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Faire une bonne politique climatique, c’est également faire une bonne politique sociale », résume Manuela Rottmann, adjointe à la Maire de Francfort, chargée de l’environnement et de la santé publique. « Car les ménages qui sont le plus et le plus vite affectés par la hausse des prix à l’énergie sont les ménages modestes ». Active dans la lutte contre le réchauffement climatique depuis plus de 15 ans, la ville de Francfort a systématisé depuis son action. Elle s’est fixée comme objectif de réduire ses émissions de 10% tous les cinq ans, et pour ce faire, a lancé une palette de mesures centrées sur les économies d’énergie et l’efficacité énergétique dans le bâtiment. Ces mesures concernent autant des mesures techniques, comme la construction de centrales à cogénération (120 actuellement) ou de thermie solaires (680), que des mesures dites « indirectes », mêlant campagnes de sensibilisation et formation du personnel administratif. Surtout, la ville applique de manière systématique les standards de construction passive dans le patrimoine immobilier communal. Commencé début 2000 avec la construction de logements individuels, le programme s’est ensuite étendu vers la rénovation thermique des logements sociaux et des écoles. Ce parti pris permet aux élus de la ville de réduire les émissions d’un secteur fortement émetteur, tout en améliorant la qualité de vie des habitants. Moteur communal Les locataires des logements sociaux de la Tevesstraße figurent parmi les premiers bénéficiaires du programme social de rénovation thermique. Construite dans les années cinquante, cette barre d’immeubles est plantée en plein Gallus, le quartier populaire de la ville. Un univers à mille lieux du célèbre éco-quartier Vauban de Fribourg. « Ca, c’est un vrai luxe », se réjouit Susanne Bauer, une habitante de la Tevesstraße. Locataire d’un quatre-pièces avant les travaux de rénovation en mode passif, achevés en 2006 après deux ans de travaux, cette mère célibataire en apprécie pleinement le confort…et la baisse des charges de chauffage. « Avant les travaux de rénovation, il était impossible d’avoir un appartement entièrement chauffé, alors qu’en même temps, les charges ne faisaient qu’augmenter », rapporte cette infirmière. A la Dena, l’Agence allemande à l’énergie, on explique que la consommation d’énergie à la Tevesstraße est passée de 20 litres de fioul par mètre carré et par an…à 1,8 litre (soit 18 Kwh/m2/a). L’agence a accompagné ce projet pilote en coopération avec les centres de recherche Fraunhofer-Institut, l’IWU et le désormais célèbre Passivhaus Institut de Darmstadt, l’institut à l’origine du concept de la construction passive. Depuis, le programme de rénovation et de construction en mode passif s’étend, via le constructeur immobilier communal, la ABG Holding. Sur un parc immobilier qui compte près de 50 000 unités, plus de 800 logements ont été construits, rénovés ou sont en passe de l’être en mode passif depuis les premiers coups de pelle il y a huit ans. « Nous finançons nos projets uniquement par le bénéfice généré par nos activités », précise Roland Frischkorn, de la ABG Holding. En 2007, il se montait à 30,8 millions d’euros pour un chiffre d’affaire de 1,6 milliards. Le constructeur souligne par ailleurs la réduction significative des frais d’entretien du parc immobilier depuis l’utilisation systématique du standard Passivhaus, « un avantage dont bénéficie également nos locataires ». Cerise sur le gâteau, Francfort recevra 170 millions d’euros des 13 milliards débloqués par Berlin dans le cadre du plan de relance destinés à financer des projets d’investissement dans les communes. Une majeure partie sera consacrée à la construction, en mode passif, de nouvelles crèches et écoles maternelles. Visites C’est un consensus parmi les acteurs communaux : l’extension des standards passifs dans les projets immobiliers n’aurait pu avoir lieu sans le bureau à l’énergie de la ville de Francfort. Créée il y a vingt ans, l’ « Energiereferat », composé d’ingénieurs et de techniciens, joue un rôle de conseil et d’accompagnement essentiel. « Une expérience de vingt ans est incomparable avec un travail de consultants extérieurs », relève Manuela Rottmann. Comment est perçue la politique climatique de Francfort chez les experts allemands ? « Exemplaire » est le qualificatif qui revient le plus souvent dans le bilan carbone de la ville dressé par l’institut Ifeu d’Heidelberg : mesures mises en œuvre, organisation administrative, programme de sensibilisation dans les écoles, bref, autant d’aspects positifs qui conduisent Francfort à se situer « à l’avant-garde communale de la lutte contre le réchauffement climatique en Allemagne ». L’adjointe à l’environnement reçoit régulièrement des délégations venues d’Allemagne ou d’ailleurs en Europe, venues s’informer sur place des programmes mises en place. Dernière en date, une délégation de Paris et de sa région.
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