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Les particuliers, victimes encore méconnues des pesticides

Planète \Environnement

Publié le 23-03-2010



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Depuis samedi et jusqu'au 30 mars, 170 organisations se mobilisent pour la semaine des alternatives aux pesticides. Au programme plus de 600 évènements, en France mais aussi à l'étranger, en Europe et en Afrique pour sensibiliser le grand public à un problème qui touche en premier lieu les agriculteurs mais qui n'épargne pas les particuliers.

Chaque année, l’Organisation mondiale de la santé recense près d’un million de cas d’empoisonnement grave par les pesticides dans le monde et pas moins de 22 000 décès. Et pourtant, ces victimes ont encore du mal à faire reconnaître le lien entre les pesticides et leur maladie, comme l’explique le MDRGF qui coordonne les actions des 170 organisations impliquées dans la semaine pour les alternatives aux pesticides. Jusqu’à présent, en France, seulement 30 cas d’agriculteurs intoxiqués par un pesticide ont été reconnus comme maladie professionnelle, souligne l’association. Ce qui reflète bien peu l’ampleur du problème.

Il faut dire que la démarche de reconnaissance reste encore un parcours du combattant comme l’explique Gilbert Vendée, le premier agriculteur pour lequel a été reconnu le lien entre sa maladie de Parkinson et le fait d’avoir inhalé du « gaucho »…en 2005, soit quasiment 7 ans après les faits. Aujourd’hui, à 56 ans, il souffre de façon permanente du bras droit et ne peut plus travailler. Mais alors que l’on prend de plus en plus conscience de ce problème pour les agriculteurs, Gilbert Vendée attire aussi notre attention sur l’impact des pesticides sur la santé des particuliers : « je trouve anormal que l’on vende aujourd’hui des produits avec un dosage quasiment équivalent à ceux utilisés par les agriculteurs pour les jardiniers du dimanche. C’est intolérable, si cela continue, on court à la catastrophe sanitaire », s’emporte-t-il.

Des expositions multiples

Ainsi, en 2006, le centre anti-poison a recensé 4 587 cas (soit 4% des appels) dus à des expositions accidentelles aux pesticides, mais sans préciser s’il s’agissait d’une origine agricole ou domestique. Aujourd’hui, les cas les plus connus concernent les expositions résidentielles qui se font lors ou suite à des pulvérisations agricoles sur des champs à proximité d’habitations, comme le montre le site du MDRGF qui recueille le témoignage des victimes. Mais pour les particuliers il est encore impossible de faire reconnaître officiellement le lien entre certaines maladies et l’exposition aux pesticides. « Mon fils de 3 ans était en train de dessiner dans le jardin quand un agriculteur du champ d’à côté a pulvérisé un fongicide. Quelques mois plus tard, alors qu’il avait perdu beaucoup de poids, l’endocrinologue a diagnostiqué un dérèglement thyroïdien. Mais il m’a prévenu que je ne trouverai aucun médecin pour faire le lien. Aujourd’hui les choses commencent à changer mais cela prend du temps…Quant aux gendarmes, ils n’ont jamais donné suite à mes plaintes alors que les agriculteurs ne respectent pas les mesures de protection et de prévention obligatoires pour ces pulvérisations », raconte Bertrand Pouchin, un père de famille qui habite dans l’Eure-et-Loir.

La Mairie de Paris engagée dans le « zéro phyto »

Les collectivités qui utilisent aussi des pesticides pour entretenir leurs espaces verts, s’engagent de plus en plus dans lutte contre les pesticides. A l’image de Paris qui a pour objectif de gérer durablement l’ensemble de ses terrains en 2014. Pour l’heure, 82 jardins, parcs et squares sur les 480 que compte la ville sont ainsi labellisés par un organisme indépendant. L’idée est de favoriser la biodiversité tout en réduisant les interventions mécaniques et en privilégiant les méthodes alternatives aux produits chimiques. En 15 ans, la direction des espaces verts et de l’environnement de Paris a ainsi baissé de 90% les quantités de pesticides achetées. Elle est certifiée iso14001 « soins aux végétaux : méthodes alternatives et raisonnées » depuis 2002.

Des précautions que ne prennent pas non plus la peine de prendre- ou rarement- les jardiniers du dimanche lorsqu’ils utilisent du désherbant…« Même si l’utilisation des pesticides par les particuliers n’est pas le plus important en volume (8% environ des 76 000 tonnes de pesticides utilisés chaque année en France), elle reste problématique car elle se fait de façon banalisée et dans le milieu où l’on vit, estime le président du MDRGF, François Villerette. Ces produits sont dangereux pour les gens, qui peuvent s’intoxiquer gravement, développer des maladies chroniques, des cancers ou autres, mais aussi pour l’environnement. » Leur utilisation par les particuliers et collectivités serait ainsi responsable de près de 30 % de la pollution des eaux par les pesticides…

Des alternatives existent

«Les gens ne sont pas du tout informés sur ce type de produits », alerte Guenaelle Lanez, de la Maison de la consommation et de l’environnement, une association bretonne qui s’est beaucoup penchée sur le sujet. « Tous les pesticides qui sont vendus aux particuliers doivent avoir une autorisation et porter la mention de leur toxicité ; « irritant », « nocif » ou « dangereux pour l’environnement » par exemple. Mais les gens ne savent pas bien les utiliser, ils ont souvent tendance à les surdoser. Or, ils sont vendus dans en libre service dans les hypermarchés où personne n’est là pour les conseiller et, même dans les grandes surfaces spécialisées, les vendeurs sont souvent insuffisamment formés sur la question et ne proposent que très rarement des alternatives

En 2005, l’association a mis en place une charte « Jardiner au naturel, ça coule de source » signée par 188 magasins en Bretagne qui s’engagent à orienter leurs clients vers des techniques de jardinage au naturel et à mettre en avant les solutions sans pesticides dans les rayons. D’autres régions commencent à faire de même mais le changement de comportement demande un travail de longue haleine: « nous faisons des enquêtes régulières dans les magasins et même si les signataires font mieux que les autres, il reste encore beaucoup d’efforts à faire », note Guenaelle Lanez. Cependant la demande des clients pour des alternatives naturelles commence à faire bouger les distributeurs. La chaîne de jardinerie Botanic a ainsi été la première, en 2008, à enlever de ses rayons tous les pesticides chimiques. Cependant « il a fallu près de 30 000 heures de formation pour sensibiliser les vendeurs de nos 60 magasins», souligne la directrice du développement durable de l’enseigne, Christine Viron. Il faut également faire évoluer les mentalités des consommateurs pour pratiquer une autre forme de jardinage. Mais le mouvement est lancé : il y a deux ans, le MDRGF a également procédé à l'évaluation des produits vendus par Carrefour. Puis, en partenariat avec le WWF, l'enseigne a repensé sa gamme de pesticides commercialisés sous sa marque en supprimant par exemple ceux contenant du glyphosate et en les remplaçant par des produits plus respectueux de l'environnement. Le distributeur a également arrêté toute publicité sur les produits Round up en catalogue.

Mais pour un changement complet des rayons, il reste encore de la marge. Par exemple, il est techniquement impossible de remplacer certains produits comme les anti-rongeurs, précise Carrefour. « Le problème est qu’il existe assez peu d’alternatives, note François Villerette. Pour qu’ils soient reconnus comme réellement efficaces sur la protection des plantes, les produits d’origine naturelle doivent être homologués et subir les mêmes tests que les pesticides classiques. Or, cela coûte cher… ». Dans la version du Grenelle 2 actuellement examinée à l’Assemblée Nationale, les députés ont donc adopté un amendement selon lequel les préparations naturelles peu préoccupantes, telles que le purin d'ortie, seraient exclues du régime applicable aux produits phytosanitaires. Et, alors que les sénateurs avaient rejeté en octobre dernier la possibilité d’interdire la publicité des pesticides pour les particuliers, le texte (article 40 du Grenelle 2) est de nouveau examiné à l’Assemblée Nationale.

Béatrice Héraud
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