Consommation : prix coûtant contre valeur écologique

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Publié le 10-10-2008

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Alors que les députés viennent de supprimer tout principe de “fiscalité écologique” dans le projet de loi du Grenelle, l'environnement entre peu à peu dans le choix des consommateurs. Pour autant, peu d'informations leur permettent de connaître l'empreinte écologique d'un produit. Et les prix n'en tiennent pas compte.

Le paquet de pâtes aura-t-il bientôt un prix en grammes de gaz à effet de serre (GES) en plus de son prix en euro ? Aux dires de nombreuses associations, c’est une étape indispensable pour rendre les consommateurs responsables. L’idée d’une “étiquette carbone”, qui indiquerait la quantité de CO2 produite pendant la vie de l’article, tourne depuis déjà quelques temps. Plus facile à dire qu’à faire, cependant. Entre le coût en CO2, en déchets, et en énergie, l’étiquette écologique risque d’être chargée ! Sans compter le surcoût qu’entrainerait l’analyse du cycle de vie (ACV) du produit, c’est-à-dire l’étude de toutes les émissions, de la production de l’article à son recyclage. Les demandes des consommateurs se font pourtant pressantes…

« Aujourd’hui, le prix d’un produit en supermarché ne reflète pas l’impact environnemental qui se cache derrière » rappelle Julia Haake, directrice des partenariats entreprises du WWF France. Difficile donc d’être un vrai citoyen responsable. Pourtant les initiatives ne manquent pas pour informer le consommateur sur l’empreinte des produits proposés. Nadia Boeglin, conseillère de la commissaire générale au développement durable Michèle Pappalardo, explique que de nombreux projets d’étiquetage arrivent sur son bureau. Très peu, cependant, aboutissent. « L’information fournie doit être fiable, significative et claire, pour être crédible et séduisante » explique-t-elle.

Aucun affichage idéal en vue

Pour l’instant, aucun étiquetage ne propose d’information suffisamment complète. Orange vient de lancer, en partenariat avec le WWF, un affichage informatif pour chacun des téléphones proposés avec l’abonnement. Mais, à part la quantité de CO2, les critères (déchets, efficacité énergétique…) sont exprimés en valeur relative et non en valeur absolue. Les informations restent donc approximatives. Le succès de l’étiquette énergétique sur l’électroménager devrait pourtant encourager à la création d’un affichage écologique. Les puristes maintiennent en outre que l’efficacité énergétique d’un produit n’est pas la seule information importante pour juger de sa qualité environnementale. « Il serait également stupide et contre productif de se limiter à signaler les émissions de CO2 » affirme Nadia Boeglin.

A l’inverse, l’excès d’information peut être nuisible. Le consommateur devra faire ses achats en tenant compte des informations sur le CO2, les déchets, l’énergie, la recyclabilité, en plus de celles sur la composition, la qualité nutritionnelle, la marque et le prix. « La multiplication des critères sur l’emballage pourrait créer une confusion » s’inquiète Alain Chosson, secrétaire général de l’association Consommation logement et cadre de vie (CLCV). D’autant plus que de nombreux sigles et labels existent déjà sur les produits de consommation courante, et que tous ne sont pas toujours très bien compris : AB, écolabel européen, Fairtrade, NF environnement, Ecocert…

Définir ce qu’il faut produire, plutôt que ce qu’il faut acheter

Simplifier l’information, c’est ce que fait le bonus-malus écologique pour le secteur automobile. Un véhicule peu impactant pour l’environnement bénéficie d’un bonus ; une voiture trop polluante d’un malus. On prémâche ainsi le travail au consommateur en lui indiquant ce qu’il doit préférer. « C’est bien gentil de nous dire “ce produit il ne faut pas l’acheter”, mais fallait-il le produire ? » demande Alain Chosson. Il préconise de déterminer le réel coût écologique du produit en amont des rayons des supermarchés, à l’échelle de l’industriel. « Est-ce l’entreprise qui doit se responsabiliser ou le consommateur qui doit adopter des gestes écolo ? » demande Julia Haake.

Débat européen sur l’étiquette énergie

L’étiquette énergie perd sons sens : de plus en plus d’équipements domestiques sont notés A, A+ voire A++ sur l’échelle de A (économique en énergie) à G (très énergivore). Craignant que l’affichage ne soit plus pertinent, la Commission européenne propose de le modifier, dans le cadre du Plan d’action sur la consommation et la production durables. L’efficacité énergétique des appareils électroménagers et des automobiles seraient alors évaluée par un chiffre et une lettre ; l’échelle de notation conserverait ses couleurs (du rouge au vert). Le Bureau européen des unions de consommateurs (BEUC) s’inquiète de ce changement. Selon lui, le nouvel étiquetage serait moins compréhensible et « déroutant » pour les consommateurs, habitués à l’affichage actuel.

Concrètement, c’est tout un mode de pensée qu’il faut changer. La surconsommation est une habitude des ménages français, et la qualité passe souvent en second plan. « Le consommateur a de bonnes intentions, mais il n’est pas philanthrope ! Il reste très préoccupé par le prix du produit » explique Alain Renaudin, directeur général adjoint de l’Institut français d’opinion publique et d’études de marché (IFOP). Autrement dit, le bénéfice environnemental doit avant tout être un bénéfice économique pour intéresser les Français. D’autant plus que les produits écologiques ont la mauvaise réputation d’être plus chers. « A terme, un produit moins respectueux doit devenir plus cher » soutient Nadia Boeglin.

Cette logique “verte” commence à rentrer dans les mentalités, d’après Alain Renaudin. « Le Français a compris qu’il pouvait économiser de l’argent en polluant moyen, ce qui explique le succès du bonus-malus. En revanche, il sait combien il gagne à être moins énergivore, mais pas combien il gagne à protéger la biodiversité ». Beaucoup de pédagogie est encore nécessaire, pour sensibiliser les consommateurs au prix réel des produits de consommation courante. « En attendant, ce prix en CO2, on en parle beaucoup, mais on ne le paye toujours pas » regrette Nadia Boeglin. Et la récente offensive des députés UMP contre le texte du Grenelle rend encore plus incertain l’avenir de cette fiscalité verte, qu’ils considèrent comme « un nouvel impôt », selon l'expression du rapporteur Christian Jacob.

Rouba Naaman
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