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Les sources d’énergies sont l’enjeu de batailles politiques. La fixation du seuil légal de performance énergétique que doit atteindre un bâtiment neuf est devenu un symbole pour les partisans du Grenelle. Pour eux, le chiffre finalement fixé par la loi, témoignera de la volonté de la France de tenir ou non les ambitions affichées il y a un an par le gouvernement. L’Alliance pour la planète qui rassemble les ONG, a lancé hier un appel solennel aux députés « pour qu’ils respectent le consensus des tables-rondes et offre aux générations futures un avenir durable ». Elle soulignait dans le même temps les inquiétudes générées par les travaux en commission sur le projet de loi. Ce qui est devenue la polémique sur « l’amendement Ollier ». En proposant d’élever le seuil de performance énergétique des bâtiments neufs à condition que les logements soient équipés de convecteurs électriques, Patrick Ollier, député UMP- Président de la Commission des affaires économiques, est devenu, à leurs yeux, le porte-voix des défenseurs de l’énergie nucléaire qui mettent en avant sa faible émission de carbone. Il a en tous cas brisé un consensus difficilement obtenu auquel semblaient se rallier les professionnels du bâtiment. Le collectif « Isolons la terre » qui rassemble les industriels de la construction a ainsi pris fermement partie contre l’amendement Ollier en publiant un communiqué commun avec les associations environnementales Negawatt et Effinergie titré « Au secours Ollier m’a tuer ! ». Leur objectif est de démontrer qu’il faut appliquer un seul slogan : « L’énergie la plus propre et la moins chère est celle qu’on ne consomme pas ! ». Le communiqué démonte un par un les postulats sur lesquels repose la proposition de Patrick Ollier. Elle réduirait les enjeux environnementaux à la seule diminution des émissions de CO2, privilégierait l’électricité nucléaire, garante de l’indépendance énergétique française, et ferait du convecteur électrique une solution miracle. En dehors du coût que représente ce mode de chauffage, est-ce raisonnable de penser que continuer à favoriser leur développement impliquera une réduction des émissions de carbone ? Les experts soulignent que les centrales nucléaires françaises sont quasiment à saturation. Toute nouvelle consommation électrique fait donc appel-en grande partie- à de nouvelles capacités de production d'électricité basées sur des énergies fossiles très émettrices en CO2. Remise en cause des objectifs Ceci dit, ce n’est pas du logement neuf que dépend la possibilité de réduire par 4, d’ici 2050, les émissions de CO2 en France. L’ADEME rappelle que le bâtiment est le secteur le plus consommateur d’énergie en France et qu’il représente 43 % des émissions de gaz à effet de serre. Pour elle, le chantier principal, c’est la rénovation des bâtiments existants. Sur les 31 millions de logements, les plus énergivores sont ceux construits pendant les « 30 Glorieuses », et seul 1 % du parc est constitué de bâtiments neufs. La performance énergétique moyenne des bâtiments anciens est de 240 kwH/m2, le projet de loi Grenelle ambitionne de la diviser par deux à horizon 2012. Toujours selon l’ADEME, cela pourrait multiplier par deux le chiffre d’affaires du secteur de la réhabilitation qui atteindrait entre 18 et 22 milliards par an et réduire la fracture sociale énergétique puisque les plus vulnérable à l’augmentation du coût de l’énergie sont les plus pauvres. Paradoxalement, l’amendement Ollier remet en cause un objectif sur le neuf que semblait en mesure d’atteindre les professionnels. On peut être plus dubitatifs sur leur capacité à tenir l’objectif concernant la rénovation du parc actuel. Dans une étude, publiée en septembre, Novethic a étudié les informations fournies sur le sujet par 16 entreprises foncières cotées. Deux seulement disposaient, dans leurs documents publics, d’informations détaillées sur les performances énergétiques de leurs bâtiments existants. Alors pourquoi l’amendement Ollier est-il devenu le symbole sur lequel les parlementaires pourraient être jugés coupables d’avoir « tué le Grenelle », selon l’expression des signataires du communiqué de presse qui dénonçait cette proposition ? Parce qu’il remet en cause l’idée que la seule solution réside dans la réduction de la consommation d’énergie. Si le parlement adopte l’amendement Ollier, il adressera un message d’encouragement aux solutions palliatives, aux constructeurs de logements neufs d’abord et, à court terme, aux Français en général. Feront-ils ce choix ? Ils disposent, en principe, de tous les éléments d’information nécessaire pour faire leurs arbitrages.
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