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Alors que la présidence suédoise de l’Union européenne s’achève sur un bilan décevant en matière environnementale – avec une crise de leadership flagrante à Copenhague- l’Espagne va devoir reprendre le flambeau avec les lourds défis qui l’attendent, que ce soit au niveau européen ou mondial. Elle devra en effet « ramasser les morceaux de l’échec du sommet de Copenhague sur le climat, mener les travaux du Conseil sur la définition de la stratégie (économique) de l’Union Européenne à l’horizon 2020, et démarrer le véritable travail sur les nouvelles stratégies mondiales de l’UE sur la protection et la restauration de nos écosystèmes », note le bureau européen de l’environnement (BEE) dans un communiqué. Alors que l’Union doit aussi aborder de nouvelles étapes concernant l’agenda social ou le plan énergie 2010-2012, elle se trouve aujourd’hui à « un moment déterminant pour avancer vers un nouveau modèle » selon la branche espagnole du WWF, « dans lequel les objectifs environnementaux s’intègreraient au sein de l’ensemble de ses politiques et où l’empreinte écologique serait l’indicateur clé pour savoir si nous avançons dans la bonne direction ». Les grands dossiers Parmi les grands dossiers environnementaux clés de cette présidence : Le climat : selon l’accord de Copenhague, les pays industrialisés, dont l’UE, doivent donner leurs objectifs chiffrés de réduction des émissions de CO2 le 31 janvier. Les associations environnementales demandent une baisse de 40% par rapport à 2020 mais l’approche réaliste pencherait plutôt sur un –30% voire un - 20%. Sans parler de la question, qui n’est toujours pas tranchée, du montant de l’aide aux pays en développement. Le WWF et le BEE demandent également à ce que, dans le cadre du nouveau plan d’action d’efficacité énergétique, l’Union adopte des réductions de consommation d’au moins 20%. L’agriculture et la pêche : alors que presque 90% des pêcheries en eaux européennes sont en dessous des « limites biologiques de sécurité » selon le WWF, il s’agit de freiner l’épuisement des ressources dans le cadre de la négociation d’une nouvelle politique commune des pêches. Le travail sur la transformation de la politique agricole commune donne parallèlement l’occasion à l’Union d’y insuffler une dimension plus écologique. La biodiversité : alors que 2010 a été choisie comme l’année internationale de la biodiversité, il s’agit pour l’Union d’intégrer cette question dans sa stratégie 2020 sur la conservation de la biodiversité et des écosystèmes. Un domaine dans lequel l’UE a pris beaucoup de retard. Les sols : deux fois passée au Conseil environnement sans qu’aucun accord ne soit pour l’instant trouvé (voir article lié), la directive cadre sur la protection des sols reste pourtant l’une des seules voies crédibles pour enrayer la dégradation des sols européens. 2010 est aussi l’année de l’approbation des schémas directeurs d’aménagement et de gestion des eaux. Les technologies : le bureau européen de l’environnement demande à l’Union de lancer un débat sur les nanotechnologies et le suivi de Reach ainsi que de se pencher sur la transparence de la filière des déchets électroniques. La faisabilité Certes, suite à l’adoption du Traité de Lisbonne, pour la première fois, le chef du gouvernement de l’Etat qui assure la présidence semestrielle de l’Union, en l’occurrence José luis Rodriguez Zapatero, ne sera pas le seul aux commandes et devra arbitrer avec le nouveau président du Conseil, Herman Van Roumpuy. Mais « plusieurs formations du Conseil devront apporter leurs contributions avant une prise de décision finale », ce qui veut dire que « la présidence espagnole pourra encore faire la différence », note le BEE. Dans ses priorités cependant, si l’Espagne mentionne la création d’une stratégie européenne de croissance durable à l’horizon 2020, elle n’insiste pas particulièrement sur les aspects environnementaux. Ainsi, quand, dans son discours sur les priorités, Zapatero parle du défi climatique, il précise également qu'il est « nécessaire de profiter de cette transition vers une économie à faible intensité carbone pour créer de nouveaux emplois et des sources supplémentaires de croissance économique. » Surtout, l’Espagne ne fait pas forcément partie des meilleurs élèves en la matière. Alors que le pays est frappé de plein fouet par la crise économique qui lui laisse 18,5% de chômeurs (quand la moyenne européenne se situe à 9,5%), l’environnement ne semble plus être une des priorités du gouvernement Zapatero. C’est du moins ce qu’ont fait remarquer plusieurs associations écologistes espagnoles dans un récent rapport ironiquement intitulé « Où est le ministère de l’environnement ? »*. Dans le pays, la ministre Elena Espinosa, pourtant en charge depuis 2004 de compétences extrêmement larges sur l’eau, l’agriculture, la pêche, le changement climatique, etc, n’est même pas connue par la moitié des Espagnols. Un manque de popularité qui s’expliquerait notamment par l’absence de poids de ce ministère, qui n’a pas réussi à maintenir le plan de sauvetage des côtes (voir article lié). Pire, les associations dénoncent un ministère « appuyant les intérêts courts-termistes des secteurs agricoles et de la pêche, souvent en contradiction avec un usage soutenable des ressources ». Ainsi, alors même que l’Espagne est l’un des pays de l’Union les plus riches en biodiversité et sites protégés par Natura 2000, le pays souffre d’une forte érosion de sa biodiversité et doit, en plus, faire face à un énorme problème structurel d’eau qu’elle tarde à traiter…A voir donc, si l’Espagne profitera de son nouveau rôle pour rattraper son retard et donner la bonne impulsion à l’Union.
* « Dónde està el Ministerio de Medio ambiante », 24 septembre 2009. Réalisé par le WWF, SEO/Birdlife, Greenpeace, Ecologistas en acción et Amigos de la Tierra.
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