La France veut montrer sa transparence face à la menace nucléaire japonaise

Planète \Environnement

Publié le 18-03-2011

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Assemblée nationale

Alors que les graves accidents de la centrale de Fukushima ont relancé avec intensité le débat français sur le nucléaire, toute la filière était réunie hier à l'Assemblée nationale avec les ministres de l'Ecologie et de l'Energie en charge du dossier. Une sorte « d'opération transparence » alors que le gouvernement a réitéré son engagement dans le choix du nucléaire.

Transparence. C’était le maître mot de la réunion d’urgence suite aux évènements japonais, organisée le 16 mars à l’Assemblée nationale entre parlementaires, acteurs du nucléaire (IRSN, ASN, CEA, Areva, Edf, Haut Comité pour la transparence et l’information sur la sécurité nucléaire) et les deux ministres en charge du dossier, Nathalie Kosciusko Morizet à l’Ecologie et Eric Besson à l’Energie. Une réunion ouverte à la presse et retransmise sur France 3 et LCP, pour « qu’elle soit accessible au plus grand nombre ». Pas question en effet pour la France de se faire accuser de réitérer l’erreur de Tchernobyl où, contrairement aux mesures prises par ses voisins européens, l’on se souvient que le gouvernement avait maintenu pendant des semaines que le nuage radioactif n’avait pas franchi les frontières de la France...

Déjà, en début de semaine, le Premier ministre avait affirmé qu’« aucune question sur le nucléaire ne serait éludée ». Cette fois Eric Besson a insisté sur « l’effort de transparence manifeste depuis samedi avec l’ASN (autorité de sûreté nucléaire) et l’IRSN (institut de radioprotection et de sûreté nationale) qui informent sans relâche. Toute l’information que nous avons, nous la donnons. Nous ne travestissons aucune réalité », a-t-il insisté. Des informations que les autorités nucléaires n’ont cependant que par le bais d’une « batterie de sources allant de nos homologues à l’étranger à l’attaché nucléaire de l’ambassade française au Japon ou un ancien commissaire de la Nuclear Safety commission. Nous nous gardons comme la peste de nous fonder sur des rumeurs », explique André-Claude Lacoste, le président de l’ASN.

De nombreuses questions sur la sûreté de nos centrales

Cette opération transparence est également essentielle pour Areva, qui fournit sa technologie dans le monde entier : « en tant qu’industriel, nous allons avoir besoin de reconstruire la confiance sur le sujet. Il s’agit d’un enjeu clé pour l’avenir de notre industrie », comme l’a ainsi reconnu sa présidente, Anne Lauvergeon. Il n’était qu’à voir la teneur des questions soulevées par les parlementaires, en majorité orientée sur la question de la sûreté des centrales, particulièrement en France. Le problème inquiète évidemment les Français car avec nos 58 réacteurs répartis sur tout le territoire, nous sommes tous à environ 200 kms d’une centrale. Or, nos centrales ne sont pas fondamentalement différentes des japonaises. Les leurs sont à eau bouillante, les nôtres à eau pressurisée : « ce sont des réacteurs cousins, reconnaît Nathalie Kosciusko Morizet. Le seul qui soit réellement différent est l’EPR qui a une double enceinte de protection ». Pour Jacques Repussard, le directeur général de l’IRSN, « il existe tout de même une différence au bénéfice des installations françaises : dès leur conception, le Commissariat à l’Energie Atomique avait exigé qu’une turbine fonctionnant avec la vapeur puisse fonctionner en cas d’ultime recours pour permettre de faire fonctionner le circuit de refroidissement sans électricité ». Or, comme nous le montre le cas japonais, « la question qui se pose aujourd’hui n’est pas tant la résistance aux séismes ou au tsunami,  mais de restaurer la capacité de refroidissement en moins de 24 heures ».

Quel risque de contamination en France ?
Toutes les autorités se montrent rassurantes sur ce point. Pour tenir informée la population, l’Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire a ainsi mis en place 163 balises d’alertes pour surveiller la radioactivité du territoire qui sont consultables en temps réel. Certes, « si l’on va au bout du scénario catastrophe, l’accident nucléaire de Fukushima pourrait entraîner des retombées radioactives jusqu’en France métropolitaine » car des particules radioactives pourront être détectées sur toute la planète mais « à des niveaux ne posant pas de problème sanitaire », affirme la ministre de l’Ecologie Nathalie Kosciusko-Morizet, confirmée par le président de l’Autorité de sûreté nucléaire, André Claude Lacoste.  Les territoires d’outre mer du Pacifique (Polynésie française, Nouvelle Calédonie, Wallis et Futuna), situés plus près du Japon, devraient également être épargnés pour la plupart car les retombées radioactives restent généralement dans le même hémisphère. Le territoire français le plus impacté pourrait alors être Saint Pierre et Miquelon car les vents de l’hémisphère nord allant généralement de l’ouest vers l’est, les particules radioactives devraient passer d’abord par le Pacifique et les Etats-Unis, mais il faudra déjà que le nuage parcourt 7000 kms environ. A titre de comparaison, la France est située à 2000 kms de Tchernobyl.

Certes, mais la question de la résistance aux risques sismiques et d’inondation de nos centrales est aujourd’hui posée. On pense notamment à Fessenheim, la plus vieille des centrales française construite en 1978 sur une zone sismique et dont les écologistes demandent la fermeture ou à celle de Blayais dont le sous sol avait été inondé après l’inondation du 27 décembre 1999 et où les experts reconnaissent avoir, à l’époque, sous estimé le risque…Depuis 2003, l’Observatoire du nucléaire mené par l’association « Sortir du nucléaire », estime ainsi qu’EDF, avec la complicité de l’ASN, aurait « falsifié des données sismiques pour s’éviter des travaux onéreux, pourtant indispensables pour la sûreté nucléaires ». Faux, rétorquent de leur côté les deux entités incriminées. Des travaux ont été faits depuis et sont encore en cours, notamment à Fessenheim. « Le risque sismique est traité de façon extrêmement sérieuse en France, déclare le président de l’ASN. D’abord on évalue l’importance du risque en regardant notamment les séismes qui ont eu lieu historiquement comme celui de Bâle en 1356 mais aussi les paléo-séismes. Ensuite, on sélectionne le plus important et on prend l’hypothèse de le placer là où il ferait le plus de dégâts, puis on multiplie la puissance de ce séisme par 5. L’installation doit résister à ça. Ensuite on réévalue ce risque en fonction des nouvelles connaissances. Mais nous sommes tout à fait disposés à revisiter tout cela », explique-t-il.

Un audit sur l’évaluation des risques pour chaque centrale

Le gouvernement s’est engagé à contrôler toutes les centrales, en réalisant une évaluation qui se focalisera sur 4 points : les risques sismiques, d’inondations, de rupture des moyens de refroidissement et les outils qui permettent de faire face à une situation extrême, telle la fusion des réacteurs. « Les résultats seront rendus publics et les prescriptions de l'ASN seront systématiquement prises en compte. Nous tirerons tous les enseignements de la catastrophe de Fukushima », a ainsi précisé Eric Besson. Un audit qui semble satisfaire l’ensemble des groupes parlementaires excepté les Ecologistes, qui demandent toujours la sortie du nucléaire et un référendum sur la question. D’ici peu, le Comité directeur pour la gestion de la phase post-accidentelle nucléaire ou d'urgence radiologique (CODIR-PA) devrait par ailleurs donner ses recommandations.

Des propos rassurants mais qui sont encore loin de convaincre les associations environnementales, qui, elles, n’avaient pas été invitées au débat. Ni d'ailleurs la Criirad, la Commission de radioprotection et d'information indépendante sur la radioactivité justement créée en 1986 pour faire la vérité sur Tchnernobyl qui dénonce encore régulièrement les données radioactives délivrées par les autorités en France et qui juge aujourd'hui que les informations délivrées par le Japon sont insuffisantes, a regretté le député Verts Yves Cochet. Selon lui en effet, la transparence est loin d'être de mise lors des incidents nucléaires français comme celui de Cadarache en 2008 et cette réunion est une "opération politique" du gouvernement pour montrer que le nucléaire français n'est pas comparable au nucléaire japonais... Par ailleurs, alors qu’au niveau européen, le commissaire à l’énergie, Günther Oettinger a affirmé que les réacteurs nucléaires de l’Union n'étaient peut être pas tous à la hauteur des plus hautes normes de sécurité, Eric Besson s’est dit « surpris et choqué par ces déclarations qui sont de nature à inquiéter nos concitoyens et à jeter le discrédit sur une industrie »…

Béatrice Héraud
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