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Les méga-barrages menacent les Indigènes

Planète \Environnement

Publié le 20-08-2010

barrage des Dardanelos, Brésil
barrage des Dardanelos, Brésil

Alors que les projets de complexes hydrauliques géants se multiplient dans le monde, l'ONG Survival international met en garde contre leurs conséquences désastreuses sur les conditions de vie des Indigènes. Qui multiplient eux-mêmes les actions contre les chantiers en cours.

Fin juillet, quelque 400 Indiens de différentes tribus, armés d’arc et de flèches, prenaient en otage une centaine d’ouvriers travaillant à la construction du barrage brésilien de Dardanelos, au sud de l’Amazonie. Leur revendication : une indemnisation de 5,6 millions de dollars pour compenser les dégâts culturels, sociaux et environnementaux de ce barrage situé sur un ancien cimetière indigène et qui jouxte aujourd’hui leur réserve actuelle. Quelques jours plus tard, ils quittaient les lieux avec, en poche, un accord de protection de l’environnement et de musée archéologique. Cette mobilisation des Enawene Nawe n’est pas la première ; elle fait suite à toute une série de manifestations qui a débuté en 2008 sur les chantiers de barrages -77 sont prévus- de la rivière Juruena. Elle ne sera pas non plus la dernière. D’autres sont prévues, notamment pour dénoncer le barrage de Belo Monte, qui doit devenir dans dix ans le troisième barrage du monde en termes de puissance, ou celui de la centrale hydraulique de Jirau, construite en partie par GDF Suez à la frontière du Pérou et du Brésil. Des actions qui sont symptomatiques de la tension qui pèse actuellement sur la question des barrages hydroélectriques qui se multiplient au Brésil et partout dans le monde.

« La construction des barrages connaît actuellement dans le monde un essor démesuré  », souligne ainsi Survival International qui vient de publier un rapport concernant les dégâts des méga-barrages sur les populations indigènes (voir document lié). Parmi ceux-ci : l’inondation des terres qui nécessite l’expulsion des communautés locales, comme on a pu le voir pour le barrage des Trois gorges en Chine où plus d’un million de personnes ont été déplacées le long du fleuve Yang Tzé. Déjà en 2000, un rapport très critique de la commission mondiale des barrages rappelait que pour construire les 45 000 barrages que comptaient à l’époque la planète – dont près de la moitié en Chine- il avait fallu déménager entre 40 et 80 millions de personnes... Souvent sans le consentement préalable des communautés, malgré les normes protégeant le droit des peuples indigènes. Pour ceux qui restent, il leur faut ensuite compter avec un nouvel environnement. La déforestation et la modification du flux hydraulique affecte l’irrigation des terres et les bancs de poissons des rivières, rendant plus incertaine encore leur sécurité alimentaire. Pour l’ONG, les chantiers sont aussi vecteurs de maladies pour les tribus les plus isolées, sans parler de l’eau des réservoirs qui sont ensuite propices au développement du paludisme.

Energie verte ?

Ces gigantesques complexes hydrauliques sont pourtant considérés comme de l’énergie verte par beaucoup d’institutions et rentrent par exemple dans le cadre des mécanismes de développement propre (MDP), issus du Protocole de Kyoto, dont ils ont constitué la moitié des projets en 2008 selon CDM Watch…Or si l’on prend l’exemple du barrage de Tucurui, l’un des plus importants du monde construit dans les années 80, on se rend compte que son impact sur le climat n’est pas si positif. Selon l’Institut national de la recherche amazonienne, il contribue aujourd’hui à un sixième des émissions de gaz à effet de serre du pays du fait de la décomposition de la végétation qui produit notamment du méthane.

Pour financer ces projets pharaoniques, les institutions bancaires mettent la main à la poche. A elle seule, la Banque mondiale finance 211 projets de ce type pour un montant de 11 milliards de dollars. Tandis que la Banque africaine de développement investit de plus en plus dans de tels projets, selon Survival. Début août, la banque européenne d’investissement (BEI) a toutefois renoncé à financer le plus grand barrage d’Afrique, situé en Ethiopie, après les conclusions d’un rapport confirmant le manque de consultation des peuples de la vallée de l’Omo affectés par le chantier, et surtout les craintes qui pesaient sur leur sécurité alimentaire. Mais Gibe III pourrait finalement être financé par la plus grande banque d’Etat chinoise…Ce sont également des capitaux chinoix qui financeront l'un des plus grands barrages d'Afrique (1500 MW) et dont la construction a été approuvée en début de semaine sur le Zambèze, au Mozambique. Au Brésil, le gouvernement a lui d’ores et déjà annoncé que le très controversé barrage de Belo Monte sera financé essentiellement par la banque nationale de développement (BNDES) et les capitaux privés.

Béatrice Héraud
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