La commission européenne va autoriser un OGM
Faute d'un consensus entre les Etats membres de l'Union, la Commission a annoncé son intention d'autoriser la pomme de terre génétiquement modifiée de BASF à des fins industrielles. Les ONG dénoncent une décision à contre courant des opinions publiques européennes.
Les gouvernements européens auraient-ils peur de déplaire à l'opinion publique, de plus en plus méfiante sur les OGM ? Toujours est-il qu'aucun consensus n'a été trouvé le 16 juillet lors du vote pour l'autorisation de la pomme terre de BASF, une variété utilisée principalement pour la production industrielle d'amidon, mais également destinée à l'alimentation animale. Le dossier est loin être anodin, car il s'agit de la première autorisation de mise en culture d'un OGM depuis le maïs BT Monsanto 810 en 1998, date à laquelle avait été mis en place le moratoire européen. Une courte majorité des ministres de l'agriculture (11) s'est prononcés contre, 10 ont voté pour et 6 se sont abstenus, dont la France, qui s'est engagée à ne prendre aucune décision sur les OGM avant la fin du Grenelle de l'environnement. Conséquence : la majorité qualifiée n'a pas été atteinte, reportant la décison finale sur la Commission. Or Bruxelles y est favorable, le commissaire au commerce Peter Mandelson ayant récemment averti que " tant que l'UE ne comblerait pas le fossé entre son système d'approbation des OGM et ceux des pays exportateurs de produits alimentaires comme les Etats-Unis, l'Argentine ou le Brésil, les disputes commerciales deviendraient récurrentes à l'OMC ". L'Europe est en effet accusée de protectionnisme par les pays producteurs d'OGM, qui font valoir régulièrement cet argument lors des négociations commerciales internationales.
Cette nouvelle demande d'autorisation relance donc le débat, la Commission ayant le pouvoir de l'approuver faute d'une majorité de " oui " comme de " non ". " Nous déplorons une fois de plus cette procédure biaisée : à chaque fois la Commission européenne dit oui en se basant sur l'avis de l'autorité européenne de sécurité des aliments " déclare Arnaud Apoteker de Greenpeace. " Les ministres fuient leur responsabilité alors que les opinions publiques européennes sont majoritairement opposées à l'invasion des cultures et des produits OGM ! "
Les ONG dénoncent, s'agissant de la pomme de terre de BASF, le fait qu'elle contienne des gènes marqueurs de résistance aux antibiotiques (ARGM), qui peuvent être transférés des plantes aux bactéries, rendant la bactérie résistante aux antibiotiques et nuisant à leur l'efficacité pour certaines infections chez l'homme. Par ailleurs, BASF a demandé que certaines parties, comme la peau, soient utilisées pour l'alimentation animale, ce que refusent les ONG qui demandent des contrôles supplémentaires. " En autorisant pour la première fois une pomme de terre OGM, la Commission va faire un pas de plus vers l'irréparable. Comme pour le maïs, le risque de contamination des cultures conventionnelles et biologiques, et donc de passage dans la chaîne alimentaire, ne peut être écarté " conclut Arnaud Apoteker.
Polémique sur le nouveau label bio européen
En juin 2007, un règlement controversé sur la production et l'étiquetage biologiques avait déjà suscité une vive polémique. Malgré l'opposition de la Belgique, de la Grèce, de l'Italie et de la Hongrie, le Conseil a, en effet, adopté un règlement sur la production et l'étiquetage biologiques. Le texte permet que les produits présentant jusqu'à 0,9% de "présence accidentelle ou techniquement inévitable" d'OGM puissent être étiquetés et vendus comme produits biologiques. Le Parlement européen et les groupes écologiques, estimant ce niveau trop laxiste, avaient demandé, sans succès, que le seuil soit abaissé à 0,1%, niveau auquel les OGM ne peuvent plus être détectés. Enfin, le nouveau label bio européen qui remplacera l'actuel label " AB " est également loin de satisfaire les professionnels de l'agriculture bio, qui le jugent " beaucoup trop laxiste " dans ses exigences. La Fédération Nationale d'Agriculture Biologique a décidé de " travailler à une marque privée, afin de garantir la crédibilité de leur mode de production et de leurs pratiques auprès des consommateurs ". " Le règlement européen adopté, et qui entrera en vigueur en 2009, comporte des points inacceptables que la FNAB, et d'autres acteurs en France et dans l'UE, ont déjà dénoncés ", explique la fédération. Elle s'oppose notamment à " la flexibilité qui permet de faire moins que la réglementation, un étiquetage " bio " en régression par rapport aux règles actuelles, et enfin, le refus de reconnaître aux productions bio le droit d'être totalement sans OGM ".
Le nouveau logo communautaire deviendra obligatoire à compter du 1er janvier 2009, mais des logos nationaux ou d'origine privée reposant sur des critères plus stricts seront également autorisés.