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Air intérieur, une pollution méconnue et sous-estimée

Allergies, cancers, maladies respiratoires, les pathologies liées à la pollution de l'air sont en nette augmentation depuis vingt ans. Lors de ses Rencontres scientifiques le 14 février 2008, l'Afsset a fait un état des lieux des études sur la question. La recherche avance, mais la route est longue vers une liste exhaustive et des chiffres précis.

« Nous passons 22 heures sur 24 à l’intérieur » explique Fabien Squinazi, du Laboratoire d’hygiène de la Ville de Paris. Entre la maison, le bureau, les transports et les magasins, c’est plus de 80% de son temps cumulé qu’un adulte passe dans des endroits fermés, dans les zones tempérées. Ce n’est pourtant pas ainsi que l’on échappe à la pollution ambiante. Dans un rapport daté de janvier 2008, Marie-Christine Blandin, sénatrice du Nord – Pas-de-Calais, rappelle que « les concentrations de polluants [dans l’air] sont plus élevées à l’intérieur qu’à l’extérieur ». Ses conclusions, basées sur des études internationales, sont formelles : l’air des lieux clos contient des substances dangereuses, parfois reprotoxiques (pouvant altérer la fertilité), génotoxiques (pouvant altérer le matériel génétique) et cancérogènes. Et la politique publique sur le sujet laisse à désirer.

“Sick building syndrome”

Les affections respiratoires se sont multipliées depuis quelques dizaines d’années. En tête, les allergies, dont la fréquence a doublé en vingt ans. Une augmentation à mettre en parallèle avec celle des composés organiques volatiles (COV), présents dans de très nombreux matériaux. Dans l’air de ce que Marie-Christine Blandin appelle les « boîtes à vivre », on retrouve ainsi des émissions provenant du quotidien : des textiles aux additifs alimentaires, en passant par les hydrocarbures, les insecticides, les désodorisants, les produits ménagers, les parfums et les plastiques. C’est pourquoi on soupçonne une origine multifactorielle au “sick building syndrome”, le syndrome du bâtiment malade, ou comment notre intérieur nous intoxique.

« Pour beaucoup, la pollution intérieure est une découverte, car pollution rime plutôt avec extérieur » explique Isabelle Roussel, de l’Association pour la prévention de la pollution atmosphérique (APPA). Il est également difficile de réaliser qu’un produit agréablement parfumé, comme un nettoyant ménager ou de l’encens, puisse être source d’émissions toxiques. Ce n’est pourtant pas une illusion, et le confinement grandissant des espaces n’arrange rien. « L’isolation empêche les particules extérieures de s’infiltrer, mais limite la ventilation de l’intérieur » explique Fabien Squinazi. Il devient donc urgent de déterminer les valeurs limites pour lesquelles l’exposition aux particules et COV devient dangereuse.

C’est là une des missions de l’Agence française de sécurité sanitaire de l’environnement et du travail (Afsset), en collaboration avec l’Observatoire de la qualité de l’air intérieur (OQAI) créé en 2001. Plusieurs équipes évaluent le risque sanitaire, et cherchent à déterminer des valeurs guides pour chacun des substances incriminées. Le travail, long et fastidieux, est compliqué par la prise en compte de l’exposition cumulée à plusieurs composés. Une fois ces valeurs définies, rien pourtant n’est terminé. « Il ne s’agit pas de normes mais de valeurs indicatives » insiste Christophe Rousselle, chef d’unité scientifique à l’Afsset. « Il appartient au Ministère de les retenir et éventuellement de proposer un étiquetage ou une labellisation ». Nos voisins allemands, très en avance sur le sujet, ont commencé à mettre en place ces valeurs en 1977, à l’instar des scandinaves, anglo-saxons et nord-américains.

Des valeurs guides, par “précaution”

En France, en revanche, le principe de précaution est une théorie bien rarement appliquée. « La mise sur le marché d’une substance chimique n’est pas précédée d’un rapport toxicologique approfondi » écrit Marie-Christine Blandin. Dans l’air ambiant foisonnent donc toutes sortes de produits dont l’impact sur la santé est mal connu, ou plus souvent sous-estimé. La sénatrice verte insiste sur l’importance de passer « de la simple prévention à la précaution » et de s’inspirer des substitutions et réglementations appliquées avec succès dans d’autres pays. Son rapport propose également l’instauration de mesures fiscales encourageant une isolation excluant tout risque de confinement.

Marie-Christine Blandin rappelle enfin l’importance de la recherche sur la qualité de l’air intérieur, qui découvre encore de nouvelles sources de craintes. La dernière en date provient de l’augmentation de pathologies liées aux légionelles et aux moisissures. « On estime qu’il y a eu vingt épidémies de fièvre de Pontiac, liée à Legionella, dans les quarante dernières années » affirme Laurence Mathieu, responsable du Laboratoire d’hydroclimatologie médicale de l’Ecole pratique des hautes études de Nancy. « La situation risque de s’aggraver, les habitations étant devenues, depuis le décret anti-tabac, le seul endroit clos où l’on peut fumer » conclue Fabien Squinazi. Un décret lancé dans la continuité de la loi du 30 décembre 1996, qui reconnait le « droit à chacun à respirer un air qui ne nuise pas à sa santé ».

Rouba Naaman
Mis en ligne le : 20/02/2008
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