Une usine marémotrice sous le Golden Gate ?

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Publié le 17-04-2003

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Le Golden Gate (la porte d'or), embouchure de la baie de San Francisco dans l'océan Pacifique, est mondialement connu. Depuis des décennies, l'industrie touristique liée à la beauté du site rapporte à la ville de substantiels bénéfices. La municipalité voudrait aussi en faire un symbole environnemental en créant une usine marémotrice au pied de Golden Gate.

Les marées qui remontent deux fois par jour dans la baie constituent une force monumentale, dont l'énergie demeure jusqu'à présent inutilisée. La municipalité de San Francisco est en train de réfléchir, avec des ingénieurs, à l'installation d'une usine marémotrice immergée. Des turbines produisant de l'électricité, non visibles de la surface, seraient placées au sein de caissons vers lesquels l'eau serait canalisée. Selon la direction de l'environnement de la municipalité de San Francisco, ce sont "près de 400 milliards de gallons", soit 1500 milliards de litres qui se déplacent chaque jour. L'amplitude des marées, d'environ 2 mètres, reste relativement faible au regard de celles mesurables sur les côtes atlantiques en Europe, mais la disposition du site explique la poussée qu'elles contiennent. Le Golden Gate ne mesure qu'1,5 kilomètre de large, tandis que la baie s'étend sur plusieurs dizaines de kilomètres. Le département de l'environnement a calculé que l'énergie produite par une telle installation pourrait atteindre, d'ici 10 ans, 1,5 gigawatt, soit un peu plus que ce que consomme la ville... et beaucoup plus que l'usine marémotrice de La Rance, en France, qui continue d'ailleurs à susciter l'admiration des ingénieurs américains.

Crise de l'énergie

Cela fait plusieurs années que le service travaille à cette hypothèse. Toutefois, depuis deux ans, la crise de l'énergie, assortie de pénuries d'électricité, qu'a connu la Californie, a contribué à accélérer la prise de conscience. En novembre 2001, un référendum local consacrait l'octroi de plus de 100 millions de dollars aux énergies renouvelables. " San Francisco a la réputation d'être plus libérale et écologiste que le reste des Etats-Unis, mais aime aussi faire des choses expérimentales, prendre des risques, demeurer une ville pionnière " considère Julia Curtis, directrice du service consacré au changement climatique à la municipalité. La volonté politique ne manque pas. " Le maire, Willie Brown, a fixé l'objectif d'une baisse des émissions de carbone de 20% supérieures aux objectifs de Kyoto d'ici à 2012 " explique la fonctionnaire. " Nous devons fermer impérativement une centrale particulièrement polluante d'ici à 2005 ; il nous faut donc trouver d'autres sources d'énergie " poursuit-elle. L'installation d'une usine marémotrice sous le célèbre pont présenterait plusieurs avantages. Les marées, contrairement au vent ou au soleil également pourvoyeurs d'énergie, sont régulières et prévisibles. L'électricité ainsi produite par le "vent liquide" " pourrait être stockée durant la partie de la nuit où les habitants consomment le moins d'énergie et restituée ensuite ", plaidait Jared Blumenfeld, directeur du département environnement de la ville, dans le quotidien San Francisco Chronicle en août 2002. En outre, se réjouit Julia Curtis, " ce serait une publicité idéale pour les énergies renouvelables ". Et accessoirement pour la ville, qui compte déjà sur un attrait touristique supplémentaire.

Pour l'instant, il ne s'agit que d'un projet. La municipalité a donné son accord pour un budget de 2 millions de dollars " avec un objectif de production d'1 megawatt pilote " précise Julia Curtis. Des études sont encore nécessaires, notamment pour vérifier si les animaux - poissons, dauphins ou baleines - qui peuplent la baie sauront se tenir à l'écart des turbines sous-marines. Ensuite, précise Julia Curtis, " nous devons présenter un appel d'offre aux compagnies d'électricité ". Le canadien Blue Energy, spécialiste de la transformation des marées en énergie, s'est déjà montré intéressé. Cela pourrait être aussi le cas de son compatriote Hydroquébec, voire d'EDF, qui dispose d'une filiale en Californie. La municipalité n'est pas capable de financer l'investissement seule et ce n'est pas son rôle. C'est probablement la partie la plus délicate de l'opération. Pour une entreprise, l'investissement est énorme tandis que les profits, sont à moyen, long termes même s'ils sont garantis ou presque. San Francisco espère trouver la compagnie qui acceptera de prendre le risque de financer ce projet de développement durable.

Olivier Razemon
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