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-30%, -75% voire « zéro carbone »…La course au « low carbone » est lancée et les villes se trouvent en première ligne. Principales consommatrices de l’énergie de la planète (70%) comme le charbon, le pétrole ou le gaz qui sont les sources majeures d’émissions de gaz à effet de serre, celles-ci sont en effet un échelon pertinent pour lutter contre le changement climatique. Des cités nouvelles telles Dongtan en Chine ou Masdar aux Emirats Arabes Unis se sont ainsi construites sur l’idée d’une neutralité totale, mais des villes « traditionnelles » comme Vancouver au Canada, Phoenix aux Etats-Unis ou plus récemment Copenhague au Danemark se sont aussi engagées dans cette voie. Ces ambitions sont-elles réalistes ? Certes, le zéro carbone n’est pas atteignable pour tous. L’adjoint au maire de Paris chargé de l’environnement, Denis Baupin, le dit très clairement : « à court terme, il s’agit d’un objectif irréaliste. Paris n’a pas été conçu pour cela, nous travaillons sur un territoire déjà constitué, avec la présence d’un bâti ancien, qui plus est, à forte valeur patrimoniale. » Cependant, pour donner l’impulsion, « il faut se fixer des objectifs un peu fous. Une ville comme Vaxjö, en Suède, par exemple, est sur la bonne voie pour l’atteindre. Ils ont réduit leurs besoins en chauffage de 84% !», soutient Gérard Magnin, le président d’Energie Cités, une association qui regroupe 1000 villes de 30 pays différents engagées sur une réduction de leur consommation énergétique. « Ce n’est qu’en envisageant des scénarios radicaux que l’on peut penser la ville autrement et trouver les techniques adaptées. Au final, je suis aussi persuadé que cela coûte moins cher car les objectifs sont plus clairs ». Pour réduire les émissions de CO2, Copenhague mise ainsi sur les voitures électriques ou à l’hydrogène, ainsi que sur l’éolien, tandis que Phoenix se focalise en grande partie sur le développement de l’énergie solaire. En France, Nantes a, elle, misé sur les transports comme le tramway et le busway (véhicule hybride entre le tram et le bus roulant au gaz naturel) pour lancer le mouvement et Clermont-Ferrand a créé un « chemin des énergies renouvelables » où les bâtiments publics sont alimentés par le solaire, le petit éolien ou la géothermie tout en faisant place au végétal. Perpignan de son côté, s’est fixé pour objectif de couvrir, d’ici 2015, 100% des besoins en électricité de sa communauté d’agglomération, soit 200 000 habitants, à partir d’un bouquet d’énergies renouvelables. Mais attention : « les villes sont souvent tentées de mettre en avant les énergies renouvelables car c’est ce qui est le plus visible mais il s’agit d’abord de travailler sur la sobriété», prévient Marion Richard, spécialiste des agendas 21 pour le Réseau Action Climat. Vers une meilleure concertation ? Or, 75 % des émissions de GES d’une ville est hors de son contrôle. Pour arriver à une baisse drastique de celle-ci, c’est donc tous les acteurs qu’il s’agit de mobiliser. « Aujourd’hui, l’accent est davantage porté sur la technique que sur l’éducation de la population et des entreprises. Mais si tous les acteurs ne sont pas associés, il peut y avoir un rejet ou du moins, une moindre efficacité des outils mis en œuvre », insiste Antoine Charlot, responsable du pôle « Territoires durables » du Comité 21. Ainsi à Paris, la mairie avoue avoir du mal à agir sur le transport de marchandises, qui représente 25% des émissions de GES de la ville. Ainsi, malgré une opération symbolique avec Monoprix qui utilise désormais le rail pour alimenter Paris, le reste de la grande distribution n’a pas suivi… « Idéalement, il s’agirait de prendre modèle sur Barcelone qui a fait signer son agenda 21 par les acteurs économiques ; ceux-ci s’engageant à répondre aux objectifs de la ville et à les décliner sur leur propre plan d’action », estime Antoine Charlot. En France, les communautés d’agglomération de Grenoble et Mulhouse ont-elles aussi suivi ce chemin. A Paris, en plus de la population qui a été associée au plan climat, la mairie a signé une convention d’objectifs avec l’agence nationale de l’habitat et trois organisations professionnelles du bâtiment (FFB, Capeb et fédération des Scop). Pour Denis Baupin en effet, il est important que « les entreprises, notamment du secteur du BTP ou de l’énergie, puissent répondre à notre plan de charge : développement des énergies renouvelables, 4500 logements sociaux à réhabiliter par an, 100000 immeubles parisiens d’ici 2050, etc.» La mobilisation de la population est également centrale. Concernant la politique énergétique des bâtiments par exemple, si les villes peuvent agir sur leur propre parc et sur les logements sociaux, cela leur est plus difficile pour les copropriétés privées qui composent pourtant l’essentiel du bâti. « Sur ce terrain, nous aimerions que l’Etat nous permette de faire des expérimentations dérogatoires au droit global pour aller plus loin sur la réduction des GES, souhaite Denis Baupin. Cela nous permettrait par exemple d’obliger les propriétaires privés à rénover thermiquement leur logement tous les 10 ans. » Dans la ville « zéro carbone » de Masdar par exemple, une charte devrait être mise en place pour fixer quelques règles aux habitants et entreprises. Chaque Masdari devra ainsi respecter des quotas de CO2, de déchets ménagers et d’eau tandis que les commerçants souscriront des baux les enjoignant de se fournir en produits locaux et de réduire leurs déchets. Une solution qui pour être efficace, n’en est pas moins radicale et difficile à faire accepter, particulièrement dans une ville déjà existante, selon Julie Delcroix, chargée de l’urbanisme au WWF. « Si une ville doit se rapprocher du zéro carbone, il ne faut pas oublier qu’elle doit avant tout rester vivable… »
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