Essais en plein champ : vives protestations en France

Planète \Environnement \OGM

Publié le 25-05-2004

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La levée du moratoire européen sur les OGM suscite un tollé parmi les mouvements écologistes et les agriculteurs bio, qui craignent une contamination de leurs cultures. En France, la consultation nationale lancée 10 au 24 mai par le gouvernement vient de s'achever, mais, d'ores et déjà, le ministre de l'agriculture Hervé Gaymard a autorisé quatorze essais en plein champ. Fortement concernée par les demandes d'essais, la région Midi-Pyrénées a saisi le 1er ministre pour s'opposer aux cultures transgéniques sur son territoire.

La levée du moratoire européen, effective depuis le 19 mai avec l'autorisation du maïs transgénique  BT 11, est contestée tant sur la forme que sur le fond. Rappel des faits : en décembre 2003, le Comité permanent de la chaîne alimentaire, composé de représentants des gouvernements des Quinze, n'avait pas pu recueillir la majorité des voix nécessaires pour autoriser le maïs du groupe Syngenta. La décision devait alors revenir aux ministres européens de l'agriculture. Réunis le 26 avril dernier, seuls 6 pays (Irlande, Grande-Bretagne, Pays-Bas, Suède, Finlande et Italie) se sont  finalement prononcés en faveur des OGM, laissant à la Commission le soin de prendre la décision finale. Une procédure très critiquée sur son absence de légitimité, notamment par Corinne Lepage, présidente de CAP 21. " La Commission a pris une décision sans aucune légitimité,  puisque 80% de la population européenne y est opposée, souligne -t-elle. Comment justifier une construction européenne plus que jamais indispensable , qui se fait violemment contre les citoyens de l'Europe ? "
Les anti-OGM dénoncent par ailleurs "  l'absence de tests  sérieux sur la santé humaine " et les risques encourus au mépris du principe de précaution. "  Des inquiétudes ont été soulevées concernant la qualité des données fournies par Syngenta et l'évaluation faite par le Comité scientifique des plantes de l'Union européenne, indique Arnaud Apotecker de Greenpeace. Il est irresponsable d'autoriser un produit destiné à l'alimentation humaine alors que de tels doutes subsistent sur la sécurité de ce produit ". Cap 21 fustige pour sa part une Europe qui " cède aux pressions des lobbys alors que les effets sur l'environnement des OGM sont irréversibles et que la Californie commence à interdire elle même les OGM à la demande de la population ". Les Verts, quand à eux, n'ont pas hésité à appeler les citoyens à la " désobéissance civile " face à ce qu'ils qualifient de " déni de démocratie " et de " provocation " à quelques semaines des élections européennes. " La désobéissance civile, ça veut dire aller arracher du colza et du maïs  transgénique là où il y a des expérimentations ", précise Noël Mamère, qui espère bien faire reculer l'exécutif européen et appelle les régions à bloquer les expérimentations d'OGM.

 " Autorisation au cas par cas "

C'est chose faite en Midi-Pyrénées, région présidée par Martin Malvy. En effet, sur les 66 nouvelles demandes d'autorisation d'essais en plein champ, 43 concernent la région, alors que celle-ci avait précisément adopté, en février 2003, une délibération pour interdire la culture d'OGM..." Il appartiendra aux populations concernées de dire leur opinion à l'occasion du débat qui va s'engager. Nous renouvellerons notre position avec plus de fermeté encore lors de la prochaine assemblée plénière du Conseil régional Midi-Pyrénées. Dans l'immédiat, je saisis le Premier ministre pour lui dire ma protestation, a fait savoir Martin Malvy.  Le peu de cas fait par le gouvernement de cette prise de position en dit long sur la manière dont il entend gérer le problème", a-t-il ajouté.
Face à cette levée de boucliers des associations, des élus, des agriculteurs bio et " conventionnels ", les récentes déclarations d'Hervé Gaymard, ministre de l'agriculture, se veulent rassurantes. " Je n'ai jamais été un chaud partisan des OGM et la France est bien décidée à rester très vigilante, a-t-il indiqué. L'autorisation de produits OGM se fera au cas par cas et le vote de la France se fera en fonction de l'avis de notre organisme de sécurité alimentaire, l'Afssa ". Les professionnels de l'agriculteurs bio estiment an contraire que " derrière cette première brèche dans le moratoire, se profilent d'autres autorisations de mises sur le marché d'OGM, dont les consommateurs ne sont pas informés ". La FNAB (fédération nationale de l'agriculture biologique) redoute " une porte ouverte à un réel décollage des cultures OGM dans l'UE, avec pour conséquence évidente une contamination généralisée de l'ensemble des cultures (...) alors que le volet responsabilité des pollueurs et indemnisation des productions déclassées n'est pas réglé ".

Véronique Smée
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