Le saumon OGM bientôt distribué aux Etats-Unis

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Publié le 12-10-2010

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Les scientifiques mandatés par l'agence gouvernementale américaine Food and Drug Administration estiment que le saumon génétiquement modifié « Aquadvantage » est apte à la consommation. La FDA prendra sa décision d'ici quelques mois.

Le saumon génétiquement modifié pourrait bientôt se retrouver dans l’assiette du consommateur américain. Ce serait le premier animal modifié dans l’histoire américaine. Un petit groupe de scientifiques vient en effet d’étudier le saumon «Aquadvantage» mis au point par la société de biotechnologies du Massachusetts AquaBounty Technologies, pour le compte de l’agence gouvernementale FDA (Food and Drug Administration). Et ces experts ont conclu qu’il n’y avait pas de différence biologique entre le saumon classique et l’Aquadvantage. Il leur parait donc bon pour la consommation. «Je ne serais pas inquiet de manger ce genre de poisson », a déclaré l’un des intéressés, Gary Thorgaard, de l’université de l’État de Washington. Et ce malgré les réserves émises par l’Union of Concerned Scientists et l’association de consommateurs Consumers Union, qui ont rebaptisé ce saumon «frankenfish», le poisson Frankenstein. Les fonctionnaires de la FDA doivent encore attendre les réactions du public, puis dans quelques mois, ils publieront leur avis définitif.

Hormone de croissance

L'Aquadvantage a été mis au point par l’entreprise AquaBounty Technologies de Waltham dans l’Etat du Massachusetts. Son pdg Ronald Stotish est un biochimiste qui affiche 38 ans d’expérience dans les laboratoires de Metamorphix, Fort Dodge Animal Health, American Cyanamid et Merck. Son entreprise cotée sur le London Stock Exchange a acheté la technologie de l’Université de Toronto et de la Memorial University of Newfoundland pour commercialiser son saumon. Ce poisson dispose d’une hormone de croissance qui le fait grandir deux fois plus vite et lui garantit une croissance toute l’année, alors que le saumon classique ne grandit qu’en eau chaude. Résultat: ce saumon génétiquement modifié atteint un poids de près de 6 kg en 18 mois, au lieu des 3 ans habituels, et peut donc être consommé beaucoup plus vite.

Grâce à cet « Aquadvantage », Ronald Stotish espère s’inscrire dans la «révolution bleue». Il promet la mise en place d’un élevage de saumons «à grande échelle, efficace et durable». «La pêche dans les océans a déjà atteint son niveau maximum, explique John Buchanan, directeur de recherche d’AquaBounty Technologies. C’est donc l’aquaculture qui devra satisfaire la demande croissante». 

Si la FDA donne son feu vert, les premiers œufs de saumon seront produits sur l’ile du Prince Édouard au Canada, puis les poissons grandiront dans une pêcherie du Panama. Mais John Buchanan envisage à plus long terme une production américaine toute proche des consommateurs dans des bassins installés sur terre, règlementés par la FDA. Il pourrait ainsi faire diminuer l’empreinte carbone du poisson, argumente-t-il, en stoppant les espèces naturelles venues du Chili, du Canada, ou de la Norvège.

Front anti-saumon OGM

Mais ce scenario déplait beaucoup aux professionnels de l’Alaska, qui ont pêché 163 millions de saumons en 2009. Les importateurs s’opposent, eux, pour des raisons économiques, à l’élevage de poissons génétiquement modifiés. Les Américains consomment en effet 300 000 tonnes de saumons Atlantique par an…

C'est le sénateur démocrate Mark Begich de l’Etat de Nebraska qui mène la bataille « anti-Aquadvantage». Avec 10 autres sénateurs et 52 associations écologiques, rejoints par des commerces et des groupes de consommateurs, il a envoyé une lettre a la FDA lui demandant de ne pas approuver le nouvel animal. Le saumon Aquadvantage est à ses yeux «une menace pour la survie des espèces sauvages». Les militants anti-OGM s’inquiètent également du sérieux de la démarche de la FDA, qui applique au saumon Aquadvantage le traitement réservé aux médicaments pour les animaux. Or, ce saumon est plus qu’un médicament, c’est un animal modifié, rappellent-ils. Ils s’interrogent aussi sur la taille des échantillons étudiés par les scientifiques, jugée trop «petite», parfois tout juste 6 saumons. Enfin, ils évoquent «la fragilité» du système immunitaire du poisson. Et ils se demandent ce qui arriverait si par hasard l’Aquadvantage quittait sa zone d’élevage et contaminait son environnement.

La décision de la FDA est attendue avec impatience par de nombreux universitaires. Car derrière l’Aquadvantage se profilent d’autres poissons modifiés. Les chercheurs d’AquaBounty planchent en ce moment sur une truite arc en ciel. Un cochon génétiquement modifié est également à l’étude. Les chercheurs de l’université de Guelph, dans l’Ontario, viennent en effet de produire un Enviropig, capable de mieux digérer et de produire un purin « plus écologique ». Tout un programme.

Caroline Crosdale à New York
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