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Difficile aujourd’hui de leur échapper. Les perturbateurs endocriniens (PE), ces substances chimiques qui interfèrent avec les hormones naturelles de notre corps et donc son fonctionnement, sont présents partout : dans l’air, l’eau, le sol, les aliments, les médicaments ou les produits que nous consommons. Parmi les plus médiatisés, on trouve le distilbène, ce médicament prescrit chez les femmes enceintes jusqu’en 1977 et qui est à l’origine de malformations génitales ou de cancers du vagin chez leurs enfants ; le bisphénol A contenu dans le plastique de polycarbonate (les boîtes de conserve et les biberons avant que le Grenelle 2 ne l’interdise) ; la chlordécone, un pesticide utilisé dans le traitement des bananes aux Antilles ; mais aussi des conservateurs comme certains parabens qui rentrent dans la composition de cosmétiques ; ou des plastifiants, tels les phtalates que l’on peut retrouver dans les chaussures. En tout, plus d’une centaine de substances sont aujourd’hui incriminées et la liste ne cesse de s’allonger… Des signaux inquiétants pour la santé Depuis 20 ans, des milliers d’études ont été réalisées in vivo (chez les animaux) ou in vitro (sur les cellules) sur l’interaction entre les perturbateurs endocriniens, l’environnement et la santé, et dont un état de l’art était présenté au colloque sur les PE organisé par le réseau environnement santé (RES), le 14 septembre. Car ces substances sont aujourd’hui suspectées d’être « des éléments clés dans la compréhension de la pandémie de maladies chroniques que l’on voit aujourd’hui au niveau mondial », souligne André Cicolella, le président du RES. Selon les études présentées lors du colloque, ces perturbateurs endocriniens pourraient provoquer des problèmes à plusieurs niveaux : d’abord au niveau de l’appareil génital (malformation, troubles de la fertilité, de la différentiation sexuelle, puberté précoce, etc), du métabolisme (obésité, maladies de l’intestin…), du système immunitaire, ou du cerveau (troubles du comportement, de la mémoire, autisme, etc.). Ils favoriseraient aussi l’apparition de cancers, principalement du sein, de la prostate ou des testicules. Et ces effets se feraient non seulement sentir sur le long terme mais aussi sur plusieurs générations… Face à de tels signaux d’alarme, le réseau environnement santé (RES) insiste sur la nécessité de changer de paradigme dans l’évaluation des risques sanitaires et environnementaux. « Il y a trois arguments majeurs qui viennent appuyer cette demande : le fait que la période de toxicité soit la plus élevée en phase périnatale, qu’une faible dose produise parfois plus d’effets qu’une forte dose, et qu’il y ait un effet cocktail. Mais cela oblige la communauté scientifique à remettre en cause pas mal de dogmes », explique André Cicolella. Pour lui, le cas du Bisphénol A (BPA) est à cet égard emblématique : c’est le politique, par le biais des sénateurs puis de la loi Grenelle 2, qui a pris la décision d’interdire la fabrication et la commercialisation des biberons contenant du bisphénol A alors que dans son avis sur le BPA, l’Agence française de sécurité sanitaire Afssa (aujourd’hui Anses), sans exclure le risque sur la santé, ne demandait pas de mesures particulières avant d’avoir le résultat d’études complémentaires. Faut-il faire jouer le principe de précaution ? « Ce n’est plus un problème scientifique, c’est un problème politique de santé publique », insiste le professeur de biologie cellulaire de l’université Tufts (Boston, USA), Ana Soto. Pour cette scientifique, l’une des premières à avoir travaillé sur le sujet, les études réalisées sur les animaux ou sur les cellules sont suffisantes et leurs résultats assez préoccupants pour se décider à prendre des mesures au nom du principe de précaution, sans attendre de preuves épidémiologiques irréfutables chez l’homme. « Nous avons observé que le distilbène produisait des cancers chez le rat dès 1981 mais il a fallu attendre 2006 pour voir apparaître les prmiers cancers du sein chez les femmes exposées in utero...Faudra-t-il aussi attendre 25 ans pour légiférer sur le bispenol A alors qu'on voit déjà les effets (cancers, troubles du comportement, de la reproduction, etc) sur les souris? », s'inquiète Ana Soto. Pourtant malgré les études et les alertes, sur le terrain, les médecins eux-mêmes ne prennent pas suffisamment en compte ces facteurs de risques, estime Patricia Cartigny. Pour cette gynécologue qui voit défiler de plus en plus de femmes porteuses du cancer du sein dans son cabinet de Nancy, « il y a une dénégation de la réalité qui est catastrophique. On sait depuis des années que la période de grossesse est particulièrement sensible, par exemple qu’il ne faut pas que la femme enceinte mange de poisson gras car ils peuvent contenir des perturbateurs endocriniens mais les gynécologues se focalisent toujours sur la listériose, c’est disproportionné ! » La sonnette d’alarme sera-t-elle finalement tirée par le corps politique ? Avant la France, le Canada et huit états des Etats-Unis, ont par exemple interdit les biberons au bisphénol A. Et le sénateur démocrate John Kerry a déposé en décembre 2009 un projet de loi devant le Congrès pour autoriser l’Institut national des sciences de la santé environnementale (NIEHS) à conduire un programme de recherche sur la perturbation du système endocrinien, et à terme, réduire l’exposition aux substances chimiques qui peuvent nuire au développement de l’enfant. Le texte est particulièrement ambitieux puisqu’il demande de reconnaître que « pour protéger l’embryon, le fœtus et le nourrisson pendant leurs phases de développement les plus vulnérables, le corps des parents doit être exempt de perturbateurs endocriniens avant la conception, pendant la gestation et durant la lactation ». En France, le gouvernement s’est engagé à faire un point parlementaire en janvier sur l’ensemble des plastiques contenant du bisphenol A pour décider de l’opportunité d’une nouvelle règlementation. D'ici là, un rapport de l'Anses (agence nationale de sécurité sanitaire de l'alimentation, de l'environnement et du travail) devrait être publié sur le sujet. Pour Gérard Bapt, le président du groupe d’études « santé environnement » à l’Assemblée, « il y a certainement des prolongements législatifs à apporter, que ce soit sur le plan national santé environnement, les budgets de missions santé, la pharmacovigilance, la façon dont les agences traitent le problème, ou l’étiquetage pour l’information et la transparence des produits… »
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