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« Le dialogue est très dur, » affirme Yannick Jadot, membre de Greenpeace et porte-parole de l’Alliance au Grenelle. « Nous avons failli claquer la porte, faute de visibilité sur la méthode employée par le MEDAD. Alors qu’on entre dans la phase décisive des dernières réunions, nous n’avons pas la moindre idée sur la façon dont les propositions vont être définies ». Depuis deux mois, les ONG attendent de savoir comment se déroulera la négociation finale, demande restée sans réponse jusqu’ici. Ce manque de transparence sur l’achèvement des travaux entretient la méfiance des ONG, qui évoquent une « désorganisation organisée », à leurs yeux « suspecte ». « Nous demandons la confirmation que les propositions retenues soient bien validées par les 6 groupes de travail. Pas question que Jean-Louis Borloo fasse lui-même son propre paquet de mesures », prévient Yannick Jadot, ajoutant que les ONG « ont appris par la presse » la liste des villes où se dérouleront les débats publics sur le Grenelle. L’ambiance n’est donc pas des plus sereines, d’autant que l’actualité récente est venue renforcer leurs doutes. La remise en cause par Nicolas Sarkozy de la politique énergétique allemande, fondée notamment sur les énergies renouvelables, la réduction annoncée du fret ferroviaire, le front des constructeurs automobiles contre les limitations européennes d’émissions de CO2 des véhicules et enfin les déclarations de Michel Barnier prônant l’agriculture raisonnée au détriment du bio sont interprétés comme autant de signaux négatifs par les membres de l’Alliance. Résolues à ne faire « aucun compromis », les ONG ont prévenu que leur participation au Grenelle était conditionnée par l’adoption de « mesures de transformation de la société ». « Nous ne ferons pas le jeu de la communication du gouvernement, ni des entreprises qui reprennent les messages écologistes à leur compte. Les solutions existent pour répondre à la crise écologique. Nous sommes là pour négocier sur les solutions à la crise, pas sur la réalité de la crise elle-même », souligne Yannick Jadot. Par ailleurs, si un consensus semble se dégager sur l’efficacité énergétique des bâtiments, là encore, les ONG restent septiques. « Tout le monde est d’accord sur cet objectif, mais le débat reste difficile sur les moyens d’y parvenir », observe Sandrine Mathy, présidente du réseau Action Climat. Attention aux faux consensus ». En la matière, l’Alliance préconise un seuil de 50 kWh/m2 (chauffage et eau chaude) pour le neuf, et de 80 Kwh/m2 pour l’ancien. Autant dire qu’un accord avec les acteurs du bâtiment est loin d’être trouvé… Quand au dossier des OGM, la position de l’Alliance (décréter un moratoire sur les cultures en plein champ) ne sera pas négociable, quelle que soit la décision du gouvernement. « Le groupe de travail sur les OGM est arrivé au constat suivant : le niveau de connaissance sur leurs impacts est consternant », lâche Chantal Jacquet, membre de GoodPlanet. « Les rares études sont menées par les producteurs d’OGM eux-mêmes, qui de toute façon n’en communiquent pas les résultats».
Lancement du site agora-grenelle
Site d’information, d’échanges et de suivi, agora-grenelle vient d’être lancé par 6 associations : Association 4D (Dossiers et Débats pour le Développement Durable), ODP (Observatoire de la Décision Publique), ADELS (Association pour la Démocratie et l’Education Locale et Sociale), ADOME , ACIDD – TIC21 et Ville Internet. Objectif : « assurer la transparence dans les débats, les échanges d’arguments, les décisions qui seront prises, et les options qui seront mises de côté ». Le site se veut complémentaire du « Grenellorama » animé par les ONG de l’Alliance participant aux groupes de travail.
Sur le fond, au-delà des mesures traditionnellement demandées par les ONG sur l’eau, la biodiversité ou l’agriculture, l’Alliance affiche également de nouvelles ambitions concernant les entreprises. Les ONG demandent en effet une réforme des comités d’entreprise créant, parallèlement aux syndicats, une instance réservée aux ONG. Elle aurait pour but de veiller « à tout ce qui touche à l’environnement et à la santé des salariés et des consommateurs », de « renforcer les alertes et la surveillance des conditions de travail des employés », ainsi que de donner « un droit de regard sur les biens et services que les entreprises mettent sur le marché où qu’elles achètent ». Cependant, comme l’ont fait remarquer les ONG elles-mêmes, « aucun accord n’a été trouvé sur ce point avec les syndicats ». Car si syndicats et ONG ont des positions et des batailles communes, notamment sur les problèmes de santé au travail, la question de leur représentativité et de leur éventuelle concurrence dans le dialogue social restent aujourd’hui en suspens. Enfin, s’agissant des entreprises, les ONG souhaitent également prendre part à la formation environnementale des salariés Objectif : inclure des formations relatives au respect de l’objectif développement durable et à la réduction de l’impact sur l’environnement et la santé des salariés et des consommateurs. A la question de savoir comment elles réagiront en cas d’échec du Grenelle, les ONG veulent rester confiantes. « Le Grenelle est un excellent outil de prise de conscience des problèmes mais aussi des solutions, » affirme Daniel Richard, président du WWF. « Quoi qu’il advienne, nous restons des ONG, notre mission continue. Nous avons crée l’Alliance, appris à travailler avec les syndicats, le bilan est déjà positif ». Et François Veillerette, président du MDRGF, de conclure : « C’est le gouvernement qui a la pression dans cette affaire, pas nous ».
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