, la création de 440 emplois en France sur la phase opérationnelle, et une prévision de chiffre d’affaire potentiel de 250 millions d’euros par an dont 165 en France.
Améliorer les méthodes de mesure, limiter les contaminations par transfert de sédiments pollués, connaître les traitements adaptés à chaque situation, fournir un outil global d’aide à la décision : le programme de recherche est ambitieux, d’autant qu’il doit être réalisé en 40 mois. « Nous avons pour objectif de déterminer une quinzaine de nouvelles technologies de traitement. Par définition, la réalisation finale d’un programme de recherche reste incertaine, mais cet objectif est atteignable. » Pascal Dauthuille, chef de projet et responsable du pôle Assainissement et Environnement de Suez Environnement, compte s’appuyer sur « le bon savoir-faire français en matière de sols pollués, et sur les expériences déjà réalisées à l’étranger. »
Les pionniers sont, en l’occurrence, les pays d’Europe du Nord et les Etats-Unis mais les techniques employées sont parfois contestables, notamment le dragage qui consiste à racler les fonds pour recueillir la couche de sédiment. Parfois des substances toxiques, jusqu’ici piégées dans les sédiments, sont libérées et peuvent contaminer des zones voisines. Pascal Dauthuille observe parfois les travaux de ses homologues étrangers avec une certaine perplexité : « en matière de pollution aux PCB, la référence majeure reste les déversements massifs de General Electric dans l’Hudson River », révélés dans les années 80. Depuis, la firme américaine a investi près de 2 milliards de dollars dans un système de dépollution. « Ils draguent des énormes volumes de sédiments, les acheminent sur une plate forme centralisée, où ils sont concentrés par filtration. Ensuite, des trains envoient les PCB extraits vers le Texas, où ils seront enfouis, et les eaux sont traitées par charbon actif avant d’être reversées dans l’Hudson River. De notre côté, nous envisageons plutôt des valorisations des sédiments pollués autres que l’enfouissement." Notamment la bioreméditation, qui vise à accélérer le processus de dégradation naturelle des PCB, grâce à des bactéries favorisant l'élimination du chlore.

Pour mesurer les impacts sanitaires, une seconde étude d'imprégnation vient d'être, lancée en avril 2009, par l'Afssa et l'InVS en comparant les niveaux de contamination d'individus vivants d'une part aux abords du Rhin, de la Moselle, du Rhône et de la Seine, qui présentent une pollution aux PCB, et d'autre part, aux abords de la Garonne et de la Loire, qui n'en présentent pas. Pour le Dr Partice Halimi, co-fondateur de l'ASEP, « Cette étude aurait méritée d'être plus ciblée, notamment sur les femmes enceintes. D'autant que l'Afssa a les moyens de le faire. On a à faire à un véritable problème de santé publique, mais dont on informe peu les gens potentiellement concernés. » De fait, entre imprégnation des populations, effets toxicologiques et moyens de dépollution, les connaissances françaises en matière de PCB sont encore très limitées.

Anne Farthouat
Mis en ligne le : 11/05/2009
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