Special réchauffement climatique Special réchauffement climatique Special réchauffement climatique
Special discrimination au travail Special discrimination au travail Special discrimination au travail

Déchets toxiques : Trafigura dédommage la Cote d'Ivoire mais nie toute responsabilité

Planète \Environnement \Pollution

Publié le 14-02-2007

Crédits : Greenpeace
Crédits : Greenpeace

Trafigura, l'affréteur du navire Probo Koala qui a déversé 580 tonnes de déchets toxiques à Abidjan en août 2006, a annoncé qu'il verserait 198 millions de dollars à l'Etat ivoirien pour couvrir les frais de dépollution et de soins aux milliers d'habitants affectés par les produits toxiques. L'entreprise continue à nier toute responsabilité dans cette catastrophe mais la justice néerlandaise a entrepris une enquête et émis un mandat d'arrêt contre la capitaine du navire.

Le président de la Côte d’Ivoire Laurent Gbagbo et Roald Goethe, représentant de Trafigura, ont signé un accord financier d’un montant de 100 milliards de francs CFA (198 millions de dollars), destinés à rembourser les frais de dépollution et de santé des Ivoiriens ayant été affectés par les déchets toxiques déversés à Abidjan en août 2006. Une dizaine d’habitants sont morts et plusieurs milliers d’habitants ont été intoxiqués. Cependant, si Trafigura estime qu'il est de « son devoir de proposer un règlement juste et équitable pour les regrettables conséquences de ces événements », l’entreprise nie toute responsabilité dans cette affaire. L’émission « Complément d’enquête », diffusée mardi 13 février sur France 2, démontre pourtant la responsabilité de Trafigura, dont le but était de se débarrasser de ces déchets hautement toxiques au plus bas coût. Cette stratégie l’a amenée à violer les conventions internationales en faisant naviguer le Probo Koala avec des déchets qui auraient dus être éliminés à Amsterdam, et non plusieurs semaines plus tard à Abidjan où une société lui a proposé un prix défiant toute concurrence. La Convention de Bâle qui régit le contrôle des mouvements transfrontaliers de déchets dangereux, interdit en effet  l’exportation de ces déchets en direction des pays en développement.

Trois semaines après avoir déversé ces déchets, le Probo Koala avait repris sa route sans attendre les résultats de l’enquête et c’est l'Arctic Sunrise, l'un des bateaux de Greenpeace, qui l’avait stoppé en Estonie, empêchant toute manœuvre du navire. « Nous bloquons aujourd'hui le Probo Koala car il est scandaleux qu'il ait pu continuer sa route et son trafic de déchets sans être inquiété, après avoir tué plusieurs personnes et intoxiqué plus de 50 000 habitants d'Abidjan » s'insurgeait alors Yannick Vicaire, responsable de la campagne Toxiques de Greenpeace France. « Dans cette scandaleuse affaire, le Probo Koala constitue une véritable pièce à conviction : les autorités estoniennes doivent saisir et analyser ses installations, livres de bord et communications. Il est inacceptable que les propriétaires du navire et la société Trafigura qui l'a affrété puissent continuer leurs activités illégales et dangereuses, sans attendre les résultats des enquêtes en cours en Côte d'Ivoire et aux Pays-Bas », avait déclaré l’ONG. Le ministre estonien de la justice avait alors ouvert une enquête sur le navire et ordonné son immobilisation le temps de l’investigation.

Depuis le départ, Trafigura nie toute responsabilité. En septembre 2006, l’entreprise affirmait que « les déchets déversés en Côte d'Ivoire n'étaient pas toxiques » alors que les experts avaient identifié du sulfure d'hydrogène, un composé chimique mortel à forte concentration. Aujourd’hui, l’entreprise a annoncé qu’elle financerait « un audit indépendant » à Abidjan afin d'évaluer le rôle des parties impliquées et l'impact de la pollution sur la population. Quoi qu’il en soit, l’entreprise ne pourra éviter les poursuites judiciaires. Les tribunaux britanniques ont en effet jugé recevable une action intentée contre Trafigura par le cabinet Leigh Day & Co, qui réclame une indemnisation pour les 4.000 à 5.000 personnes dont la santé a été affectée par la pollution.

Selon l’agence Reuters, l'un des avocats du cabinet, Martyn Day, a indiqué que cette procédure civile se poursuivrait tant que les victimes n'auraient pas été indemnisées pour l'intégralité de leur préjudice. Par ailleurs, la justice néerlandaise a entrepris une enquête sur les responsabilités des différents acteurs de cette catastrophe et a déposé un mandat d'arrêt contre le capitaine du Probo Koala. De son côté, l’Etat ivoirien nie également toute responsabilité. Le Premier ministre, Charles Konan Banny, avait annoncé le 6 septembre2006 avoir « tiré les conséquences du scandale des déchets toxiques » en annonçant la démission de son gouvernement. 24 heures plus tard, il  avait été réintégré dans ses fonctions et chargé de former une nouvelle équipe.

Un accord qui "aggrave le climat d'impunité"

La Fédération internationale des ligues des droits de l'Homme (FIDH) et ses organisations membres en Côte d'Ivoire, la Ligue ivoirienne des droits de l'Homme (LIDHO) et le Mouvement ivoirien des droits de l'Homme (MIDH), dénoncent le protocole d'accord : « Renonçant définitivement à toute poursuite réciproque et niant leurs responsabilités respectives, les parties signataires, par cet accord, aggravent le climat d'impunité qui règne dans cette affaire », indiquent-ils. « Le règlement en privé de ce dossier extrêmement grave, emblématique des crimes environnementaux reconnus internationalement, alors qu'il devrait être traité dans une salle de tribunal, va à l'encontre du droit inaliénable des victimes à la vérité, à la justice et à la réparation», déclare Sidiki Kaba, Président de la FIDH.

Une position également défendue par Greenpeace, qui rappelle que l'accord est intervenu le jour-même où la Commission internationale d'enquête sur les déchets toxiques (CIEDT) devait publier un rapport établissant les responsabilités de tous les acteurs impliqués dans ce drame au niveau international. « Simple hasard du calendrier ou tentative de sauvetage in extremis ?, s'interroge Yannick Vicaire, de Greenpeace France. Il est tentant d'imaginer que ce rapport conclut à la responsabilité de Trafigura dans la catastrophe d'Abidjan et que la multinationale pétrolière tente d'acheter son immunité. »

Véronique Smée
© 2007 Novethic - Tous droits réservés
Imprimer Partagez l'article sur Facebook
Le Media
» La newsletter sur votre mail
» Les articles sur votre mobile
» Les alertes thématiques
Le Centre de Recherche
ISR
» A propos de l'ISR
» Les études ISR
» Le Label ISR Novethic
» La liste des fonds ISR
» L'Essentiel de l'ISR
RSE
» A propos de la RSE
» Les études RSE
» Repères RSE
Conférences
» Les débats thématiques
» Le colloque annuel
English
» Studies and Events
Outils
» Formations développement    durable
» Bibliographie
» Glossaire
Presse
http://www.novethic.fr/novethic/upload/misc/20120202_Offre_Stage.pdf