DDT : des difficultés d'un usage thérapeutique au Mozambique

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Publié le 18-07-2007

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Lorsque le ministère de la santé du Mozambique annonce la commande de près de 900 tonnes de dichloro-diphényl-trichloréthane (DDT), puissant insecticide, interdit depuis 1972 et considéré comme un polluant organique persistant (POP), les organisations internationales présentes dans le pays s'inquiètent des conditions de son usage.

Le DDT est un  pesticide bénéficiant d’une clause controversée de la convention de Stockholm sur les POP, validée par l’OMS, qui autorise les pays les moins avancés à l’utiliser dans le cadre d’un plan de lutte contre la malaria. Sur la pression de son principal partenaire commercial, l’Afrique du Sud, dont la partie nord souffre, par capillarité, de la malaria présente au Mozambique, le ministère de la santé a entrepris un programme d’éradication des moustiques transmetteurs du paludisme.

En 2005, avec les fonds d’USAID, le gouvernement a importé 136 tonnes de DDT à l’entreprise chinoise Zone Yong feng Chemical Plant via l’Afrique du Sud, opération renouvelée en 2006 avec l’achat de 249 tonnes supplémentaires. « Parmi ces stocks, certains produits sont déjà obsolètes », constate Franck Bouvet, conseiller technique en chef à la FAO à Maputo.

Pourtant, le programme prend de l’ampleur en 2007 : 898 tonnes de DDT sont commandées, toujours via l’Afrique du Sud, à l’entreprise gouvernementale indienne Hindustan Insecticides Limited sur les fonds du President Malaria Initiative (PMI), plan de lutte contre la malaria mis en place par George W. Bush. « Le Mozambique n’a pas aujourd’hui la capacité de gérer ce stock de DDT et de superviser son utilisation », fustige Franck Bouvet. Le DDT est confié à des responsables locaux, qui ont pour mission de pulvériser les maisons et de ramener les emballages vides. Mais aucun contrôle ne peut garantir que les pesticides sont réellement, et correctement, utilisés. « Une partie de ces produits risque d’être rapidement obsolètes, ou de se retrouver dans la filière agricole », s’inquiète Franck Bouvet. Les organisations locales regrettent que l’étude préalable à cette décision parte du postulat que le DDT sera utilisé. « Le rapport, rédigé par la même entreprise en charge de la diffusion du DDT, se contente de donner des recommandations, comme de retourner « si possible » les emballages vides, d’éviter les maisons où une femme enceinte n'a pas la possibilité de sortir, de balayer le sol après la diffusion. Il demande aussi d’éviter les zones agricoles utilisées à l’exportation, comme s’il était normal que les Mozambicains, puissent courir le risque de consommer, eux, des produits qui contiennent du DDT » reprend Franck Bouvet. L'approximation de la démarche et la faible gestion du risque qu'elle implique amène à se poser la question : à qui profite réellement ce programme ?

Gaelle Bohé à Maputo au Mozambique
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