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Le dialogue impossible entre pro et anti OGM

Planète \Environnement \OGM

Publié le 29-10-2003



Interface entre l'entreprise Biogemma, qui regroupe une centaine de chercheurs, et la société civile, le think tank "Comité Cultura " tente d'établir un dialogue entre les " pro-OGM"  et les associations de défense de l'environnement et des consommateurs. La polémique porte actuellement sur la levée du moratoire européen appliqué aux OGM depuis 1998, date à laquelle ont cessé d'être délivrées les autorisations de mises sur le marché de produits génétiquement modifiés. " Le but du moratoire, qui était d'adopter une législation sur la question de la traçabilité des produits, de leur étiquetage et de leur contrôle, est aujourd'hui atteint. Plus rien ne s'oppose donc, théoriquement, à la levée du moratoire " explique Julien Mousnier, juriste au sein de la direction de l'environnement de la Commission européenne. Les experts ne s'attendent pas, toutefois, à une levée officielle, mais estiment plutôt que les premières homologations devraient être délivrées d'ici un an. Elles marqueront, de fait, la fin du moratoire. Se posera alors la question de la coexistence des deux cultures - conventionnelle d'un côté et transgénique de l'autre- qui soulève plusieurs problèmes, tant  pour les " agriculteurs OGM " que les " non-OGM ".  

" Désordre inextricable "

" Nous sommes inquiets quant à la possibilité d'une coexistence pacifique entre les deux cultures, explique un agriculteur du Maine et Loire. Si on autorise les champs OGM, ils devront être déclarés pour que nous puissions protéger nos cultures de la contamination par les flux de pollens. Il arrive que des champs de cultures traditionnelles  soient contaminés par des champs OGM pourtant distants de 400 mètres ". La distance nécessaire entre les deux cultures est estimée à 50 mètres, mais il n'est pas toujours possible de la respecter. En outre, les parcelles françaises sont de petite taille, contrairement aux Etats-Unis, par exemple, où les distances sont suffisamment importantes pour limiter les risques de contamination. Les agriculteurs traditionnels craignent par conséquent  l'introduction d'un " désordre inextricable " avec l'apparition des cultures OGM, et redoutent, in fine, de ne pas trouver d'assureur acceptant de couvrir les risques de contamination. Egalement inquiet, mais pour d'autres raisons, le président de Biogemma estime que le seuil de contamination fixé par les autorités européennes (0,9%) au-delà du quel un produit traditionnel contaminé est déclassé, n'est pas tenable. " Il s'agit d'une norme politique de compromis, inapplicable au plan technique et économique, dénonce Christian Pees. Même avec toutes les précautions, nous savons que ce seuil n'est pas tenu. Il faudrait mettre en place une batterie de mesures extrêmement coûteuses, alors que les filières céréalières sont déjà pauvres ". S'estimant lésé face à la concurrence internationale des producteurs d'OGM " à moindre coût ", le vice-président de la FNSEA Didier Marteau redoute une " délocalisation de la production agricole dans les produits utilisateurs d'OGM " et dénonce " l'hypocrisie de la France, qui est déjà  dépendante du soja transgénique importé pour nourrir les animaux ". De fait, les animaux sont d'ores et déjà nourris avec ces produits, sans que le consommateur le sache puisque l'étiquetage ne s'applique pas à l'élevage et qu'il est en outre interdit aux éleveurs de valoriser commercialement l'alimentation " non OGM " de leur production. " Si on autorise les OGM à grand échelle, le consommateur n'aura le choix qu'entre un peu et beaucoup d'OGM, s'insurge Arnaud Apotecker de Greenpeace. Pour nous, la réglementation européenne n'est pas achevée. Il ne s'agit pas d'une opposition idéologique aux OGM, mais à la contamination de l'environnement par la dissémination, dont les conséquences sont irréversibles. "

" Débat sans fin "

Dans ce dialogue difficile -voire impossible- , les partisans des OGM mettent essentiellement en avant deux arguments : l'innovation scientifique et la rentabilité économique induites par la transgénèse. Chercheurs, entreprises de biotechnologies et agriculteurs " pro OGM " dénoncent les " peurs irrationnelles et idéologiques confinant à l'obscurantisme " qui empêcheraient l'agriculture française de faire face à la mondialisation. " Il est impossible de différencier un maïs génétiquement modifié d'un mais traditionnel, le résultat est identique, seul le procédé change " affirme un agriculteur du Comité Cultura. " C'est aux Etats d'apporter la preuve des effets néfastes des OGM sur l'environnement et la santé ", ajoute-t-il avant de se voir rétorquer par le représentant de Greenpeace que "  c'est aux multinationales de prouver l'innocuité des produits génétiquement modifiés... " Dialogue de sourd, donc, qui aura probablement du mal à évoluer. Au bout de la chaîne, les associations de consommateurs adoptent une attitude pragmatique sur cette question. " Les informations qui parviennent au consommateur sont contradictoires et le plongent dans l'incertitude, explique Hélène Moraut Pestanes, d'UFC-Que choisir . En conséquence, ils sont 70% à dire qu'ils ne veulent pas d'OGM. De leur côté, les associations refusent d'entrer dans ce débat sans fin,  mais exigent que les consommateurs puissent avoir un réel choix entre les produits OGM et les produits conventionnels ". UFC-Que choisir rejoint sur ce point les organisations écologistes et demande que la réglementation européenne sur l'étiquetage soit plus précise. Elle propose également la mise en place d'une " responsabilité juridique " sur les OGM pour combler le vide actuel dans la législation.

Véronique Smée
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