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Si l’atmosphère reste tendue au sein du Grenelle, le MEDAD, lui, se félicite du « succès » des débats en région et de la participation des citoyens au forum internet. « 14 259 contributions ont été déposées et vous avez été plus de 300 000 à vous rendre sur le site Internet www.legrenelle-environnement.fr pour vous informer et suivre les débats », a souligné Jean-Louis Borloo, ajoutant que « les débats en région ont rencontré le même succès ». Chaque réunion régionale a rassemblé entre 1000 et 1500 personnes, moins pour le Havre et Besançon qui ont réuni 700 à 800 personnes environ. Pour autant, la précipitation du processus, le manque de clarté sur le fond et la forme ont brouillé la lisibilité du Grenelle et de ses mesures phares. Par ailleurs, la dernière ligne droite du processus a été marquée par plusieurs conflits d’ordre idéologique, venus parasiter les débats. Le rapport Syrota sur la politique énergétique française, qui remet en cause l’objectif « facteur 4 » d’une part, et le rapport Attali sur la mondialisation, d’autre part, qui recommande « l’abandon du principe de précaution », censé « freiner la croissance et l’innovation ». Cette position aussitôt jugée « réactionnaire » par la secrétaire d’état en charge du développement durable, Nathalie Kosciusco-Morizet (elle avait défendu l’entrée de ce principe dans la Charte de l’environnement), continue à être tenue par la commission Attali. «Il s'agirait d'une vraie rupture - plus audacieuse - dans l'approche de l'économie, par rapport à la politique de Chirac qui avait décidé d'inscrire le principe de précaution dans la Constitution », a ainsi affirmé l'un de ses membres. A l’approche des négociations, la bataille de lobbies bat son plein. Les ONG se battent sur le contenu mais aussi sur la stratégie. Greenpeace et WWF ont ainsi organisé, lundi 22 octobre à Paris, une rencontre médiatisée entre leurs deux directeurs internationaux (Jim Leape, pour le WWF International, et Gerd Leipold pour Greenpeace International) et Nathalie Kosciusko-Morizet, la secrétaire d’état à l’écologie. L’objectif affiché était de rappeler, avant la dernière ligne droite, la nécessité pour la France de devenir un leader environnemental. « La France a peut-être l’occasion de rattraper son retard sur les sujets environnementaux » explique Gerd Leipold. « Le fait que le numéro deux du gouvernement soit en charge du développement durable est en soi intéressant mais nous attendons des décisions fortes. Or j’ai l’impression que ce gouvernement veut faire ce qui est possible pas ce qui est nécessaire pour lutter contre le changement climatique. » Le directeur du WWF n’est pas en reste sur la nécessité d’agir globalement et vite. « Nous discutons depuis des années sur ces sujets, si ce processus ne tient pas ses promesses, ce sera une tragédie ! » conclut Jim Leape.
Calendrier contre sondage
Dans le même temps, la dernière version du document de travail sur le Grenelle, publiée en fin de semaine dernière, fait l’objet de controverses entre le gouvernement et les ONG. « L’Alliance pour la planète constate les progrès notables dans la rédaction de ce texte mais reste sur sa faim : les modalités des négociations mais surtout le contenu opérationnel accompagnant les objectifs affichés manquent toujours à moins d’une semaine de l’événement», expliquent les ONG, qui craignent que la phase finale se transforme en nouveau groupe de travail où chacun va réaffirmer ses positions, laissant au seul Président de la République le soin de choisir « le paquet final ». Lors d’une conférence lundi 22 octobre, le porte-parole de Greenpeace Yannick Jadot a émis de sérieux doutes sur la tenue des négociations, qui devraient s’achever jeudi après-midi par une déclaration solennelle de Nicolas Sarkozy. Les ONG craignent en effet que les décisions soient prises en dehors de toute négociation avec les collèges du Grenelle.
Un moratoire sur les incinérateurs ?
C’était l’un des échecs annoncés du Grenelle. Les ONG demandaient en effet un moratoire sur la construction de nouveaux incinérateurs, proposition battue en brèche par le Medef, l’Etat, et l’Ademe. Or, la "Plateforme nationale du corps médical dont font partie le Conseil national de l'Ordre des médecins et les principaux syndicats de praticiens, vient de demander "un moratoire concernant la construction de nouveaux incinérateurs". "L'incinération produit des centaines de substances toxiques qui s'échappent dans l'atmosphère",souligne le professeur Dominique Belpomme, cancérologue à l'hôpital Georges-Pompidou de Paris et initiateur d el'Appel de Paris. "Le corps médical ne lâchera pas le morceau", a-t-il ajouté.
Fourbissant leurs armes, les ONG de l’Alliance publient un sondage réalisé par l’Institut CSA, dont les résultats viennent renforcer leurs revendications. 96% des personnes interrogées estiment en effet qu’en matière énergétique, il est prioritaire de réaliser des économies d’énergie, 94% de développer les énergies renouvelables et seulement 35% de développer l’énergie nucléaire. Idem pour l’agriculture : seulement 14% estiment qu’il est prioritaire de développer les OGM, contre 78% pour le développement de l’agriculture biologique et 91% qui estiment prioritaire de réduire de 50% en 10 ans les pesticides. Enfin, l'Alliance pour la planète appelle, mardi 23 octobre, les Français à « éteindre la lumière chez eux et dans les bureaux pendant cinq minutes entre 19h55 et 20h00 » afin "d'envoyer un signal fort au Grenelle de l'environnement". Elle renouvelle ainsi l’opération lancée en février dernier, au moment où les experts du GIEC rendaient leur rapport scientifique à Paris. L'opération, baptisée "5 minutes pour la planète", avait alors connu un certain succès en provoquant une chute significative de la consommation d'électricité, équivalant à plus de 1% de la consommation totale en France, soit la consommation de l'éclairage et des appareils en veille d'environ 3 millions de ménages. Autre action des ONG, commune cette fois-ci avec les syndicats, pour défendre une politique « alternative des transports » : plusieurs centaines de militants syndicaux et écologistes ont occupé, lundi matin, la barrière de péage de Chamant-Senlis sur l’A1, à 40 km de Paris. « Un geste fort sur un lieu symbolique des excès du transport routier, organisations écologistes et syndicales affichent leur unité et appellent à une rupture de la politique de transports en France : moins de trafic routier, priorité au fret ferroviaire et au transport fluvial », expliquent l’Alliance pour la Planète, FNE, la Fondation Nicolas Hulot, la CGT, FO, FNAUT, consofrance et la CFDT.
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