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Dans le secteur de l’acier, L’Empire du milieu occupe sans difficulté les premières places : premier producteur mondial d’acier brut, avec 500 millions de tonnes en 2008, soit plus du tiers de la production mondiale, premier consommateur et premier importateur d’aciers spéciaux. A titre de comparaison, la seule hausse annuelle de la demande chinoise correspond au double de la consommation française. Pour alimenter son secteur du bâtiment en armatures ou ses constructeurs automobiles en carrosseries, la Chine s’est entièrement couverte de hauts-fourneaux. Tant et si bien que sa capacité annuelle de production excède de 160 millions de tonnes ses besoins en acier de base. Avec l’arrivée de la crise, on voit reparaître opportunément le vieux serpent de mer de la restructuration, facteur d’importants bouleversements sociaux et environnementaux dans le pays. « Pékin se sert de la crise pour mener à bien la restructuration du secteur, analyse Wu Jing, d’Arcelor Mittal Chine. D’un côté il appâte les producteurs en mettant sur la table 32 milliards d’€ pour relancer la construction. De l’autre il encourage les fusions et acquisitions des aciéristes régionaux, à qui il demande de faire des économies d’énergie et de contrôler la pollution. »
Balayer l’anachronisme
De fait, la Chine sait depuis longtemps qu’elle ne peut plus fonctionner avec des aciéries d’un autre temps. « Cela fait vingt ans que le gouvernement central souhaite répartir sa production d’acier entre les mains de quelques fleurons », souligne Jean-François Huchet, directeur du Centre d’études français sur la Chine contemporaine. Pour ne pas mettre en danger sa candidature aux Jeux Olympiques, Pékin envisageait dès 1999 de déménager l’aciérie géante de Shougang et ses 100 000 salariés. Aux portes de Pékin, cette dernière émettait chaque année 18 000 t de particules solides, soit l’équivalent de 40% des émissions du secteur industriel de la capitale. Avec la cherté des matières premières, la nécessité d’une restructuration à l’échelle nationale se fait encore plus sentir aujourd’hui, comme l’explique Weifu Zhou, chercheur à l’Institut d’économie industrielle de l’Académie chinoise des sciences sociales. « Les aciéries des années 1950 avaient étaient agrégées aux villes selon les vœux de Mao, qui voulait pouvoir compter sur elles en cas de guerre. Aujourd’hui l’idée est totalement anachronique : non seulement ces vieilles aciéries polluent en CO2 et en dioxyde de soufre, mais elles consomment beaucoup trop de ressources en eau et en charbon ». Une inadaptation à la compétition internationale d’autant plus flagrante en période de crise. Or favoriser le regroupement de ses producteurs, liés pour la plupart aux gouvernements locaux, c’est leur permettre de peser face aux coups de boutoir d’Arcelor Mittal, qui frappe à la porte du marché chinois. C’est aussi leur permettre de négocier des tarifs plus avantageux auprès des minéraliers australiens. Le gouvernement l’a bien compris, qui a publié le 23 mars un plan national d’orientation. Parmi les dispositions annoncées, figurent la limitation de la production nationale à 460 millions de tonnes en 2009 et la fermeture des structures dont la capacité n’excède pas les 25 millions de tonnes/an. 40% de la capacité installée sera également située en bordure de mer afin de réceptionner plus facilement le minerai de fer australien et brésilien qui arrive par bateau. Surtout, la Chine entend faire émerger 5 géants nationaux, qui détiendront à eux seuls plus de 45% de la capacité totale du pays.
Des résistances locales
De fait, on ne compte plus depuis l’an dernier les annonces de fusions et acquisitions. En mars 2008, Laiwu (8ème) s’associait avec Jinan (9ème) pour donner Shandong Steel (2ème). En décembre, c’était au tour de trois groupes du Hebei de fusionner pour donner naissance au plus grand producteur d’acier chinois (32 millions de T/an), devançant ainsi le numéro 1 historique Baosteel. Ces nouvelles structures sont toutes destinées à devenir des bijoux de technologies vertes. Selon les promoteurs du nouveau site de Shougang, 100% des déchets solides et 98% des émissions seront ainsi recyclés. Mais la médaille a son revers. « Le protectionnisme local des gouvernements est fort, observe Jean-François Huchet. Fermer une aciérie, c’est perdre de l’emploi et des revenus ». Etalée sur plusieurs années, la tempête sociale des licenciements a d’ores et déjà commencé. A en croire Weifu Zhou, les 100 000 ouvriers de Shougang ne seront plus que 9000 sur le nouveau site de Caofeidian, largement automatisé. Des difficultés que souligne Tang Jun, directeur de l’Institut de sociologie à l’Université Polytechnique de Pékin. « Malgré les départs à la retraite, les préretraites et les reclassements au sein du groupe Shougang, rares sont les ouvriers de base qui ont accepté de déménager. » Même si les municipalités s’emploient à transformer les friches industrielles en parcs de loisirs, le temps sera long avant que les touristes décident de les investir.
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