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Vous avez dit immeuble bio ?

Immeuble bio, l'appellation intrigue, surtout quand elle est employée par l'un des leaders français de la promotion immobilière, Nexity, pour désigner son dernier projet, un immeuble d'habitation qui devrait voir le jour à Courbevoie en 2005.

Un immeuble "bio" va voir le jour à Courbevoie, en 2005. Cette étiquette désigne en fait une démarche Haute Qualité Environnementale (HQE). Moins révolutionnaire qu'il n'y paraît, l'initiative de Nexity, leader français de la promotion immobilière, met en avant l'intérêt grandissant des constructeurs et des consommateurs pour l'environnement. L'entreprise présente ce projet comme le début d'une longue série : "Ce n'est pas un immeuble expérimental, prévient d'emblée Jean-Paul Viguier, architecte et maître d'œuvre du futur immeuble bio. Nous n'avons pas recours à de nouveaux matériaux ou technologies, nous utilisons intelligemment ce qui existe à l'heure actuelle, au service d'une réflexion innovante : améliorer le rapport de l'usager à son appartement, et de l'immeuble à son environnement."


Préservation des ressources naturelles et économies d'énergie


Pendant la construction, des mesures de précautions seront prises sur le chantier, conformément à la HQE : nuisances sonores atténuées par des palissades, tri des déchets renforcé (le secteur du bâtiment en produit 20 millions de tonnes par an, soit la totalité de nos poubelles ménagères !), recours à un béton auto plaçant pour éviter les effets de vibrations,  camions veillant à nettoyer leurs roues avant de quitter le chantier, ouvriers mieux protégés du bruit...
Des considérations écologiques ont aussi été prises en compte dans la conception des appartements. Des panneaux photovoltaïques vont être installés sur le toit (12 m2), et permettront de fournir l'électricité nécessaire pour éclairer les parties communes (hormis l'ascenseur). Une récupération des eaux de pluie, à hauteur de 800 m3 par an, devrait permettre d'alimenter 30 à 40 % des chasses d'eau. Les cuisines, elles, seront dotées d'une poubelle, contenant trois bacs facilement accessibles pour le tri des ordures ménagères.
Pour un "habitat plus sain", Jean-Paul Viguier explique qu'un système de purification d'air sera installé et que les isolants utilisés ne contiendront ni solvants ni fibres. Pour éviter les problèmes d'acariens, la moquette sera bannie.


Récupération commerciale de l'écologie ?


L'intérêt grandissant du secteur traditionnel du bâtiment pour l'écologie ne tombe pas par hasard. Les accablantes découvertes liées à l'amiante, ou au plomb, les inquiétudes liées à l'utilisation d'isolants fibreux tels que la laine de Roche, les appels à la prévention en terme de pollution, de traitement et de réduction des déchets... tout concoure à responsabiliser une activité dont l'impact environnemental est immense. L'habitat consomme le quart des énergies en France, et est responsable du quart des émissions de gaz à effet de serre.
S'agit-il d'un simple effet de mode ? Alain Dinin, président du directoire de Nexity, semble convaincu du contraire, "Nous devrions construire 10% de logements de cette façon dans trois ans, et j'espère que dans 10 ans toutes nos réalisations seront faites selon ces principes." Un souhait auquel Jean-Paul Viguier apporte un bémol. "On ne peut pas vraiment prévoir le marché. Le bâtiment que nous construisons présente un surcoût de 10 à 12 %, que nous n'allons pas répercuter sur le prix de vente de cet immeuble, car il s'agit d'un projet d'innovation. Mais dans le futur, les gens seront-ils prêts à payer cette différence de prix pour des arguments écologiques ? "


Inquiétude des spécialistes de l'éco-construction


La construction traditionnelle commencerait-elle à lorgner du côté de la construction écologique ? "Non, modère Jean-Paul Viguier, nous nous intéressons à des principes écologiques, nous ne faisons pas de l'écologisme, c'est-à-dire que nous ne nous présentons pas comme des militants." Une précision jugée "honnête et essentielle" par Eric Audoye, architecte et président de Bâtir sain, association fondée en 1984 pour faire connaître et encourager la construction écologique.
Très inquiet de ce qu'il désigne comme "une récupération commerciale de l'écologie, grâce à une communication spectaculaire", Eric Audoye rappelle qu'il faut rester vigilant sur la sémantique utilisée et ce que l'on met derrière. "On parle de HQE, mais dans la mesure où la HQE n'est pas réglementée, tout le monde dit " c'est mieux que rien." C'est la culture du minimum. Les entreprises remplissent trois ou quatre critères, en étant au-dessus de ce que demande la législation, ce qui en France n'est pas bien difficile vu que celle-ci n'est, soit pas respectée, soit peu exigeante. On tombe ici dans le piège de la norme. Il serait plus intéressant de prévoir un système progressif, HQE 1, HQE 2..., avec des subventions incitatives en fonction des efforts réalisés."


Et la responsabilité sociale du bâtiment ?


Pour Eric Audoye, si les quelques finitions "tape-à-l'œil" dans le second œuvre relèvent bien de préoccupations écologiques, le problème reste : ce type de projet ne rejoint en rien une démarche écologique, à commencer par le recours au béton. "Pour produire du béton, il faut beaucoup d'énergie et ce matériau, non respirant, empêche une circulation optimale de l'air. On a beau mettre de belles peintures bio dessus, il est responsable de l'air de plus en plus vicié constaté dans les appartements. Il faudrait avoir recours à la pierre, à la brique... qui demande des gens qualifiés, souvent sans travail en France. Socialement, le recours au béton est aussi une catastrophe, quand on voit le marasme dans lequel est le bâtiment, rongé par le dumping social et la sous-traitance. On fait appel à de la main-d'œuvre pas chère et étrangère, bassement qualifiée, juste bonne à poser des matériaux prêts à l'emploi importés."
Le plus inquiétant, note Eric Audoye, c'est que "nous, éco-constructeurs, nous sommes encore plus marginalisés par l'émergence de la norme HQE." Leurs revendications, pour une approche globale de l'impact social et environnemental du bâtiment, passent pour "enquiquineuses" à côté de la HQE. Pour tout le monde, cette dernière, qui sensibilise sur l'environnement, est déjà un effort important concédé par le secteur de la construction. "Un effort certes, reconnaît Eric Audoye, mais c'est l'effort du moins-disant pour l'instant !"

Sylvie Touboul
Mis en ligne le : 19/11/2003
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