Des outils imparfaits pour la traçabilité de l'alimentation humaine

Planète \Environnement \OGM

Publié le 12-02-2003

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Image Greenpeace

Les militants de Greenpeace ont encore frappé. La cible de l’opération coup de poing, menée fin janvier, fut cette fois-ci le groupe Auchan. En cause, l’incapacité de l’enseigne de grande distribution à garantir le caractère « non OGM » de la totalité de ses produits carnés. « Les textes européens laissent un grand vide sur la question de l’étiquetage des viandes. Conséquence, le consommateur ne peut que s’en remettre à la politique du distributeur. Or nous avons contacté des fournisseurs d’Auchan, qui nous affirment que rien n’est dit sur l’alimentation des animaux dans leur cahier des charges », explique Véronique Papon de Greenpeace. « L’enseigne, par souci d’honnêteté vis-à-vis de ses clients, estime ne pas pouvoir afficher une position de principe, aujourd’hui impossible à garantir, selon laquelle 100% des produits carnés vendus dans ses magasins seraient issus d’animaux nourris par une alimentation garantie sans OGM », répond Auchan dans un communiqué de presse. « Nous pouvons affirmer que certaines filières, telles que la viande biologique ou la découpe de volaille, excluent totalement les OGM de l’alimentation des animaux », précise aujourd’hui une porte-parole du groupe.

En France, Carrefour – la première centrale d’achat – a pour sa part choisi depuis plusieurs années de mettre en place des filières intégrales « non OGM » : filière soja non OGM au Brésil, alimentation non OGM pour les volailles et les porcs. Si Greenpeace s’en prend aujourd’hui à Auchan, c’est « parce que l’enseigne est à la tête de la deuxième plus grosse centrale d’achat en France, et présente dans plusieurs pays », souligne Véronique Papon. Mais Auchan n'a pas le monopole de l’embarras sur la question des produits carnés. Interrogé par Novethic, le groupement des magasins Leclerc dit ainsi ne pas avoir de position officielle sur la question des OGM. Il reste donc difficile pour les consommateurs de se faire une idée sur les caractéristiques de la viande vendue en grandes surfaces.

Débats toujours mouvementés

Dans d’autres secteurs de l’alimentation humaine, l’heure est en revanche à l’éclaircie. L’un des règlements européens, en cours de finalisation, définit en effet les contours d’une politique systématique d’étiquetage. La présence dans un produit – ou dans l’un de ses ingrédients – d’OGM à hauteur de plus de 0,9% devra obligatoirement être signalée sur l’emballage. Ce seuil était jusqu’ici fixé à 1%. « Malheureusement on ne joue pas la transparence jusqu’au bout : en-deçà de ce seuil, le consommateur ne pourra pas faire la différence entre deux produits avec ou sans OGM, déplore pourtant Christian Ozzi, chargé de mission à l’association France Nature Environnement. C’est une forme de mensonge par omission, et la porte ouverte à l’invasion insidieuse des OGM dans l’alimentation humaine ». Enfin, certains produits tels que les huiles à base de soja OGM, dans lesquelles on ne trouve plus de trace de la modification génétique, devront néanmoins être « estampillés OGM ». « C’est une réelle avancée dans l’information du consommateur », se réjouit Véronique Papon de Greenpeace.

Pendant ces travaux législatifs, le débat scientifique se poursuit dans la plus grande confusion. En décembre 2002, l’Académie des sciences et l’Académie de médecine et de pharmacie ont rendu chacune un rapport. Ces documents soulignent que l’introduction des OGM dans l’alimentation humaine, dans l’agriculture et dans la thérapeutique ne présentent que des risques contrôlables, inférieurs aux bénéfices à en retirer. Cette prise de position a provoqué l’ire d’opposants aux OGM, taxant les académiciens de connivences avec l’industrie productrice. 
Cette réaction a été, en retour, condamnée par la ministre déléguée à la Recherche, Claudie Haigneré. dans le même temps, quatre députés de l’opposition – parmi lesquels l’ancien ministre de l’environnement Yves Cochet – demandaient la création d’une commission d’enquête parlementaire sur les rapports des deux académies.

Walter Bouvais
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