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Mis en ligne quotidiennement, les témoignages des ONG participant aux travaux du Grenelle de l’environnement font état d’une certaine perplexité, voire d’une grande méfiance, à l’égard des travaux menés. « Les réunions ont commencé lundi et ce qui ressort, c’est d’abord un grand flou : pour la plupart des groupes, le périmètre de travail est tellement ouvert que certaines thématiques comme les OGM ou les agrocarburants sont traités dans plusieurs groupes, ce qui va rendre le travail plus complexe. Pire, la méthode n’est pas définie : impossible de débattre sur le fond et d’aboutir à des propositions concrètes avec 50 personnes autour de la table », explique ainsi Anne Bringault, directrice des Amis de la Terre sur le blog « Grenellorama ». Rappelons que le principe du « Grenelle » veut que les groupes de travail soient scindés en 6 collèges différents (ONG, Etat, salariés, collectivités locales, employeurs et personnes morales associées), soit au total un cinquantaine de membres autour de la table des négociations… D’où des questions en suspens quand au résultat final : « Allons-nous procéder par vote ? Si oui, quelle sera la règle ? Les groupes de travail doivent-il au final proposer un catalogue des dizaines de propositions qui auront émergé de tous les collèges ? Si oui, comment pourrions-nous avoir une vraie négociation, en octobre, sur la base d’un nombre aussi important de mesures ? Est-ce que le ministère de l’Ecologie ne va pas profiter de ce flou pour faire sa propre sélection ? » demande Anne Bringault. Directrice du Centre national d’information indépendante sur les déchets (CNIDD), Florence Couraud évoque pour la première réunion du groupe Santé « une ambiance cordiale mais pas d’empressement à entrer dans le vif du sujet… Soucieux de ne fâcher personne, le président de la séance, le cancérologue Dominique Maraninchi, a mené un tour de table assez ouvert (…). Le fond des problèmes n’a cependant pas encore été abordé, ni les sujets qui fâchent, comme la nécessité d'adopter un moratoire sur les incinérateurs ou de réduire drastiquement l’utilisation de pesticides, par exemple ».
"On y retouve de tout "
Au-delà du fonctionnement même de ces réunions, le point le plus litigieux jusqu’ici est celui des « personnes morales associées » choisies par le gouvernement. « Non seulement leur présence a été unilatéralement décidée par le MEDAD et sans concertation avec les autres collèges, mais en plus elles sont très nombreuses ! Dans le groupe Climat/Energie d’hier, elles étaient 15, soit près de deux fois les effectifs de chaque collège ! On y retrouve de tout : associations de consommateurs, associations familiales, chasseurs, mais aussi des faux-nez de la FNSEA ou du Medef ! » s’exclame la directrice des Amis de la Terre. Chantal Jacquet, ex-directrice développement durable de Carrefour et membre du CRIIGEN, renchérit : « Parmi eux, on trouve par exemple Didier Marteau, représentant l’assemblée permanente des chambres d’agriculture (APCA), qui est aussi l’un des principaux responsables de la FNSEA. La FNSEA, qui bénéficie déjà de deux sièges au sein du collège « syndicats », se voit ainsi accorder, de façon détournée, un troisième représentant ! Autre exemple : que fait dans le groupe Agriculture Hubert Vermeersch, représentant de la Confédération nationale des associations familiales catholiques et partisan notoire des OGM ? »
Conséquence : les responsables de l’Alliance pour la planète ont demandé un rendez-vous en urgence à Jean-Louis Borloo pour éclaircir certains aspects « méthodologiques ». Quatre réunions sont prévues pour chaque groupe d’ici la fin septembre, mais personne ne sait comment vont-être retenues les 15 mesures du Grenelle, tous groupes confondus. Le manque de cadrage, des thèmes comme les OGM qui sont traités dans plusieurs groupes et une moindre représentation des associations écologistes (10% du total) les conduisent à un bilan provisoire très mitigé. « Difficile pour l’instant de voir comment le travail va prendre forme… Les propositions avancées lors du tour de table allaient dans tous les sens (…) Deux idées peuvent résumer ce premier rendez-vous : beaucoup de monde et peu de choses dites», conclut Chantal Jacquet. Noël Mamère, député Vert, évoque quand à lui « une pantalonnade » et suggère aux ONG de se retirer.« Les associations de protection de l’environnement attendent de ce Grenelle de l’environnement une obligation de résultats, avec la négociation de mesures significatives, a affirmé Yannick Jadot, porte-parole de l'Alliance pour la planète. "S'il advenait que le Grenelle se transforme en simple consultation ou en énième version d'un vrai-faux débat national, ou bien si des sujets comme le nucléaire ou les OGM devaient devenir tabous, alors nous en tirerions toutes les conséquences et les associations de l'Alliance quitteraient un processus devenu simple exercice de communication ».
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