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![]() greenisland Planète \EnvironnementLa ville idéale est-elle durable?Jusqu'au 22 mars, la fondation EDF diversiterre organise avec l'Institut pour la ville en mouvement une exposition très pédagogique sur le thème « Villes rêvées, villes durables »*. L'un des commissaires -avec Eric Charmes- l'urbaniste Taoufik Souami, nous parle de la difficulté à concilier nos attentes et le développement durable.
Comment les Français envisagent-ils la ville idéale ? Taoufik Souami : En fait, plutôt qu’une idée de ville idéale, les Français ont des fragments de rêves –et aussi de cauchemars- par rapport à la ville et à l’habitat. Dans les constantes, on note un fort désir de maison individuelle associée au « chez soi » isolé du monde, et à l’espace, au contact de la verdure : 80% des Français rêvent d’en avoir une. Moins connu peut-être, le désir d’être en ville, pour ses commodités et ses possibles : on souhaite pouvoir accéder à tous les commerces de proximité ainsi qu’aux lieux de vie culturelle et sociale, et ce même s’il l’on y va pas ou peu. On cherche aussi l’inattendu, le surprenant. Il y a donc ce paradoxe entre le souhait d’avoir le calme de l’habitat individuel et l’intensité de la ville. Ces rêves, notamment celui d’un habitat individuel, sont-ils compatibles avec le concept de ville durable ? Cela fait un siècle que les urbanistes essayent d’y répondre. Les « Cités jardins » d’Ebenezer Howard tentaient de concilier l’habitat individuel et les espaces verts, tout en les créant autour des gares pour favoriser la mobilité. Mais le concept a parfois été dénaturé –notamment en enlevant les gares, remplacées par la voiture- au point de devenir la « forme anti-urbaine » par excellence. L’exemple le plus extrême, avec une extension indéfinie de ces banlieues, est souvent symbolisé par Phoenix aux Etats-Unis. Nous présentons aussi dans l’exposition, un peu par provocation, les travaux de Le Corbusier mais en s’attachant surtout à en montrer les motivations, qui sont notamment en réaction à ce modèle américain excessivement consommateur d’espace. Au lieu de multiplier les m² de maisons individuelles avec petits jardins, il proposait dans ses « unités de voisinage » de superposer ces espaces individuels et de les entourer d’un grand parc commun. Mais ce concept là aussi a été perverti. Et aujourd’hui ? Aujourd’hui les idées sont plus ou moins les mêmes, ce qui montre soit qu’elles étaient modernes, soit que l’on ne s’est pas beaucoup renouvelé…La variable majeure d’ajustement a souvent été les transports et particulièrement la voiture, avec pour conséquence -je caricature- l’étalement urbain. Aujourd’hui, cette solution, pour des raisons sociologiques, écologiques ou politiques, n’est plus supportable. On estime qu’elle entre en contradiction avec la ville durable. De plus, on arrive au bout de l’équilibre de cette ville « classique » du XXème siècle car les gens n’en peuvent plus de passer 2 ou 3 heures dans les transports, en voiture ou dans les transports collectifs… Justement, pour réduire ces déplacements on met aujourd’hui en avant la ville dense. Est-ce pour autant la panacée ? La ville dense est effectivement souvent montrée comme La solution pour une ville durable mais la densité fait également peur aux habitants. Ce que nous essayons de montrer dans l’exposition, c’est d’abord que la densité est affaire de ressenti : Paris par exemple, avec ses larges boulevards haussmanniens bordés d’arbres est en fait plus dense que Tokyo que l’on associe pourtant aux grandes tours et aux foules traversant les rues. Nous présentons aussi des travaux contradictoires et, dont certains sont controversés, pour montrer toute la complexité du sujet. D’un côté, les chercheurs Newman et Kenworthy démontrent la corrélation entre la densité des villes et la consommation de carburants : moins une ville est dense et donc étendue comme aux Etats-Unis, et plus elle consomme d’énergie en raison des trajets en voiture. Cependant, d’autres chercheurs ont mis en évidence un « effet barbecue » ou « déplacements de compensation » : à partir d’une certaine densité, les habitants auraient tendance à fuir la ville pendant les week-ends et avec des moyens de transports très consommateurs d’énergie comme les avions… Avec ces arguments, nous avons voulu poser les termes du débat pour que la population puisse réellement s’en emparer. En tant qu’urbaniste, je me rends compte, dans les consultations publiques par exemple, qu’il y a un vrai déficit de culture urbaine et beaucoup de méconnaissance dans l’opposition, par exemple sur la problématique des tours… Peut on imaginer que les écoquartiers, qui se multiplient en France et dans le monde et que vous avez analysés dans un livre précédent*, préfigurent la ville durable de demain ? Pas tout à fait. D’abord, on ne résout pas les problèmes de la ville durable à l’échelle d’un quartier. Par exemple sur la question de l’eau, même si elle est souvent recyclée sur place, son cycle se développe à une échelle beaucoup plus large…Mais l’écoquartier est une locomotive, un accélérateur pour aller vers la ville durable. Pour le moment, il s’agit davantage de lieux, d’espaces tests où l’on essaye d’apprendre à la fois dans les domaines techniques, politiques, économiques et sociaux, et où l’on découvre la complexité de leur mise en œuvre. Aussi, même si tous les écoquartiers qui sont présentés comme tels n’en ont pas forcément toutes les caractéristiques, cela ne m’inquiète pas du tout car à ce stade, ce que l’on vise c’est davantage une amélioration. Dans les réflexions en amont, on arrive à se poser les bonnes questions : est ce que dans une commune de 5000 habitants par exemple, éloignée de la ville par 20 minutes de voiture, la question de la mobilité peut se régler avec des pistes cyclables ? Qu’est ce que veut dire la mixité sociale ? Est-ce qu’il suffit pour y arriver de coller deux immeubles avec des logements sociaux côte à côte ? Après, il faudra bien sûr se poser la question de l’évaluation… Justement, les premiers écoquartiers que vous avez visités sont ils efficaces ? Déjà, les évaluations ne sont pas encore systématiques et dans le cas où il en existe, elles sont plutôt techniques, orientées sur les performances énergétiques notamment. Nous manquons d’évaluations globales, notamment sur le plan économique et social. Ensuite, est-ce que les écoquartiers sont efficaces ? Pas tous. Mais en fait, ce n’est pas la question la plus intéressante aujourd’hui. Ce qu’il est intéressant d’analyser, ce sont les obstacles auxquels ils ont été confrontés et les compromis qu’il a fallut réaliser. Par exemple, certaines performances énergétiques des bâtiments ne sont pas forcément à la hauteur et parfois la mixité n’est pas suffisante - leur réussite a parfois contribué à faire augmenter les prix... Ce succès est pour l’instant visible surtout au niveau technique car ils ont accompli un saut qualitatif très important sur les gains énergétiques qui sont divisés en moyenne par 4 ou sur les déchets qui sont recyclés à 70% in situ. Sur la biodiversité en revanche, il faut avouer que c’est plus compliqué. Pour faire des quartiers encore plus durables, il faudra encore travailler sur les arbitrages et surtout ensemble : l’urbaniste devra collaborer autant avec l’assistante sociale qu’avec l’ingénieur de la voierie par exemple… *Voir aussi l’ouvrage qui en est tiré « Villes rêvées, villes durables ? », Eric Charmes et Taoufik Souami, Hors série Découvertes Gallimard, 2009. *Ecoquartiers. Secrets de fabrication. Analyse critique d’exemples européens, Les Cahiers de l’Info, Taoufik Souami, 2009. Exposition « Villes rêvées, villes durables ? », fondation EDF, 7 rue Récamier 75006 PARIS. Jusqu’au 22 mars puis en itinérant.
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