Les industriels des matériaux de construction alertent sur les allégations environnementales

Planète \Environnement \Habitat

Publié le 22-06-2006

Partagez : Partager


Depuis quelques mois, l'AIMCC, association regroupant l'essentiel des industries de produits de construction, alertent les professionnels sur les produits dits écologiques, naturels, sains... sans fondement probant selon elle. Dans un communiqué intitulé Produits sains, écologiques... parlons éthique, l'AIMCC (Association des Industries des Matériaux de Construction) rappelle que depuis 2004, des industriels et des syndicats professionnels proposent des Fiches de Déclarations Environnementales et Sanitaires (FDES) décrivant les performances de leurs produits : impact sur le changement climatique, consommation d'énergie renouvelable, non renouvelable, déchets dangereux éliminés, réduction des déchets, etc. Ces FDES sont conformes à la récente norme NF P 01-010, destinée à généraliser les démarches de qualité environnementale dans le secteur du bâtiment. Présentation et analyse avec Pierre Troadec, président de la commission environnement de l'AIMCC.


Pourquoi l'AIMCC a t-elle alerté les acteurs de la construction sur les déclarations environnementales liées aux produits ?


Pierre Troadec : Nous constatons un grand battage médiatique autour des produits annoncés sains, naturels ou écologiques alors nous avons voulu rappeler qu'à ce jour, il n'existe aucune définition claire et partagée sur ce qu'est un produit naturel, sain ou écologique. Il ne peut donc s'agir que d'allégations arbitraires. En revanche, il existe depuis 2004 une norme homologuée qui fournit un cadre commun aux professionnels pour livrer des informations objectives sur les performances environnementales et sanitaires de leurs produits. Elle offre une base non biaisée de discussion et de comparaison. Il nous a semblé important de clarifier les choses.


Les Fiches de Déclarations Environnementales et sanitaires (FDES), qui existent à ce jour pour 61 familles de produits, sont consultables gratuitement sur le site dédié INIES. Comment sont établies ces fiches ?

Pierre Troadec : Au départ, pour établir ces fiches, et ce dans une démarche volontaire, les fabricants ont fait appel à des consultants spécialisés dans les analyses de cycle de vie. Aujourd'hui, certaines entreprises ont choisi de se doter de logiciels permettant de réaliser ces analyses. Cela a un coût, qui se chiffre en dizaine de milliers d'euros, car même en interne, il faut du personnel dédié pour collecter les informations et les traiter. Mais il existe des aides de l'ADEME, ou encore du ministère de l'Agriculture. On a par exemple des producteurs de chanvre qui travaillent sur l'établissement de telles fiches.


Quel crédit peut-on accorder à ces fiches qui sont volontaires et auto-déclaratives ?

Pierre Troadec : C'est une question qui est soulevée par certains acteurs de la construction, car aujourd'hui, les fiches sont en effet réalisées sous la seule responsabilité des fabricants. Certains réclament donc la vérification par un tiers de ces fiches, pour attester que la méthodologie recommandée par la norme a été respectée, que les informations sont fiables et représentatives. L'Afnor travaille actuellement au "Programme FDES" pour répondre à cette demande.


Cela signifie t-il que le secteur bâtiment se sent de plus en plus concerné par l'impact de son activité ?

Pierre Troadec : Il est indéniable que ces fiches servent d'émulation. Un constructeur, en découvrant les performances environnementales de produits concurrents, sera tenté d'améliorer celle de ses propres produits, et donc de mettre en place l'éco-conception. Maintenant, le choix des produits permet de contribuer à maîtriser l'impact d'un bâtiment sur l'environnement, mais ce n'est pas le seul paramètre, car dans le cycle de vie d'un ouvrage (conception, réalisation, exploitation, entretien et fin de vie) la phase d'exploitation concentre à elle seule environ 80 % des impacts environnementaux. Le rôle des utilisateurs n'est donc pas négligeable.


A l'instar de l'association HQE dont vous êtes membre, vous estimez qu'il ne peut y avoir de liste de produits "écologiques". Alors comment s'utilisent ces fiches ?

Pierre Troadec : Elle doivent permettre aux professionnels de la maîtrise d'ouvrage et de la maîtrise d'œuvre, notamment aux architectes, qui veulent conserver la liberté du choix des matériaux, de répondre à la demande croissante d'ouvrages certifiés "Démarche HQE". Il nous paraît gênant d'exclure un produit au prétexte qu'il ne serait pas "écologique". Par exemple, pour réaliser des panneaux photovoltaïques, source d'énergie renouvelable, on a besoin de substances chimiques, peu appréciées. Il faut donc en permanence faire des arbitrages et considérer que la véritable échelle de comparaison d'un produit de construction est son usage dans l'ouvrage. L'écologie est selon nous un paramètre de plus dont le maître d'œuvre va tenir compte pour atteindre ses objectifs, mais après la performance technique qui elle-même tient compte du critère économique.


Quelle sont les perspectives pour ces fiches de déclarations environnementales et sanitaires ?

Pierre Troadec : Dans deux ou trois ans, il sera possible de bâtir tout un immeuble avec des produits disposant tous de FDES. L'objectif fixé par le Plan national Santé Environnement (PSNE) de juillet  2004 est d'atteindre le seuil de 50 % des produits de construction disposant de FDES d'ici 2009.
Propos recueillis par Sylvie Touboul
© 2006 Novethic - Tous droits réservés
Partagez : Partager

Articles sur le même thème


Liens utiles

Rendez-vous sur Facebook Suivez-nous sur Twitter Rendez-vous sur Facebook Rendez-vous sur Facebook
Le Centre de Recherche
ISR
» A propos de l'ISR
» Les études ISR
» Le Label ISR Novethic
» La liste des fonds ISR
» L'Essentiel de l'ISR
RSE
» A propos de la RSE
» Les études RSE
» Repères RSE
Conférences
» Les débats thématiques
» Le colloque annuel
English
» Studies and Events
Outils
» Formations développement    durable
» Bibliographie
» Glossaire
Presse
http://www.photovoltaique-expo.com/