Le lac Baïkal échappe à l'oléoduc

Planète \Environnement

Publié le 07-06-2006

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Fin avril Vladimir Poutine a surpris tout le monde en détournant le futur oléoduc de Transneft du lac Baïkal. Ce revirement brutal, est le fruit d'une mobilisation citoyenne et de la pression des ONG sur les banques internationales. Retour sur ce différent entre les parties prenantes de l'oléoduc Sibérie Orientale - océan Pacifique, société civile et ONG d'une part, Etat, banques et entreprises d'autre part.

 Les défenseurs du lac Baïkal sont heureux. L’annonce, fin avril, par Poutine, d’un détournement de l’oléoduc, qui était sur le point d’être construit sur les bords du lac Baïkal,  est une première victoire, couronnant une campagne intense de plusieurs mois. Selon une dépêche de l’agence Interfax, du 24 mai, le nouveau tracé de l’oléoduc Sibérie orientale – océan Pacifique passera à 400 km du lac Baïkal –au lieu de 800 mètres - soit hors du bassin versant du lac.  Les administrations des régions d’Irkoutsk et de l’Amour ont approuvé la déclaration d’intention du projet.

Comment interpréter ce revirement subit du président alors que celui-ci avait jusqu’alors soutenu sans réserves les agissements de Transneft, la société monopole d’Etat, propriétaire de tous les oléoducs gaziers et pétroliers de Russie ? Il martelait, même après la découverte du scandale, que les "écologistes ne doivent pas entraver le progrès économique."

Vague de protestation

Le sort du Léopard de l’Amour toujours incertain
Le 6 février dernier, l’Agence fédérale d’évaluation environnementale a rejeté le projet de terminal à Perevoznaïa, région où vit le léopard de l’Amour. Pour lors, Transneft n’a pas livré ses intentions. "Une quarantaine de léopards subsiste. La population semble s’être stabilisée" déclare Michel Hötte de l’Alliance pour le tigre et le léopard de l’Amour.
D’abord, fait rare en Russie, une mobilisation importante a eu lieu contre le projet. Organisations écologistes, vedettes, scientifiques, médias, populations locales ont exprimé leur plus vive opposition, soutenus par des autorités locales et jusqu’à certains députés de la Douma, descendus dans la rue à Moscou, selon Greenpeace. La vague de protestation est partie d’Irkoutsk, la ville la plus proche du lac, par une manifestation de cinq mille personnes, en mars, puis s’est répandue dans de nombreuses villes de Russie avant de gagner la capitale. Ce contexte fragilise Vladimir Poutine qui connaît depuis quelques mois une baisse de popularité pour la première fois depuis son accession au pouvoir. La communauté internationale a aussi joué son rôle. En juillet 2005, l’Unesco avait menacé de placer le Baïkal sur la "liste du patrimoine de l’humanité en péril", si un oléoduc devait traverser le bassin versant du lac.

Mais l’argument décisif au coup de théâtre de Poutine s’est joué sur le plan financier. En effet, le  projet est énorme – 16 milliards de dollars – et Transneft doit recourir à des prêts bancaires internationaux. En mars, peu après la manifestation d’Irkoutsk, la banque allemande d’investissements UFG, très impliquée dans des projets industriels en Russie, accuse Transneft de ne pas prendre en compte les intérêts des actionnaires. Un rapport assène : "Transneft  n’est qu’un instrument technique dans les mains de l’Etat [russe] et les actions du monopole des oléoducs sont surévaluées." L’action perd 15%. La campagne politico-médiatique a eu raison de la confiance des banques. Leur prise en compte d'un risque écologique élevé a remis en question la viabilité du projet.

Test aux principes d’Equateur

Il faut dire qu’au moment où le président de Transneft, Simon Vainshtok, se rendait à Londres pour convaincre les investisseurs européens, un groupement d’ONG écologistes, dont Greenpeace, envoyait un rapport, soulignant les aspects négatifs du dossier, aux mêmes investisseurs potentiels. En plus du risque environnemental élevé (documenté et prouvé sur cette zone sismique) les écologistes ont souligné les risques juridiques d’un projet qui n’avait abouti qu’à coup de nombreuses entorses à la loi. Notamment, le feu vert de l’autorité d’Etat en charge de l’environnement, n’avait été finalement accordé qu’après avoir remplacé les experts opposés au projet, par de nouveaux "experts", plus conciliants. Or, la plupart des grandes banques occidentales ont signé les principes d’Equateur, par lesquels elles s’engagent à une certaine déontologie. "Nous considérons ce projet comme un test majeur des principes d’Equateur," déclarait Roman Vazhenkov, responsable de la campagne chez Greenpeace, le 28 avril dans Russia Newswire.

Les ONG sur le qui-vive

Malgré les nouvelles contraintes imposées par le  contournement du bassin du Baïkal, Transneft déclare vouloir tenir les coûts et les délais, à savoir une fin du chantier fin 2008. Mais comment un tel détour pourrait-il n’avoir aucun impact sur les prévisions initiales ?  "Tout semble indiquer que la loi [sur les études d’impact environnemental] sera bafouée pour que le projet aboutisse dans les temps. Même si la question du financement reste ouverte…" estime Jennifer Sutton, de l’ONG locale Baïkal Wave. Dans ces conditions, les défenseurs du lac ne désarment pas car, comme cela s’est déjà produit, un nouveau coup de théâtre est toujours possible.

Stéphane Bardinet et Hélène Huteau
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