Afrique du Sud : un étiquetage OGM en demi-teinte

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Publié le 06-04-2011

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Depuis la fin mars, l'étiquetage des produits génétiquement modifiés (GM) est obligatoire en Afrique du Sud. Une avancée pour l'information des consommateurs dans un pays où la population consomme des OGM depuis 10 ans. Mais l'autorisation de la mention « peut contenir des OGM » annule l'ambition de la loi selon les associations écologistes.

Avec l’entrée en vigueur fin mars de la loi de protection des consommateurs, les Sud-africains vont pouvoir choisir d’acheter des aliments contenant ou non des OGM. Enfin presque. Les décrets d’application concernant l’étiquetage laisse un flou en autorisant la mention « peut contenir des OGM ». Par ailleurs, la réglementation ne s’applique qu’aux trois principaux produits génétiquement modifiés utilisés dans l’alimentation humaine, le maïs, le soja et la canola. Enfin, en dessous de 5 %  d’OGM, il n’y a pas d’obligation d’étiquetage.

Le Centre africain pour la biosécurité et l’association anti-OGM SafeAge ont lancé la campagne « Our right to know » pour dénoncer une réglementation qui « vide la loi de son contenu ». « La mention “ peut contenir des OGM ” induit le consommateur en erreur »,  explique Fahrie Hassan, porte-parole de la campagne, alors que les aliments à base de maïs ou de soja contiennent beaucoup d’OGM. 80 % du maïs et 85 % du soja cultivés en Afrique du Sud sont en effet génétiquement modifiés.

La campagne épingle également la restriction de l’obligation d’étiquetage à trois plantes. Le coton en est par exemple exclu bien que 90 % des semences de coton cultivées dans le pays soient génétiquement modifiées. L’huile de coton est utilisée dans des préparations alimentaires comme les conserves de fruits de mer. Le seuil de 5 % est aussi trop élevé selon les associations écologistes. Il évite en particulier l’étiquetage du pain de mie, un produit de consommation courante qui contient du soja OGM en quantité inférieur à 5 %.

La mention « peut contenir des OGM » évite aux industriels de tester leur produit

« Les industriels et en particulier les semenciers estiment qu’ils bénéficieront d’un seuil de 5%. Ce n’est pas le cas, car en l’absence de dispositifs spécifiques, les produits à base de maïs ou de soja sont déjà largement au-delà des 5% », souligne Chris Viljoen, responsable d’un des deux laboratoires en charge de contrôler de la présence d’OGM dans les produits. D’autant plus qu’un seuil de 1 % ou de 5 % ne change rien au coût de dépistage, explique ce scientifique.
La mention « peut contenir des OGM » permet en revanche aux industriels d’éviter de tester leur produit. La majorité de la population sud-africaine ignorant ce que sont les biotechnologies, ils ne devraient pas s’en priver. La réglementation sur l’étiquetage continue ainsi de ménager l’industrie des biotechnologies, dans un pays où la législation a largement permis le développement des cultures génétiquement modifiées depuis 1997.

La société civile a eu jusqu’au 31 janvier pour réagir aux propositions de décrets. « Mais nous ne pensons pas que notre voix soit entendue », confie F. Hassan. Les décrets d’application ont fait l’effet d’une douche froide aux associations anti-OGM, qui ont milité pendant deux ans pour obtenir une clause sur l’étiquetage obligatoire des OGM.

Une étude montre des phénomènes de résistance au maïs BT

Difficile de dire aujourd’hui si la loi sur l’étiquetage sensibilisera, à moyen terme, les Sud-africains. En attendant, la législation ne change pas grand-chose pour les filières non-OGM. Elles devront continuer à certifier leurs produits. Depuis 2001, l’enseigne de distribution Woolworth s’est par exemple engagé à ne vendre aucun OGM dans ses rayons.

Les résultats publiés fin janvier de la première étude sud-africaine sur l’impact des OGM sur l’environnement pourraient cependant accélérer la prise de conscience. Conduit par le South African National Biodiversity Institute (SANBI) en partenariat avec une équipe norvégienne, ce travail montre des phénomènes de résistance chez les insectes au maïs BT (maïs GM produisant un insecticide). Selon les conclusions des scientifiques, les zones refuges (surface plantée en maïs non-BT à proximité des surfaces de maïs BT) ne suffiront pas à prévenir la dissémination de la résistance dans les zones touchées.

 

Magali Reinert
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