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Le Grenelle générateur de 600 000 emplois ?

En plus de leur impact sur l'environnement, les 15 grands programmes du Grenelle de l'environnement devraient participer significativement à la relance de l'économie, selon une étude du Boston Consulting Group pour le ministère du développement durable. A condition toutefois que ces mesures soient accompagnées d'un véritable développement industriel.

En pied de nez aux détracteurs de la mise en place des mesures du Grenelle en pleine période de crise, le ministère du développement durable vient de publier l’étude commandée au Boston Consulting Group (BCG) en début d’année. Une présentation opportune au moment où les Grenelle 1 et 2 sont débattus dans les différentes chambres parlementaires. Car selon le BCG, les 15 grands programmes du Grenelle vont « participer à la relance de l’économie de manière substantielle, en générant une activité sur douze ans d’environ 450 milliards d’euros, financés à hauteur d’environ 170 milliards d’euros par l’Etats et les collectivités territoriales » et autofinancé jusqu’à 45 %, grâce aux économies d’énergies par exemple. Le cabinet se veut même plus optimiste que les prévisions du ministère concernant la création d’emplois qu’il chiffre à «  plus 600 000 en moyenne (en comptant les emplois directs, indirects et les intérimaires) sur la période 2009-2020, principalement grâce aux projets d’infrastructures, dans le secteur du BTP. » Au-delà les travaux de maintenance devraient également assurer 100 000 emplois rémanents. 
Selon les estimations du BCG, le pic concernant l’activité économique serait atteint en 2013 avec 46 milliards d’euros, du principalement au secteur du bâtiment, pilier de cette croissance verte, tandis que 735 000 emplois seraient créés en 2018 avant de retomber à 650 000 en 2020. « Ce qui frappe c’est la croissance extrêmement rapide des emplois liés aux mesures du Grenelle (de 221 000 en 2009 à 705 000 en 2013, ndlr). Mais pour éviter qu’elle ne baisse, il faudra relancer un nouveau programme dans les deux ans », estime le ministre de l’écologie Jean-Louis Borloo.
Autre atout économique du Grenelle, l’amélioration « significative » de la balance commerciale du fait de la réduction de la consommation d’énergie thermique de 25 % à horizon 2020. Reste à savoir quelle sera, en parallèle, l’importation d’énergies renouvelables…

Une grande implication…

Par rapport aux autres pays industrialisés, la France se place plutôt en bonne position. « Aucun grand pays industrialisé n'a pris autant d'engagement ni réalisé autant», juge Marc Benayoun, directeur France du Boston Consulting Group. Ainsi, avec 14,3 milliards d’euros  annuel jusqu’en 2020, soit 0,9% du PIB, la France a prévu un investissement destiné aux mesures vertes bien supérieur aux Etats-Unis (8,5 milliards soit 0,1 du PIB) ou à l’Allemagne (5,2 milliards soit 0,3% du PIB). Un portefeuille que le cabinet considère également « plus équilibré » et donc potentiellement plus efficace que ses voisins, notamment l’Allemagne et le Japon qui ont concentré leurs efforts sur le bâtiment ou encore l’Angleterre qui s’est focalisé sur les véhicules décarbonés.

Un Grenelle assoupli ?
Alors que le projet de loi de mise en œuvre du Grenelle est examiné par l’Assemblée Nationale, les écologistes dénoncent l’adoption d’amendements assouplissant le texte initial. Selon le député vert Yves Cochet, des « orientations inacceptables » ont ainsi été prises : « les niveaux de performance exigés pour la rénovation thermique et la construction des logements ont été très nettement abaissés. La taxe poids lourds est affaiblie, les centrales à charbon sont relancées, les pesticides bénéficient de dérogations pour échapper aux objectifs de réduction, les projets d’autoroutes sont confirmés, le nucléaire est passé sous silence. » Le parti annonce d’ailleurs qu’il s’abstiendra sur le texte final. Une position soutenue par de nombreuses associations dont le Réseau action Climat qui estime que « les députés ignorent l’engouement écologique des Français ».

Mais attention à ne pas crier trop vite victoire. Selon le BCG, pour garantir son succès, le plan français gagnerait tout de même à se concentrer davantage sur certains sujets. Par exemple, dans le secteur des énergies renouvelables, où la France accuse un retard par rapport à ses voisins européens, « une focalisation des investissements serait nécessaire pour faire émerger une référence mondiale, et pour éviter que la France soit un acteur mineur et fortement importateur, sur le photovoltaïque par exemple. » Car c’est bien là que le bât pourrait blesser.

...à confirmer

Pour réaliser ces ambitieuses prévisions, le développement d’une politique industrielle, avec la création de « champions » nationaux, est nécessaire. Dans le cas contraire, la France pourrait en effet devoir faire face à des goulots d’étranglement à la fois au niveau de l’offre et de la formation. Restera aussi à tenir la distance sur la longueur, continuer voire intensifier les campagnes de communication pour ne pas démobiliser les différents acteurs et surtout contrôler la mise en œuvre effective de ces mesures. Des mesures qui pourraient déjà être amenuisées avant même d’êtres promulguées selon les écologistes (voir encadré).
Il faut aussi noter que si le Grenelle aura « des impacts substantiels sur les thèmes majeurs environnementaux et sociétaux comme la réduction des inégalités par le développement des transports en commun ou l’amélioration de la qualité de l’eau par exemple », l’un des objectifs principaux de ces mesures, soit la division par 4 des émissions de gaz à effet de serre en 2050, ne sera pas totalement rempli. L’ensemble des mesures devraient « seulement » permettre de gagner 128 millions de tonnes équivalent CO2, ce qui, même avec la baisse de 24% entre 2020 et 2007 réalisée, placerait la France dans une trajectoire de division par deux de ses émissions par rapport à 1990.
Pour France Nature Environnement, si le rapport « démontre l’intérêt écologique et économique du Grenelle », il n’en reste pas moins que le « gouvernement slalome entre relance grise et relance verte » en « investissant encore dans la route et le nucléaire, en réduisant le contrôle environnemental des activités industrielles et en préconisant la réduction des enquêtes publiques. »

Béatrice Héraud
Mis en ligne le : 17/06/2009
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